I Introduction.. 3

DEFINITION, TERMINILOGIE ET ASPECTS HISTORIQUES. 5

Salaf 5

TARIQA.. 7

La Mauvaise Compréhension Des Temps Modernes. 9

La Nécessité Du Développement Des Sciences Islamiques Après Le Temps Du Prophète (saw) 10

Les Racines Linguistiques Du Mot Tassawwouf 11

Le Prophète (saw) Mentionne La Condition Du Cœur: La Suprématie Du Cœur Sur Tous Les Autres Organes  12

II - «Y-A-T’Il DES PREUVES ET DES EVIDENCES DANS LE CORAN AU SUJET DU TASSAWWOUF? CITEZ-LES DE MANIERES EXPLICITES. 14

Allah Décrit Tazkiyat Al-Nafs Comme Un Devoir Du Prophète. 14

D’autres Versets Et Commentaires Sur Tazkiyat Al-Nafs. 14

Allah Ordonne Aux Croyants De Chercher Un Moyen De S’approcher  DE Lui Et D’Accompagner Les Sadiqin. 15

Allah Décrit Quelqu’un Qui a Directement Appris De Lui: Al-Khidr 16

La Supériorité De L’Amour Dans L’Adoration. 17

Des Versets Au Sujet Du Caractère Parfait, Ihsan. 19

III - QUELLES SONT LES PREUVES SUR LE TASSAWWOUF A PARTIR DES HADITHS?  21

Oumm al-Ahadith, Le Hadith De Jibril 21

La Troisième Composante De La Religion De L’Islam: 22

LE COMMENTAIRE DE L’IMAM NAWAWI SUR LE HADITH DE JIBRIL. 23

L’école D’Ihsan Et De Tazkiya. 26

La Relation Entre Chari`a Et Haqiqa. 26

La Grande Jihad: La Jihad Contre L’Ego. 28

Hadiths Sur La Jihad Contre L’Ego. 28

Jihad et Soufis Moujahiddin. 29

IV - DIRES ET ECRITS DES IMAMS ET SAVANTS AU SUJET DU TASSAWOUF   31

al-Hassan al-Basri (d. 110) 31

Imam Abou Hanifa (d.150) 32

Soufyan al-Thawri (d.161) 32

Imam Malik (94-179 H/ 716-795) 32

Imam Chafi`i (d.204) 33

Imam Ahmad bin Hanbal (d.241) 33

L’Imam al-Harith al-Mouhassibi (d.243) 33

La Piété De L’Imam Ahmad Devant Al-Mouhassibi 36

Les Maîtres Soufis De Hadiths De Dhahabi 38

al-Qassim ibn `Outhman al-Joui`i (d.248) 42

L’Imam al-Jounayd al-Baghdadi (d.297) 42

al-Hakim al-Tirmidhi (d.320) 43

L’Imam Abou Mansour `Abd al-Qahir al-Baghdadi (d.429) 45

L’Imam Abou al-Qasim al-Qouchayri (d.465) 46

Cheick Abou Ismai`il `Abd Allah al-Harawi al-Ansari (d.481) 48

Imam Ghazali (d.505) 48

Ceux Qui Attaquent L’Imam Ghazali 50

La Validité de Hadiths Faibles. 51

Abou al-Wafa' Ibn `Aqil al-Hanbali (d.513) 53

Cheick `Abd al-Qadir al-Gilani (d.561) 53

Ibn al-Jawzi (d.597) 55

Imam Fakr al-Din Razi (d.606) 57

Abou al-Hassan al-Chadhili (d.656) 57

Soultan al-`Oulama' al-`Izz ibn `Abd al-Salam al-Soulami (d.660) 57

al-`Izz sur la Supériorité du Rang des awliya' Sur Celui des `oulama. 58

Imam Nawawi (d.676) 59

al-`Izz b. `Abd al-Salam b. Ahmad b. `Anim al-Maqdissi (d.678) 60

Ibn Taymiyya (d.728) 60

Ibn Taymiyya au sujet de fana' et chatahat 64

Le Débat Entre. 66

par Mouhammad Zaki Ibrahim.. 66

Ibn `Arabi et Ibn `Abd al-Salam.. 67

Taj al-Din al-Soubki (d.771) 70

Imam Abou Ishaq al-Chatibi al-Maliki (d.790) 70

Ibn Khaldoun (d.808) 70

Imam al-Sakhawi (d.902) 71

Jalalal-Din al-Souyouti (d.911) 72

Zakariyya ibn Mouhammad Ansari (d.926) 72

Ibn hajar al-Haytami (d.974) 72

`Abd al-Wahhab al-Cha`rani al-Hanafi (d.973) 75

Moulla `Ali al-Qari (d.1014) 76

Ibn `Abidin al-Hanafi (d.1252) 77

Abou al-`Ala' al-Mawdoudi (d.1399) 77

V Conclusion.. 78

 


I Introduction

 

 

Aujourd’hui, l’Islam est enseigné par des gens qui ne prennent pas soin de le pratiquer dans sa pureté ou de se purifier eux-mêmes dans leur pratique. Ceci, a été décrit dans plusieurs hadiths qui disent: «Ils ordonneront aux autres et ne feront pas attention à  leur propre avertissement, et ils sont les pires.»[1]

 

      Telle ne fut pas la voie des Compagnons ni de Ahl al-Souffa au sujet desquels le verset suivant fut révélé:

 

Résigne-toi à la compagnie de ceux qui évoquent leur Seigneur au début du jour et à sa fin dans l’espoir de voir un jour Son visage. Et, ne laisse pas tes yeux se détourner d’eux, désirant le luxe de ce bas-monde; et n’obéis pas à celui dont nous avons rendu le cœur inattentif à Notre Rappel, qui poursuit sa passion et dont le comportement est outrancier. (18:28)

 

      Ceci ne fut pas non plus la voie d’Abou Bakr al-Siddiq, au sujet duquel Bakr ibn `Abd Allah dit: «Abou Bakr  a la préséance sur vous non pas parce qu’il prie et jeûne beaucoup, mais à cause d’un secret qui a pris racine dans son cœur.»[2] Ceci ne fut non plus la voie des Tabi`in dont Hassan al-Basri, Soufyan al-Thawri, et autres de la   génération de soufis qui virent plus tard et qui les prirent pour modèles. Al Qoushayri rapporte que al-Jounayd dit: « Le tassawwouf n’est pas l’abondance de prières et de jeûnes, mais le vide de la poitrine et ne pas être sous l’emprise de son soi.»[3] Ceci ne fut pas non plus la voie des Quatre Imams qui placèrent la renonciation (zouhd) et l’acquisition de la vraie peur d’Allah (wara) au-dessus de la simple pratique des obligations, tel l’Imam Ahmad qui composa deux livres avec ces deux qualités comme titres respectifs. Celui-ci plaça la connaissance des saints au-dessus de celle des savants, comme cela est montré par le rapport suivant de son élève Abou Bakr al-Marwazi:

 

J’entendis Fath ibn Abi al-Fath dire à Abou `Abd Allah (l’Imam Ahmad) durant sa dernière maladie: « invoque Allah pour nous afin qu’Il nous donne un bon khalifa (successeur) pour te succéder.» Il continua: « Qui devrons-nous consulter en matière de connaissance après toi ?» Ahmad répondit: « Consultez `Abd al-Wahhab.» Quelqu’un qui  était présent me relata qu’il dit: « Mais, il n’a pas assez de connaissance» -- Abou `Abd Allah répliqua: « C’est un saint (innahou rajouloun salih ), et ainsi il lui est accordé du succès en parlant la vérité.»[4]

 

      Dans une célèbre fatwa citée dans les lignes qui vont suivre, le  savant Chafi`i al-`Izz ibn `Abd al-Salam donne la même priorité au mystique ou connaisseur d’Allah (arifin) au-dessus des juristes. Le même accent est placé sur la perfection interne par l’Imam Malik dans son dire: «La Religion ne consiste pas en la connaissance de plusieurs narrations, mais en la lumière qu’Allah place dans la poitrine.» Et Ibn `ata' Allah cita Ibn `Arabi disant: «La Certitude (al-yaqin) ne dérive pas des évidences de la raison mais sort des profondeurs du cœur.»

