Aujourd’hui,
l’Islam est enseigné par des gens qui ne prennent pas soin de le pratiquer dans
sa pureté ou de se purifier eux-mêmes dans leur pratique. Ceci, a été décrit dans
plusieurs hadiths qui disent: «Ils ordonneront aux autres et ne feront pas
attention à leur propre avertissement,
et ils sont les pires.»[1]
Telle ne fut pas la voie des Compagnons
ni de Ahl al-Souffa au sujet desquels le verset suivant fut révélé:
Résigne-toi
à la compagnie de ceux qui évoquent leur Seigneur au début du jour et à sa fin
dans l’espoir de voir un jour Son visage. Et, ne laisse pas tes yeux se
détourner d’eux, désirant le luxe de ce bas-monde; et n’obéis pas à celui dont
nous avons rendu le cœur inattentif à Notre Rappel, qui poursuit sa passion et
dont le comportement est outrancier. (18:28)
Ceci ne fut pas non plus la voie d’Abou
Bakr al-Siddiq, au sujet duquel Bakr ibn `Abd Allah dit: «Abou Bakr a la préséance sur vous non pas parce qu’il
prie et jeûne beaucoup, mais à cause d’un secret qui a pris racine dans son
cœur.»[2]
Ceci ne fut non plus la voie des Tabi`in dont Hassan al-Basri, Soufyan
al-Thawri, et autres de la génération
de soufis qui virent plus tard et qui les prirent pour modèles. Al Qoushayri
rapporte que al-Jounayd dit: « Le tassawwouf n’est pas l’abondance de prières
et de jeûnes, mais le vide de la poitrine et ne pas être sous l’emprise de son
soi.»[3]
Ceci ne fut pas non plus la voie des Quatre Imams qui placèrent la renonciation
(zouhd) et l’acquisition de la vraie
peur d’Allah (wara) au-dessus de la
simple pratique des obligations, tel l’Imam Ahmad qui composa deux livres avec
ces deux qualités comme titres respectifs. Celui-ci plaça la connaissance des
saints au-dessus de celle des savants, comme cela est montré par le rapport
suivant de son élève Abou Bakr al-Marwazi:
J’entendis
Fath ibn Abi al-Fath dire à Abou `Abd Allah (l’Imam Ahmad) durant sa dernière
maladie: « invoque Allah pour nous afin qu’Il nous donne un bon khalifa
(successeur) pour te succéder.» Il continua: « Qui devrons-nous consulter en
matière de connaissance après toi ?» Ahmad répondit: « Consultez `Abd
al-Wahhab.» Quelqu’un qui était présent
me relata qu’il dit: « Mais, il n’a pas assez de connaissance» -- Abou `Abd
Allah répliqua: « C’est un saint (innahou
rajouloun salih ), et ainsi il lui est accordé du succès en parlant la
vérité.»[4]
Dans une célèbre fatwa citée dans les lignes qui vont suivre, le savant Chafi`i al-`Izz ibn `Abd al-Salam
donne la même priorité au mystique ou connaisseur d’Allah (arifin) au-dessus des juristes. Le même accent est placé sur la
perfection interne par l’Imam Malik dans son dire: «La Religion ne consiste pas
en la connaissance de plusieurs narrations, mais en la lumière qu’Allah place
dans la poitrine.» Et Ibn `ata' Allah cita Ibn `Arabi disant: «La Certitude (al-yaqin) ne dérive pas des évidences de
la raison mais sort des profondeurs du cœur.»
Ceci est la raison pour laquelle
plusieurs Imans mettèrent en garde contre la pure et simple soif du savoir au
dépend de l’éducation du «moi». L’Imam
Ghazali abandonna les arènes du savoir au milieu d’une prestigieuse
carrière, en vue de se consacrer à la
purification du soi. C’est à l’issue de cette période qu’il rédigea son chef
d’œuvre Ihya' `Ouloum al-din dans
lequel il lance un avertissement à tous ceux qui réduisent la religion en
l’étude pure et simple du fiqh ou
jurisprudence.
Le même avertissement fut lancé par les
plus grands des houffaz ou maîtres de
hadiths de son temps et par l’un des premiers soufis, Soufyan al-Thawri (d.
161), à tous ceux qui prennent la narration de hadiths pour la religion,
lorsqu’il dit: «Si le hadith était un bien il aurait disparu de même que toutes les bonnes choses ont
disparu…Poursuivre l’étude du hadith ne fait pas partie de la préparation à la
mort, mais c’est une maladie qui préoccupe les gens.»
Dhahabi
cite cette parole et commente:
Par
Allah, il a dit la vérité…Aujourd’hui, la recherche du savoir et du hadith ne
signifie plus pour les savants l’obligation de s’y conformer, ce qui est le but
du hadith. Il a raison lorsqu’il dit que poursuivre l’étude du hadith est autre
que le hadith lui-même.[5]
Ce n’est pas pour le «hadith en soi»,
mais dans le but de vivre en conformité avec la Sunna du Prophète qui est
synonyme de vivre en conformité avec le saint Coran – selon le hadith bien
connu de `Aïcha concernant le caractère du Prophète – que les grands maîtres de
la purification du moi renoncèrent à la simple poursuite de la science en tant
que séduction mondaine, et préférèrent l’acquisition de l’ishan ou le caractère parfait. Un exemple est Abou Nasr Bishr
al-Hafi (d.227), qui considéra l’étude du hadith comme une science
conjecturelle en comparaison à la certitude qu’il acquit par la fréquentation de Foudayl ibn `Iyad
(d.187).[6]
Ainsi, les deux, l’ihsan et le
processus qui y conduit sont connus sous le nom de tassawwouf, comme les pages suivantes le démontrent.