 

      Ceci est la raison pour laquelle plusieurs Imans mettèrent en garde contre la pure et simple soif du savoir au dépend  de l’éducation du «moi». L’Imam Ghazali abandonna les arènes du savoir au milieu d’une prestigieuse carrière,  en vue de se consacrer à la purification du soi. C’est à l’issue de cette période qu’il rédigea son chef d’œuvre Ihya' `Ouloum al-din dans lequel il lance un avertissement à tous ceux qui réduisent la religion en l’étude pure et simple du fiqh ou jurisprudence.

 

      Le même avertissement fut lancé par les plus grands des houffaz ou maîtres de hadiths de son temps et par l’un des premiers soufis, Soufyan al-Thawri (d. 161), à tous ceux qui prennent la narration de hadiths pour la religion, lorsqu’il dit: «Si le hadith était un bien il aurait disparu de  même que toutes les bonnes choses ont disparu…Poursuivre l’étude du hadith ne fait pas partie de la préparation à la mort, mais c’est une maladie qui préoccupe les gens.»

 

Dhahabi cite cette parole et commente:

 

Par Allah, il a dit la vérité…Aujourd’hui, la recherche du savoir et du hadith ne signifie plus pour les savants l’obligation de s’y conformer, ce qui est le but du hadith. Il a raison lorsqu’il dit que poursuivre l’étude du hadith est autre que le hadith lui-même.[5]

 

      Ce n’est pas pour le «hadith en soi», mais dans le but de vivre en conformité avec la Sunna du Prophète qui est synonyme de vivre en conformité avec le saint Coran – selon le hadith bien connu de `Aïcha concernant le caractère du Prophète – que les grands maîtres de la purification du moi renoncèrent à la simple poursuite de la science en tant que séduction mondaine, et préférèrent l’acquisition de l’ishan ou le caractère parfait. Un exemple est Abou Nasr Bishr al-Hafi (d.227), qui considéra l’étude du hadith comme une science conjecturelle en comparaison à la certitude qu’il acquit par  la fréquentation de Foudayl ibn `Iyad (d.187).[6] Ainsi, les deux, l’ihsan et le processus qui y conduit sont connus sous le nom de tassawwouf, comme les pages suivantes le démontrent.

 

 


 

I - « QU’EST-CE QUE LE TASSAWWOUF ? »

DEFINITION, TERMINILOGIE ET ASPECTS HISTORIQUES

 

 

Le Tassawwouf Parmi Les

Salaf

 

Comme il est défini clairement dans le hadith rapporté par Sayyidina `Oumar au sujet de la rencontre de l’ange Gabriel avec le Prophète[7], appartenir à Ahl al-Sunna wa Jama`a ne se limite pas seulement aux règles de la foi. Cela entraîne l’adoption de principes qui conduisent à l’état d’ihsan ou la perfection de la croyance et de la pratique. Partant de là, le Groupe Sauvé suit l’une des nombreuses écoles de soulouk (éthiques personnelles) en conformité avec les principes de la Chari`a et le `aza'im (les strictes applications) de la Sunna, ou les modes de conduite reflètent la complète détermination de   plaire à son Créateur selon le modèle du Prophète. Ces écoles sont collectivement connues comme la science du tassawwouf  ou la purification du soi.

 

      Au cours du premier siècle de l’Hégire, la renonciation à ce bas-monde (zouhd) se développa comme une réaction à la vie mondaine de la société. Cette réaction prit ses racines dans l’ordre d’Allah à Son Vertueux Apôtre de purifier l’humanité: «Un Messager … pour leur réciter Tes versets, leur enseigner le Livre et la Sagesse, et les purifier» (2:129); «Nous avons envoyé parmi vous un Messager de chez-vous qui vous récite Nos versets, vous purifie, vous enseigne le Livre et la Sagesse » (2:151); «Allah a certainement fait une faveur aux croyants lorsqu’Il a envoyé chez eux un Messager qui venait d`eux, qui leur récite Ses versets, les purifie et leur enseigne le Livre et la Sagesse» (3:164); «Purifie-les, bénis-les, et prie pour eux. Certainement ta prière est une quiétude pour eux.» (9:103); «C’est Lui qui a envoyé… un Messager sorti d’eux qui leur récite Ses versets, les purifie et leur enseigne le Livre et la Sagesse» (62:2).

 

      Les adeptes de cette voie s’attachèrent fermement au mode de vie  Prophétique comme cela fut réflété dans la vie de ses compagnons et de leurs successeurs, dans les voies qu’ils employèrent pour purifier leur cœurs et leur caractère des mœurs blâmables et de s’inculquer, ainsi qu’à ceux qui furent autour d’eux, les mœurs et la stature morale de la  meilleure créature de toute l’humanité, le Prophète Mouhammad, la paix et la bénédiction de Dieu sur lui. Les exemples de ces hommes-école de purification sont ceux cités par Abou Nou`aym et d’autres comme «Les Huit Ascétiques»: Amir ibn `Abd Qays, Abou Mouslim al-Khawlani, Ouways al-Qarani, al-Rabi’ Ibn Khouthaym, al-Aswad ibn Yazid, Masrouq, Soufyan al-Thawri, Hassan al-Basri, parmi tant d’autres.

 

      Le pouvoir de tels saints et leurs bénéfices furent  attestés par le Prophète lui-même, comme cela est témoigné par les nombreux hadiths rapportés au sujet d’Ouways al-Qarani. L’Imam Ahmad en cite  dans son livre al-Zouhd. Dans le récit suivant, le Prophète ordonne aux gens, de solliciter auprès d’Ouways s’ils le rencontrent, le pardon (d’Allah), et déclare que l’intercession d’Ouways fera entrer un nombre important de gens au Paradis:

 

Le Prophète dit: «Ouways ibn `Amir poindra sur vous avec l’assistance des gens du Yémen de la tribu de Mourad et Qaran. Il était lépreux et fut guéri, sauf une toute petite partie de son corps. Il a une mère dont il respecte scrupuleusement les droits. S’il fait un vœu à Allah,  Allah l’accomplira. Si vous pouvez lui demander intercession pour votre pardon, faite-le.

 

Plus de personnes entreront au Paradis, à cause  de l’intercession d’un certain homme de ma communauté,  qu’il y a de personnes dans les tribus  de Rabi' et Moudar, Al-Hassan al-Basri dit: «Cest Ouways al-Qarani.»[8]

 

      A travers une graduelle évolution et comme une  réaction contre l’emprise grandissante de l’appétit de la vie d’ici-bas, les Musulmans se ruèrent vers ces saints et leurs disciples jusqu’à ce que leur régiment s’acheva en école de pensée pratique et d’action morale dotée de sa prope structure de règles et de principes. Ceci devint la base utilisée par les maîtres Soufis pour guider les gens sur le droit chemin. En conséquence, le monde fut témoin du développement d’une variété d’écoles de purification de l’égo (tazkiyat an-nafs). La pensée Soufie, comme elle se répendit partout, servit de force dynamique dans la croissance et l’établissement de l’éducation Islamique. Cette spectaculaire avancée s’étendit à partir du premier siècle de l’Hégire, en parallèle avec les développements suivants:

 

·        Le développement des bases du fiqh (Loi et                                      Jurisprudence), à travers les Quatre Imams;

 

·        Le développement des bases de l’aqida (doctrine) à travers al-Ach`ari et autres;

 

·        Le développement de la science du hadith (Les dires du Prophète), qui déboucha en six authentiques collections et d’innombrables autres;

 

·        Le développement des arts de nahw et balagha (La Langue et l’Ecriture Arabe).

 


 

TARIQA

 

 

Tariqa ou «chemin» est un terme dérivé du verset Coranique suivant:

 

«Et s’ils se maintiennent dans la bonne voie (tariqa), Nous les aurions abreuvés, certes d’une eau limpide (ou abondante)» (72:16 ).

 

Le sens de «voie» mentionné dans le verset ci-dessus est expliqué par le hadith du Prophète relaté par Boukhari et Mouslim, ordonnant aux musulmans de suivre sa Sunna et la Sunna de  ses successeurs. Comme le mot tariqa dans le verset ci-haut mentionné, le sens de Sunna dans le hadith est «chemin» et «voie». Ainsi, tariqa devint un terme appliqué aux groupes  de gens appartenant à l’école de pensée exercée par un maître ou “cheick”.

 

      Quoique ces cheicks appliquèrent différentes méthodes dans l’enseignement à leurs disciples, le noyau de chaque discipline était identique. La situation n’était pas différente de ce que nous avons aujourd’hui dans les facultés de médecine ou de droit. L’approche des différentes facultés peut varier, mais le corps en droit, l’état d’art en médecine, reste essentiellement le même en tout lieu. Les étudiants diplômés de ces facultés portent chacun la marque de leur branche. Néanmoins, aucun n’est considéré inférieur à l’autre parce qu’il est le produit d’une faculté ou d’une autre; l’avocat n’est pas considéré supérieur  au docteur ni le docteur  à l’avocat.

 

      Similairement, le disciple  d’un cheick   portera le cachet de son enseignement. En conséquence, les noms donnés aux différentes écoles Soufies diffèrent selon le nom et les perspectives de leurs fondateurs. Cette variation se manisfeste d’une façon plus concrète dans la  méthode de dévotions surérrogatoires connue  sous l’appellation de awrad, ahzab ou adhkar, utilisée comme la méthodologie pratique de la formation spirituelle. Ces différences  cependant n’affectent pas les principes religieux. Dans les principes de base, les écoles Soufies sont essentiellement les mêmes, puisque  basées sur l’essence de la religion, qui est uniforme.        

 

      Le groupe Soufi sous lequel chaque individue  entreprit le chemin vers Allah était un itinéraire finement aiguisé qui établit les disciplines du progrès externe et interne dans la foi et la pratique religieuse. Suivant la pratique des Compagnons du Prophète qui fréquentaient régulièrement le groupe nommé Ahl al-Soufa («Les Gens du Banc»), les pratiquants de ce groupe menèrent une vie communautaire . Leurs habitations étaient les mosquées-écoles (zawiya), les forts frontaliers (ribat), et des maison-hôtes (khaniqa) où ils se réunissaient régulièrement  lors d’occasions dédiées aux fêtes traditionnelles du calendrier musulman (‘id).

 

      Ces structures avaient des institutions éducationelles ; par exemple les deux forts frontaliers (ribat) fondés par le savant Soufi `Abd Allah Ibn al-Moubarak en Merv, qui fonctionna pendant longtemps, et le Khaniqa baybarsiya du Caire. Cette   école Soufie eu le grand savant de hadiths, Ibn Hajar al-Asqalani comme recteur et maître de conférence pendant les quarante dernières années de sa vie.  Il assuma  en même temps  la fonction de juge principal en Syrie et en l’Egypte.

 

      Les Soufis se réunissèrent également en associations informelles appelées souhba autour du cheick pour acquérir la connaissance, et en assemblée pour invoquer les noms d’Allah et   réciter les adhkar (pluriel de dhikr, «le souvenir de Dieu») hérité de la Tradition Prophétique. Encore, une autre raison de leur regroupement était d’écouter les prêches inspirées et les exortations morales (wi’az). Les cheicks Soufis enseignèrent à leurs disciples à répondre activement à l’appel d’Allah et de Son Messager, de purifier leur cœur et leur âme de tous bas désirs incités par l’égo, de corriger toutes les croyances éronnées et de parfaire leur croyance en l’unicité d’Allah. On enseignait aux disciples à être honnête, loyal, digne de foi, patient dans la crainte d’Allah, à aimer son prochain, à dépendre que d’Allah et de s’en remettre à Lui tout au long de leur vie, et les autres moralités enseignées par l’Islam. Tout ceci fut accompli en s’attachant à la Sunna Prophétique. Les méthodes de souvenir d’Allah qu’ils inculquaient à leurs disciples furent les mêmes méthodes enseignées par le Prophète. De cette manière, ils propagèrent le caractère exemplaire du Prophète (saw) en paroles et en actions, pendant qu’ils encouragèrent les croyants à se consacrer à Allah de tout cœur. Le but de leur effort ne fut rien d’autre que d’obtenir la satisfaction d’Allah et de leur inspirer l’amour pour Son Prophète. En d’autres termes, ce qu’ils visaient était un état où Allah serait content d’eux comme ils l’étaient avec Lui.

 

      Ces cheicks, par conséquent, furent des flambeaux qui dissipèrent les ténèbres de la voie du croyant aussi bien qu’ils illuminèrent les voies sur lesquelles la Umma pourrait bâtir la fondation d’une société idéale. Cet idéal était l’esprit de sacrifice et de dévouement qui caractérisait tous leurs efforts. Ces valeurs, imprégnaient l’entière fabrique sociale de l’Islam. Les couvents ou maisons-hôte (khaniqa), étaient établis dans le  voisinage  des pauvres offrant gratuitement de la nourriture et   l’hospitalité. Ce fut aussi un lieu et un moyen de communion entre le pauvre et le riche, entre le blanc et le noir, entre l’arabe et non-arabe conformément aux dires du Prophète: “Il n’y a pas de différence entre un arabe et un non-arabe sauf dans les vertus.” Ces couvents furent des lieux de rencontres de toutes les races et de toutes les nationalités et des remèdes pour plusieurs maux sociaux.

 

      En conséquence à de tels enseignements et formation, les disciples des cheicks Soufis, sortis de ces écoles, étaient pleinement capables de supporter les fardeaux et les torts de leurs contemporains dans leur effort à illuminer le chemin de la Vérité. En outre, à travers leur formation et auto-discipline, ils avaient développé le manifeste et la très ferme volonté de faire. Ces véritables et sincères savants et maîtres de tariqa ne laissèrent aucune pierre sans être tournée dans la conduite de leur jihad, un mot qui signifie à la fois la lutte physique contre les non-croyants et la lutte spirituelle contre les attraits invisibles qui piègent l’âme.


La Mauvaise Compréhension Des Temps Modernes

 

Il est bien connu de tous, qu’en notre temps les gens ont une mauvaise compréhension du tassawwouf. Certains affirment que c’est une science opposée à l’Islam qui n’est pas mentionnée dans la Chari`a, le Coran ou la Sunna. D’autres, les adhérents aux écoles de pensée des quatre Imams et les Imams qui les suivirent plus tard mentionnons Nawawi, Ibn Hajar, al-Soubki, al-Souyouti, Ibn Hajar al-Haytami, et plusieurs autres, même Ibn Taymiyya et Ibn Qayyim, quoique ces deux derniers furent opposés à la doctrine de Ahl al-Sunna à plusieurs égards, l’acceptèrent et surent que le tassawwouf a ses racines profondes dans le Coran, dans la Sunna et dans la Char’ia. Ces savants acceptèrent le tassawwouf parce qu’ils connaissaient la réalité et le sens de ce terme, et non pas à cause de la réputation ou l’âge du terme en lui-même.

 

      Il n’est pas rare d’entendre de ceux qui s’opposent au tassawwouf qu’ils rejètent tout ce qui ne figure pas dans le Coran et dans la Sunna». Avancer une telle affirmation est faire preuve de manque d’esprit critique. Prenons par exemple les Sciences Islamiques, notamment la science du hadith. Le sens du mot «Hadith» dans le dictionnaire est défini comme «opposé à l’ancien (qadim), nouvelle (jadid) ou alternativement, quelque chose  parlée.» Le sens commun qui lui est attribué est «la Tradition du Prophète» ou «la science des Traditions du Prophète.» Lorsque le mot «hadith» est mentionné, les savants savent qu’il sagit de «nouvelles.» Mais le sens attribué à ce mot après la période du Prophète est tout ce que le Prophète a dit et fait. Cependant, de son vivant, le  mot «hadith» était rarement utilisé comme il l’est aujourd’hui. Il prit ce sens seulement lorsqu’il devint un terme technique pour décrire les dires, les actions, du temps du Prophète (saw).

 

      Dans Boukhari et Mouslim, le Prophète (saw) dit: «Le meilleur siècle est mon siècle et celui qui le suit» et dans un autre hadith il dit: «le premier siècle et le second et le troisième.» Après les compagnons furent les Tabi`in et les Tabi Tabi`in. Tous les savants de l’Islam affirment que la période des Tabi`in fut la fin de l’an 150 de l’hégire et l’an 220 de l’hégire fut la fin du siècle des Tabi Tabi`in. C’est deux périodes furent témoins de l’apparution successive de l’Imam Abou Hanifa, l’Imam Malick, l’Imam Shafi`i, l’Imam Hanbal, fondateurs des quatre écoles juridiques, et de celle de l’Imam Boukhari, l’Imam Mouslim, l’Imam Abou Dawoud, l’Imam Abou Issa Tirmidhi, l’Imam An-Nissa`i et de l’Imam Ibn Majah, auteurs des six livres cannoniques de hadiths.

 

      Ces savants dévelopèrent une vaste science à un moment où plusieurs non-arabes embrassèrent l’Islam et mémorisèrent les hadiths; Ils trouvèrent nécessaire d’établir Ilm oul-Hadith ou la science du hadith, science qui n’existait pas au temps du Prophète (saw), en vue de préserver les dires, les pratiques, les anecdotes du Messager de Dieu et de ses compagnons. Cette science dès lors devint partie intégrante à l’Islam. Du temps du Messager (saw), la propagation et la vérification du hadith étaient naturelles mais elles n’étaient pas formalisées. Cependant après cette période, les savants ci-dessus cités développèrent des lois et des méthodes de classification, d’enregistrement, de transmission et de formalisation des hadiths et y ajoutèrent des structures formelles et une méthodologie de vérification au méchanisme naturel de transmission qui incorpore toujours le sanad, chaîne vérifiable d’une information au sujet des dires du Prophète (saw) ou de ses compagnons. Ceci  amena 35 classifications. De même, les savants développèrent plusieurs sciences[9] (`ouloum) mentionnons, la science de la grammaire, la science de l’explication et de l’éloquence du Coran, la science de l’Unicité de Dieu, la science de la croyance, la science du Coran, la science de la jurisprudence, la science des traditions du Prophète (saw), la science de la vie du Prophète (saw), la science de l’analyse linguistique, la science de la clarification, la science de l’exégèse du Coran, la science de la récitation harmonieuse, la science de la récitation fluide, la science de la purification du Soi connue aussi comme la science de la perfection du caractère , la science de l’héritage, etc… et plusieurs autres sciences dérivant toutes du Saint Coran et des Hadiths du Messager (saw) de Dieu. Aucune  de ces disciplines ni leur terminologie n’existaient du temps du Prophète (saw). Pourtant leurs réalités  existaient, puisque les Sahaba les pratiquèrent mieux que tous ceux qui leur succédèrent.

 

      Une question logique surgit à ce point: Où dans le Coran et dans la Sunna figurent littéralement ces termes? Ce qui suit logiquement est: D’où vint la permission de développer ces classifications et terminologies dans la mesure où elles n’existaient pas du temps du Prophète (saw)? Par conséquent, s’opposer à la science du Tassawwouf ou la rejeter d’un trait parce qu’elle ne figure ni dans le Coran ni dans la Sunna contredit l’entendement d’une personne dotée d’intelligence.       

 

      Le terme tassawwouf n’était pas connu au temps du Prophète. Cependant, quoique le terme apparait nouveau, son essence est une partie et une parcelle de la religion et ne peut pas y être dissociée.

 

      Une autre raison de la mauvaise compréhension de la réalité du tassawwouf est que certaines personnes confondent le vrai tassawwouf avec le pseudo-tassawwouf, ce dernier  nie la nécessité de la char’ia et crée ses propres règles, prétendant avoir une certaine autorité historique , mais plutôt amorphe et qui n’a de racine  dans aucun précédent. Ils ne sont ni soufi ni moutassawwif mais moustaswif ou «pseudo-soufi» ainsi sont-ils défini par le grand maître `Ali al-Houwjiri (d.469?) dans son Kashf al-mahjoub[10]. Les ennemis du tassawwouf brouillent souvent l’information donnée sur les Soufis   et les moustaswifa dans leurs références au tassawwouf en vue de se débarrasser à la fois des deux.

 

      Un exemple est le cas de l’aversion poussée de la secte Mou`tazila pour les soufis à un niveau tel qu’ils refusèrent de reconnaître les karamat ou miracles des saints, ils ne les considèrent pas  comme un signe de vérité. De nos jours, nous trouvons encore des gens similaires à ces Mou`tazila, qui veulent formuler leur propre définition de l’Islam, avec ce qui y convient et ce qui n’y convient pas, en faisant un mélange de vrai et de faux afin qu’ils puissent se débarrasser de l’essence des enseignements de l’Islam qui exposent le caractère incomplet et les erreurs de ce qu’ils ont hérité.

 

     L’objectif du tassawwouf est de purifier le cœur de toute sorte de mauvais désirs et penchants, des impuretés qui s’y accumulent à cause des péchés et des mauvaises actions internes comme externes,  purifier le «soi» afin d’orner et de décorer le cœur avec le bon modèle et la bonne manière qu’exigent le Coran et la Sunna du Prophète (saw). Son but est de créer l’état d’ishan, la perfection du caractère, qui fut celui du Prophète (saw) et l’état que tous ses Compagnons qui s’efforcèrent d’atteindre cette perfection.

 

 

La Nécessité Du Développement Des Sciences Islamiques Après Le Temps Du Prophète (saw)

 

Pour prendre un exemple, au temps du Prophète (saw), il n’y avait pas la nécessité d’enseigner ‘ilm al-nahou (la science de la grammaire) même à un enfant. Dans le berceau de l’Islam, ayant grandit dans le Hijaz, même un enfant pouvait lire un poème ou un texte arabe sans avoir recours à aucun signe diacritique (tashkil). Cette connaissance leur était acquise naturellement au fur et mesure qu’ils grandissaient.   Plus tard, lorsque plusieurs non-arabes commencèrent à embrasser l’Islam, et que le Coran se lisait incorrectement, il devint nécessaire de créer de nouvelles disciplines en vue d’assister les nouveaux Musulmans dans la lecture du Coran. Ainsi la grammaire fut développée et les signes diacritiques furent établis.

 

     L’état de perfection (ihsan), l’état d’austérité (zouhd), l’état de la peur d’Allah (wara’) et l’état de la méfiance de  Dieu (taqwa) furent naturellement pratiqués par les Compagnons  parce qu’ils étaient en compagnie du Prophète (saw) et ces états furent un résultat direct de cette association. Ce fut la raison pour laquelle ils furent appelés Compagnons, c’est cette association avec le Prophète (saw) qui leur  permit d’être purifié.

 

     Après les compagnons,   plusieurs gens   n’eurent pas l’opportunité de rencontrer le Prophète (saw) ni ses Compagnons mais acceptèrent l’Islam, et parce que plusieurs nouveaux Musulmans, à cette époque,  dévièrent du vrai chemin de l’Islam, il devint nécessaire d’établir une école avec une fondation, juste comme  `ilm al-nahou fut établi avec ses écoles. Il fut nécessaire de mettre en place des écoles à travers lesquelles furent développées les disciplines spirituelles visant les états cités ci-dessus, et elles furent combinées sous une science principale appelée `ilm al-tassawwouf.

     Nous devons savoir que le tassawwouf n’est pas une chose nouvelle en Islam ni quelque chose d’inventée. Au contraire, c’est une science héritée du Prophète (saw) et des Compagnons et ses racines sont dans l’Islam. Elle n’est pas ce que les ennemis de l’Islam--Les Orientalistes et leurs disciples--ont relaté. Ils ont innové et attribué plusieurs noms au tassawwouf afin d’attaquer la science et l’état d’ihsan que le Prophète (saw) mentionna dans son Saint Hadith. Ils tentèrent d’appliquer le terme «superstition» (sha‘waza) à la science de tassawwouf. Il est bien su de tous que tout terme peut être employé pour nommer une science et l’on est libre de définir ou d’utiliser tout terme que l’on désire. De même `ilm al-ihsan ne change pas en lui attribuant un nom différent. Il est profondément espéré que personne ne soit empêchée d’apprendre cette importante science citée dans le Coran et le hadith, à cause du préjudice causé au tassawwouf. Si le terme est problématique à quiconque, qu’il lui attribue un nom différent, mais qu’il apprenne cette science par tout autre nom qui lui conviendra.. Le terme tassawwouf qui est utilisé pour se référer aux voies de la purification du cœur, dénote la même chose que tazkiyat al-nafs dans le Coran. Les deux termes ont la même définition comme étant les sciences de «l’austérité» (zouhd) et celle de la perfection du caractère (ihsan). Les termes  zouhd et ihsan furent utilisés au temps du Prophète (saw). Plus tard, ces termes furent définis en détails et redéfinis sous la direction du Coran et du hadith, comme furent les autres sciences Islamiques déjà citées.

 


 

Les Racines Linguistiques Du Mot Tassawwouf

 

Il y a quatre racines données au mot tassawwouf. La première dérive du mot Arabe safa ou safw qui signifie pureté comme du cristal et limpide comme de l’eau. Le Prophète (saw) compara le monde à une petite eau de pluie sur un plateau de montagne dont la limpidité (safw) avait déjà été bue et dont la lie (kadar) seulement restait[11]; et il appela la Syrie la plus pure des terres d’Allah[12] après la Mecque et Madina. Ibn al-Athir défini le mot dans son dictionaire al-Nihaya comme «le meilleur de tout sujet, sa quintessence, et sa partie la plus pure.»[13]

 

      Une autre racine dérive de Ahl al-Soufa, (les gens du Banc), qui furent ceux qui vivaient dans la mosquée du Prophète (saw) de son vivant et qui furent mentionnés dans le Coran au verset suivant:

 

«(O Mouhammad,) Résigne-toi à la compagnie de ceux qui invoquent leur Seigneur matin et soir désirant Sa Face; et ne laisse pas tes yeux se détourner d’eux, voulant le luxe de ce bas-monde; et n’obéis pas à celui dont nous avons rendu le cœur inattentif à Notre Rappel, qui poursuit sa passion et dont le comportement est outrancier.» (.18:.28)  

 

      Ce verset insiste sur la nécessité des croyants à se  maintenir dans un état permanent de dhikr, le Souvenir d’Allah avec la bouche (la langue), dans l’esprit, et à travers le cœur. Cette racine est parfois comparée à ahl al-Saff, ou «les Gens du Rang», dans le sens de «premier rang», comme le premier rang est béni et les soufis sont l ‘élite de la communauté.

 

      La troisième de ces racines est al-souf ou laine, comme ce fut la coutume des gens pieux de Koufa de s’en revêtir. La quatrième racine linguistique dérive de souffat al-kaffa ou éponge molle en référence au soufi dont le cœur est très mou  à cause de sa pureté. Ceci est la raison pour laquelle le Prophète (saw) montra toujours sa préoccupation pour ses Compagnons, en vue de purifier leurs cœurs et de leur montrer que le progrès du «soi» est basé sur un cœur débarrassé de toutes les imperfections internes et externes.


 

Le Prophète (saw) Mentionne La Condition Du Cœur: La Suprématie Du Cœur Sur Tous Les Autres Organes 

 

Le cœur est le siège de la sincérité en une personne sans lequel aucune de ses actions ne sont acceptées. Le Prophète (saw) dit dans Boukhari: «Sûrement il y a dans le corps un petit morceau de chair;  s’il est en bon état le corps entier est en bon état, et s’il est corrompu le corps entier est corrompu et c’est le cœur»; et il dit dans deux autres hadiths rapportés par Mouslim: «Sûrement Allah ne regarde pas vos corps ni vos faces, mais Il régarde vos cœurs» et «N’entrera  au paradis quiconque a même un atome d’orgueil en son cœur.» Plusieurs autres hadiths citent explicitement la primauté du cœur:

 

·        Abou Hourayra rapporte: «Je dis: O Messager d’Allah! Qui sera le premier  à bénéficier de ton intercession au jour de la résurrection?» Le Messager d’Allah dit: «O Abou Hourayra! Je savais que personne ne pouvait me demander cette question avant toi à cause de ton grand désir pour la connaissance de hadiths. Le premier  à bénéficier de mon intercession au jour de la résurrection est celui qui dit «Il n’y a de Dieu qu’Allah» purement et sincèrement de son cœur (qalb) ou de son âme (nafs).»[14] Ibn Hajar dit dans son commentaire sur Boukhari:

 

Le Prophète (saw) mentionna le cœur pour   insister, comme Allah dit à propos du pécheur: «Certes, il a un cœur pécheur» (2:283)… «Le Premier» fait allusion à leur différent ordre d’entrée au paradis comme distinct dans leur rang de sincérité, cette dernière qualité étant mise en valeur par son dire «de son cœur» quoiqu’il soit clair que le siège de la sincérité est le cœur. Cependant, l’attribution de l’action à cet organe est plus accentuée.[15]

 

·        L’un des Compagnons nommé Wabissa rapporte que les gens avaient l’habitude de demander au Prophète (saw)des questions au sujet des bonnes choses, mais lui se résolu de lui demander qu’au sujet de mauvaises choses. Lorsqu’il vint au Messager de Dieu, celui-ci le tapota sur la poitrine avec ses doigts et dit par trois fois: «O Wabissa, la peur d’Allah est là.» Ensuite il dit: «Demande la réponse à ton coeur, peu importe celle des autres. »[16]

 

·        De la part d’Oumar: Le Prophète (saw) dit: «Toute chose a une cire, et la cire du cœur est dhikr Allah. Rien ne sauve une personne de la punition plus que le dhikr Allah.» Ils dirent: «Même pas le jihad pour l’amour d’Allah?» Il dit: «Non, même si vous combattez jusqu’à ce que vos sabres se brisent.»[17] 

 

·        Ibn `Oumar rapporte: J’étais assis avec le Prophète (saw) lorsque Hamala ibn Zayd al-Ansari de la tribu des Banou Haritha vint à lui. Il s’assit en face du Messager d’Allah (saw) et dit: «O Messager d’Allah, la croyance est là» – et il montra sa langue du doigt – «et l’hypocrisie est là» -- et il montra son coeur du doigt – «et je ne fais pas assez de dhikr Allah à l’exception d’un petit nombre.» Le Messager d’Allah demeura silencieux. Hamala répèta ses mots au cours desquels le Prophète(saw) saisi sa langue par son extrémité et dit: «O Allah, donne lui une langue véridique et un cœur reconnaissant, et fait qu’il m’aime et aime tous ceux qui m’aiment, et dirige ses affaires vers le succès.» Hamala dit: «O Messager d’Allah, j’ai deux frères qui sont hypocrites; j’étais juste avec eux. Ne dois-je pas les conduire à toi (afin que tu pries pour eux)?» Le Prophète (saw) dit: «(oui), quiconque vient à nous de la manière dont tu es venu, nous demanderons le pardon pour eux comme nous avons demandé le pardon pour toi; et quiconque maintien cette voie, Allah devient son protecteur.»[18]

 

·        De Ibn `Oumar aussi: le Prophète (saw) dit: «Ne parlez pas beaucoup, faites le dhikr Allah; parler beaucoup sans faire le dhikr Allah endurci le cœur, et personne n’est plus éloigné d’Allah que celui qui a un cœur dur.»[19]

 

     Nous voyons que le Prophète(saw) liait toute chose à la condition du cœur. Lorsque nous éliminons nos mauvais caractères et que nous endossons les bonnes manières, nous aurons un cœur parfait et sain; Ceci est la raison pour laquelle Allah  mentionne dans le Coran: «Le jour où ni les biens, ni les enfants ne seront d’aucune utilité, sauf celui qui vient à Allah avec un cœur saint.» (26:88-89). Et Allah mentionne les cœurs de Ses vrais savants (`oulama) lorqu’Il dit: «Il consiste plutôt en des versets évidents, (préservés) dans les poitrines de ceux à qui le savoir a été donné. Et seul les injustes renient nos versets.»

 

     Quelles sont les maladies du cœur? L’Imam Souyouti dit dans son livre sur la tariqa Chadhili: «La science des cœurs, la connaissance de ses maladies comme  la jalousie, l’arrogance et la vanité, est une obligation pour tout Musulman de s’en débarrasser.»[20]  Les exégètes disent que la jalousie (hassad), l’ostentation (al-riya’), l’hypocrisie (al-nifaq) et la haine (al-hiqd) sont les caractères les plus communs auquels Allah fait référence lorsqu’Il dit: «Dis: Mon Seigneur m’a interdit les turpitudes tant apparentes que secrètes» (7:33). Allah mentionnant «tant apparent que secret» est l’évidence de la nécessité pour toute personne de ne pas seulement corriger et parfaire les actions extérieures, mais de purifier celles qui sont cachées en son cœur et qui sont seulement connues de son Seigneur.

 

     Le tassawwouf est la science et la connaissance par laquelle on apprend à  purifier le moi des mauvais désirs de l’égo, comme la jalousie, la tricherie, l’ostentation, l’amour des éloges, la vanité, l’arrogance, la colère, l’avidité, la radinerie, le respect du riche au dépend du pauvre, tout comme on doit purifier son aspect externe. La science de tassawwouf enseigne la purification selon le Saint Coran et la Sunna du Prophète (saw) et enseigne à se vêtir des attributs parfaits (al-sifat oul-kamila) dont la repentance (tawba), la peur de Dieu (taqwa), se maintenir dans le droit chemin (istiqama), la franchise (sidq), la sincérité (ikhlas), l’abstentation (zouhd), la grande piété (wara’), se remettre à Allah (tawakkul), accepter le Destin (rida), s’abandonner à Allah (taslim), les bonnes manières (adab), l’amour (mahabba), le souvenir (dhikr), la méditation (mouraqaba), et plusieurs autres qualités trop nombreuses pour être énumérées ici.

 

Tout comme la science du hadith a des douzaines de classifications, de même la science de tassawwouf a plusieurs classifications à savoir, les bonnes caractéristiques (akhlaq hassana) que le croyant doit obligatoirement développer, et les mauvaises (akhlaq dhamina) qu’il doit obligatoirement éliminer, en vue d’atteindre l’état d’ihsan. Les bénéfices et les buts de la science de tassawwouf rendent manifestes en nous le coeur de l’Islam, sa précieuse essence et sa force. En effet, l’Islam n’est pas seulement une pratique externe, mais il a aussi une vie interne. Ceci est la raison pour laquelle Allah dit: «Evitez le péché apparent ou caché» (6:120) et «Il y a parmi les croyants, des hommes qui ont été sincères dans leur engagement envers Allah» (33:23). Ceci signifie que tous les croyants ne sont pas inclus dans ce groupe sélectionné de «ceux qui ont tenu leur engagement envers Allah.» En d’autres termes l’on peut être croyant, mais ne pas être parmi ceux qui ont tenu leur engagement à moins que l’on est atteint l’état de la purification de soi, l’état d’ihsan, la perfection du caractère, que le Saint Prophète (saw) mentionna dans le Saint Hadith. Et ceci, comme nous l’avons maintenant rendu clair, est ce qui fut   connu plus tard comme étant la science du tassawwouf.


 

II - «Y-A-T’Il DES PREUVES ET DES EVIDENCES DANS LE CORAN AU SUJET DU TASSAWWOUF? CITEZ-LES DE MANIERES EXPLICITES

 

 

Allah Décrit Tazkiyat Al-Nafs Comme Un Devoir Du Prophète

 

Comme mentionné précédemment, l’évidence du tassawwouf à partir du Coran est la même que l’évidence pour tazkiyat al-nafs ou la purification du soi, qui a été établie dans les paragraphes antérieurs comme la définition du tassawwouf. Allah dit: «C’est Lui qui a envoyé à des gens sans Livre un Messager des leurs qui leur récite Ses versets, les purifie et leur enseigne le Livre et le Sagesse, car ils étaient auparavant dans un égarement évident» (62:2). Le terme utilisé ici est wa youzakkihim (les purifie). Les différents sens des différentes racines du mot tazkiya en arabe sont:

 

·        zaka:  «il nettoya» ou «il fut propre»

·        youzakki  «netttoyer» et «être purifier»

·        tazkiya  «purification»

·        zakat  «la taxe Islamique pour le nécessiteux,» «charité» «pureté»

·        azka  «la plus pure»

·        zaki  «pur, innocent»

 

Allah dit dans un autre verset: «Et par l’âme et Celui qui l’a harmonieusement façonnée et lui a alors inspiré son immortalité, de même que sa piété! A réussi, certes, celui qui la purifie. Et est perdu, certes, celui qui la corrompt.» (91:7-10) Ce verset du Coran fait état de la nécessité de purifier et de maintenir propre le nafs en vue de réussir dans cette vie et dans l’au-delà: et ceci est précisément le but du tassawwouf. Les versets suivants sont rélatés pour une telle auto-purification.

 

 

D’autres Versets Et Commentaires Sur Tazkiyat Al-Nafs

 

Des versets se référant à la purification et à la purification du soi dans le Coran ont été déjà mentionnés. Allah dit:

 

·        «Notre Seigneur! Envoie l’un des leurs comme messager parmi eux, pour leur réciter Tes versets, leur enseigner le Livre et la Sagesse, et les purifier.» (2:129)

 

·        «Ainsi, Nous avons envoyé parmi vous un messager de chez vous qui vous récite Nos versets, vous purifie…» (2:151)

 

·        «Réussit, certes, celui qui se purifie, et se rappele le nom de son Seigneur, puis prie.» (87:14-15)

 

·        «Et quiconque se purifie, ne se purifie que pour lui-même, et vers Allah est la Destination.» (35:18)

 

      Dans tous ces versets Allah Tout-Puissant fait état des mutassawif, ou ceux qui sont préoccupés à se purifier. Ils se souviennent de leur Seigneur en tout lieu et en tout moment en invocant Ses Noms et Attributs, et ils sont attentifs dans leurs prières. Ceci est l’essence du tassawwouf, et aussi l’essence de l’Islam. Nous rappelons encore au lecteur que ceci n’est qu’un terme technique, qui peut être remplacé par tout autre synonyme. Pour quiconque prétend suivre ou pratiquer l’Islam, alors ce combat pour la purification du soi est obligatoire, comme il est clairement ordonné dans ces versets. En vérité, il est sans importance de prétendre qu’il puisse avoir une soumission totale à Allah sans se purifier soi-même et voici pourquoi certains savants, parmi lesquels l’Imam Ghazali et l’Iman Souyouti, ont considéré le tassawouf comme une obligation religieuse (wajib).[21] Que l’on réussisse ou non dans cette poursuite dépend d’Allah, mais quoiqu’il en soit sa nécessité incombe à tous les Musulmans, hommes et femmes.

 


 

Allah Ordonne Aux Croyants De Chercher Un Moyen De S’approcher  DE Lui Et D’Accompagner Les Sadiqin.

Il Promet De Guider Les Mouhsinin

 

 

Allah ordonne: «O vous qui croyez! Craignez Allah,  cherchez le moyen de vous rapprocher de Lui et luttez pour Sa cause. Peut-être serez-vous de ceux qui réussissent!» (5:35). Ce verset ordonne de se battre dans la voie d’Allah – et non dans celle de l’égo et vers ses désirs – si l’on souhaite être victorieux. Et il indique la nécessité de suivre les pas du Prophète comme un moyen pour s’approcher d’Allah Tout-Puissant, et le prendre ainsi que ceux qui le connaissent comme guides.

 

      Allah dit aussi: «O vous qui croyez! Craignez Allah et soyez avec les véridiques.» (9:119). Le verset montre une évidence de la nécessité de tenir compagnie et de s’associer avec les meilleurs serviteurs d’Allah. Les Sadiqin sont ceux qui ont atteint les plus hauts niveaux de la foi selon le verset déjà mentionné: “Il est parmi les croyants, des hommes qui ont été sincères dans leur engagement envers Allah. Certains d’entre eux sont morts, et d’autres attendent encore; et ils n’ont varié aucunement (dans leur engagement). (33:23). Ceci signifie qu’en tout temps il y a des gens qui tiennent solidement à leur engagement envers Allah. Ceux-là sont les amis d’Allah mentionnés dans d’autres versets, parmi lesquels: «En vérité, les bien-aimés d’Allah seront à l’abri de toute crainte, et ils ne sont point affligés» (10:62). L’un de ces Amis d’Allah est al-Khidr. On ordonna au prophète Moise de l’accompagner afin d’apprendre une partie de sa sagesse.

 

      Allah dit: «Quant à ceux qui luttent pour notre cause, Nous les guiderons certes sur Nos sentiers. Allah est en vérité avec les bienfaisants» (29:62). La plupart des savants de l’Islam pratiquèrent tazkiyat al-nafs et essayèrent d’atteindre l’état d’ihsan illustré par le haut calibre des saints auquel le verset ci-dessus fait allusion. Ils sont les pieux exemples de ceux qui répendirent l’Islam en Asie Centrale, en Inde, au Pakistan, en Turquie, en Bosnie, en Indonésie, en Malaisie, en Chine, en Indochine, en Espagne, et en Afrique. Tous ces savants pratiquèrent le tassawwouf et utilisèrent ses métodes pour propager l’Islam dans ces pays, à travers leurs états de zouhd, wara', taqwa et tazkiya, ce qui les rendit comme des aimants pour les masses des gens qui se virent attirés à l’Islam par leur canal.


 

Allah Décrit Quelqu’un Qui a Directement Appris De Lui: Al-Khidr

 

 

      Allah décrit éloquemment la rencontre de Sayiddina Moussa avec Sayiddina Khidr dans les versets suivants: «Ils trouvèrent l’un de Nos serviteurs à qui Nous avons donné une grâce de Notre part, et à qui Nous avons enseigné une science émanant de Nous. Moïse lui dit: «Puis-je te suivre à la condition que tu m’apprennes ce qu’on t’a appris concernant une bonne direction?» L’autre dit: Sûrement, tu ne pourras pas être patient avec moi.» (18:65-67). De ces versets, nous voyons que quoique  Sayiddina Moussa fut un prophète et de surcroit le seul prophète à parler directement à Allah (kalimoullah), Sayiddina Khidr possédait une connaissance que Moise n’avait pas, et qu’il cherchait à obtenir de lui. Khidr recevait son savoir directement de la Présence d’Allah (`ilm ladounni) car il était , comme nous l’avons dit, l’un des Amis d’Allah.

 

      Allah dit aussi: «Et suis le chemin de celui qui se tourne vers Moi» (31:15). Youssouf `Ali commente convenablement ce verset en ces termes: «Ceci est le chemin de ceux qui aiment Allah.» Ceci est en effet un état d’amour qui est lié au coeur, non à l’esprit. A partir de l’ordre de tenir compagnie avec les Véridiques, à partir des versets de la rencontre de Moise avec al-Khidr, et à partir de l’ordre de suivre la voie des vrais Amoureux d’Allah, nous dérivons trois des nombreuses preuves de l’obligation de suivre un guide ou «maître d’éducation» (cheick al-tarbiya) dans la terminologie technique du tassawwouf.


 

La Supériorité De L’Amour Dans L’Adoration

 

Dans son livre intitulé Rawdat al-mouhibbin wa nouzhat la-moushtaqin (Le jardin des amoureux et la promenade des aspirants), Ibn Qayyim al-Jawziyya assembla quelques dires des grands Soufis sur l’amour et sa priorité dans l’adoration[22]:

 

·        Jounayd dit, «j’entendis al-harith al-Mouhassabi dire, l’amour est quand tu t’inclines complètement envers quelque chose, ensuite la préférence de cette chose sur soi-même et sur ton esprit et tes possessions, ensuite la conformité avec cette chose intérieurement et extérieurement, et la réalisation de ta faiblesse dans ton amour pour Lui.»

 

·        Abdoullah ibn al-Moubarak dit: «Quiconque auquel est donné une portion d’amour et auquel il n’est pas donné une équivalence de piété, a été lésé.»

 

·        Yahya bin al-Mouadh al-Razi dit: «Un amour du poids d’un atome est  préférable pour moi que d’adorer plus de soixante-dix années sans amour.»

 

·        Abou Bakrah al-Qattani dit: «Il y avait une discussion au sujet de l’amour (de Dieu)  à la Mecque au cours du pèlerinage et les cheicks en parlèrent. Jounayd était le moins âgé d’entre eux et ils dirent: Dit ce que tu possèdes O Iraqi. Il baissa sa tête par déférence et ses yeux se remplirent de larmes ensuite il dit: Un esclave se laissant lui-même, connecté avec le souvenir de son Seigneur, debout avec l’accomplissement de ses obligations, Le regardant avec son cœur, lequel cœur est consumé par la lumière de son Essence, sa soif est satisfaite du verre de Son amour, et s’il parle c’est par Allah, et s’il met en garde c’est d’Allah, et s’il se déplace c’est sur l’ordre d’Allah, et s’il est silencieux c’est qu’il est avec Lui, et il est par Allah, il est pour Allah, il est avec Allah (fa houwa billahi wa lillahi wa’allahi). Les cheicks s’esclamèrent et dirent: Il n’y a rien au-dessus de ceci, qu’Allah te renforce, couronne des Connaisseurs!»

 

      Ces mots de Jounayd sont liés à l’un des textes fondamentaux montrant l’évidence du miracle ou karamat des saints, le hadith qoudsi (dire inspiré) rapporté dans Boukhari par Abu Hourayra, le Messager d’Allah dit: «Allah dit»:

 

Quiconque nuit à celui qui s’est consacré à Moi, Je lui déclarerai la guerre. Mon serviteur ne se rapproche de Moi par rien qui M’est agréable que l’accomplissement des obligations que Je lui ai imposées. Mon serviteur ne cessera de se rapprocher de Moi par des pratiques surérogatoires jusqu’à ce que Je l’aime, et quand Je l’aime, Je deviens l’oreille par laquelle il entend, les yeux par lesquels il voit, la main par laquelle il empoigne, son pied par lequel il marche. S’il Me sollicite quelque chose, certes, Je la lui accorderai, et s’il sollicite Ma protection, certes, Je la lui accorderai …

 

·        L’amour d’Allah fut mentionné par Dhoul-Noun et il dit: «Assez, ne discutez pas de cette question car le nafs l’entendra et il le réclamera.» Et il continua:

              «En ce qui concerne le rebel, la peur et le remord sont meilleurs! L’amour d’Allah est pour celui qui a déjà peur et est purifié de toute vulgarité.»

 

·        Dhoul-Noun dit aussi: «Pour toute chose il y a une punition, et la punition pour le Connaisseur d’Allah est lorsqu’il est détaché du souvenir d’Allah (dhikroullah).»

 

·        Jounayd fit allusion à cette différence de niveaux dans sa réponse lorsqu’il fut questionné: «Par dessus tout, il y a des gens qui disent que définitivement ils atteignent le niveau de la bonté en ne faisant aucune action.» Il dit: «Parlent-ils de la suppression des actes (obligatoires et autres)? Non, quiconque commet l’adultère et vole est mieux que celui qui tient un tel propos. Car sûrement les connaisseurs d’Allah (al `arifina billah) prennent les actions dictées par Allah et retournent à Lui avec ces actions, et si j’avais à vivre mille années je ne diminuerais jamais de faire de bonnes actions.»

 

·        Jounayd dit aussi: «Le connaisseur d’Allah n’est pas considéré comme connaisseur jusqu’à ce qu’il ne devienne comme la terre; ça lui est égal qu’une bonne ou une mauvaise personne le piétine; ou comme la pluie, elle tombe sans discrimination sur ceux qu’elle aime ou ceux qu’elle n’aime pas.»

 

·        Soummoun dit: «Les amoureux d’Allah ont obtenu l’honneur des deux mondes, celui-ci et celui de l’au-delà. Le Prophète dit: «L’être humain est avec celui qu’il aime.» Ils sont avec Allah dans la dunya et dans l’au-delà.»

 

·        Yahya ibn Mou’adh dit aussi: «Il n’est pas véridique celui qui prétend qu’il L’aime et trépasse Ses limites.»

 

·        Et il dit: «Le connaisseur d’Allah abandonne cette vie mondaine et il n’a pas assez de deux choses: pleurer sur son propre soi, et son grand désir pour son Seigneur.»

 

·        Et quelqu’un dit: «Le connaisseur d’Allah ne devient un connaisseur jusqu’à ce que lui soit offert les trésors de Soulayman, cela ne l’intéressera pas, même pas le temps d’un clignement  de paupières.»


 

Des Versets Au Sujet Du Caractère Parfait, Ihsan

 

Après les versets qui s’adressent à l’auto-purification, citons maintenant des versets qui évoquent l’état d’ihsan ou l’excellence du caractère. Allah dit:

 

·        «La Miséricorde d’Allah est proche des bienfaisants.» (7:56)

 

·        «Certes, Allah est avec ceux qui L’ont craint avec piété et ceux qui sont bienfaisants.» (16:128)

 

·        «Y a-t-il d’autre récompense pour l’Excellence que l’excellence ?» (55:60)

 

·        «Et il récompense ceux qui font le bien par la meilleure récompense.» (53:31)

 

·        «Certes, Allah commande l’équité, la bienfaisance (ihsan) et l’assistance aux proches. Et Il interdit la turpitude, l’acte répréhensible et la rébellion. Il vous exhorte afin que vous vous souveniez.» (16:90)

 

·        «Non, mais quiconque  soumet à Allah son être entier tout en faisant du bien ( dans l’état d’ihsan), aura sa rétribution auprès de son Seigneur. Pour eux nulle crainte, et ils ne serons point attristés.» (2:112)

 

·        «Et quiconque soumet son être entier à Allah tout en étant bienfaisant (ihsan), s’accroche réellement à l’anse la plus ferme. La fin de toute chose appartient à Allah» (31:22)

 

·        «Qui est meilleur en religion que celui qui soumet son être entier à Allah tout en oeuvrant bien dans la voie qu’Allah aime…» (4:125).

 

      Les versets au sujet de l’état d’ihsan sont très nombreux , mais ce qui a été cité est suffisant. Le sens de ihsan, comme le Prophète l’a défini, c’est prier avec humilité et soumission (khoudou' et khouchou') comme si l’on voyait Allah et être conscient qu’Il nous voit. Dans son livre «Livre de Définitions» (Kitab al-ta’rifat), al-Jourjani (d. 816) dit:

 

al-ihsan: nom verbal dénotant ce que l’on doit faire dans la voie du bien. Dans la Chari`a cela signifie adorer Allah comme si tu Le vois, et si tu ne Le vois pas, Il te voit. C’est le degré de la vraie adoration dans la servitude prédit dans la vue de la divinité avec la lumière de la vision spirituelle (al-tahaqqouq bi al-`ouboudiyya `ala moushahadat hadrat al-rouboubiyya bi nour al-basira). Ceci est: la vue d’Allah comme Il est décrit par Ses attributs et à travers Son réel atttribut, afin que l’on puisse Le voir avec certitude, non littéralement (fa houwa yaqinan wa la yarahou haqiqatan). C’est la raison pour laquelle le Prophète dit: «Comme si tu Le voyais.» Car on Le voit derrière le voile de Ses attributs.[23]

 

      Le mot ihsan et ses dérivés ont les sens suivants dans le dictionnaire:

 

hassouna: “devenir, sembler, rendre excellent, beau”

ihsanan:     “faire excellemment”

ahsana:      “il fit une bonne action”

ihsan:         “gentillesse”

housna:        “récompense”

hassan:         “excellent, beau”

hissanoun:     “beaux”

 

«Devenir beau» dans le premier sens de ces définitions signifie se décorer avec de bons attributs, embellir intérieurement et extérieurement. Utiliser comme adjectif, il signifie gentillesse comme une caractéristique ou une attitude interne aussi bien que tranquilité.

 

      Il apparait évident que l’état d’ihsan cité dans le Saint Coran est un état très important, état que l’ange Jibril dé- montra comme partie intrinsèque  de la religion, et qu’il plaça au même niveau que les états de l’Islam et de la foi. La religion consiste en trois états , l’Islam, l’Iman et l’Ihsan, chacun avec sa définition. Ceci est la raison pour laquelle il est mentionné en plusieurs lieux dans le Saint Coran et la raison pour laquelle lorsque le Prophète fut questionné à ce sujet par Jibril, il lui donna la même importance que l’Islam et l’Iman.

 

      Ceci est le sens de la science entière du tassawwouf. A ceux qui s’y opposent nous disons: Vous pouvez changer ce terme si vous ne l’aimez pas, mais nous l’aimons ainsi parce que c’est un terme bien connu, bien utilisé. Les termes ne changent pas la nature ou la réalité fondamentale d’une chose. Comme l’adage le dit, «une rose quelque soit le nom qu’on lui donnera aura toujours une bonne odeur.»


 

III - QUELLES SONT LES PREUVES SUR LE TASSAWWOUF A PARTIR DES HADITHS?

 

 

Comme nous l’avons dit dans les paragraphes antérieurs, le terme tassawwouf est un terme technique qui a pris ses origines à travers les sens variés que nous avons cités dans la première et seconde réponse. Il a ses racines profondes dans la Sunna du Prophète, dans la mesure où son origine est l’ihsan, l’état d’Excellence qui est mentionné dans le hadith de Jibril, hadith qui est connu par tous les savants comme «la source de la Sunna et de tous les hadiths» (oumm al-Sunna wa oumm al-ahadith).

 

 

Oumm al-Ahadith, Le Hadith De Jibril

 

 Oumar – qu’Allah lui accorde Sa satisfaction – dit aussi: «Pendant que nous étions assis un jour avec le Messager d’Allah – la bénédiction et le salut d’Allah sur lui – soudain un homme vint à nous. Il était habillé d’un vêtement excessivement blanc. Ses cheveux étaient très noir. Il n’y avait pas de signe de voyage sur cette personne. Aucun d’entre nous ne le connaissait. Il alla s’asseoir en face du Prophète – la bénédiction et le salut d’Allah sur lui – appuyant ses genoux contre les genoux du Prophète et ses mains sur ses jambes.

 

      Il dit: «O Muhammad! Informe-moi au sujet de l’Islam.» Le Messager d’Allah – la bénédiction et le salut d’Allah sur lui – dit: «L’Islam est le témoignage qu’il y n’a de Dieu qu’Allah, et que Muhammad est le Messager d’Allah; de faire la prière; de payer la zakat; de jeûner pendant le mois du Ramadan; et d’effectuer le pèlerinage à la (maison d’Allah) si tu as les moyens de t’y rendre.» L’homme dit: «Tu as dit la vérité.» Nous étions surpris de lui: comment peut-il être en train de poser des questions au Prophète – la bénédiction et le salut d’Allah sur lui – et en même temps confirmer ses réponses? Ensuite il dit: «Parle-moi au sujet de la Foi.» Le Prophète – la bénédiction et le salut d’Allah sur lui – dit: «La Foi est de croire en Allah, Ses anges, Ses livres, Ses messagers, au Jour du Jugement, et de croire en la prédestination, le bon et le mal.» L’homme dit: «Tu as dit la vérité. Maintenant, parle-moi au sujet de l’Ihsan.» Le Prophète – la bénédiction et le salut d’Allah sur lui – répondit: «L’Ihsan est d’adorer Allah comme si tu Le vois, car si tu ne Le vois pas, certainement Il te voit.»

 

      L’homme dit: «Maintenant informe-moi au sujet de l’Heure.» Le Prophète – la bénédiction et le salut d’Allah sur lui – dit: «Celui qui est questionné n’en sait pas plus que celui qui questionne.» Il dit: «Ainsi parle-moi au sujet de ses signes.» Il répondit: «La fille-esclave donnera naissance à ses maîtresses, et tu verras les va-nu-pieds, pauvres bergers construire de grands buildings.» Alors il s’en alla et le temps s’écoula. Longtemps après il me dit: «O `Oumar, sais-tu qui posait ces questions?» Je dis: «Allah et Son Messager savent mieux.» Il dit: «Il n’était rien d’autre que Gabriel. Il était venu vous enseigner votre religion.» Rapporté par Mouslim.

 

      Dans cet hadith, Jibril a divisé la Religion en trois catégories ou branches, à partir desquelles toute la religion, tous les hadiths et toute la Sunna dérivent. Et, il précisa chaque branche en posant chaque question séparément. La première branche était au sujet de la question «Qu’est-ce l’Islam?», la seconde était au sujet de la question «Qu’est-ce l’Iman?», et la troisième était au sujet «Qu’est-ce l’Ihsan?» Nous ne pouvons pas dire que la Religion est seulement l’Islam, ou seulement l’Iman ou seulement l’Ihsan. Nous disons que chaque branche est essentielle à la Religion, et ne peut pas  être séparée. Le Prophète, dans ses réponses à ces questions confirma ceci et dit à ses Compagnons après que Jibril soit parti, «Jibril était venu vous enseigner votre religion.»

 

      Nous voyons à partir de ce hadith de Jibril qu’il catégorisa la religion en trois piliers ou composantes essentielles. Le premier est le pilier de l’Islam. Le deuxième est le pilier de l’Iman et le troisième est le pilier d’Ihsan. Le premier pilier est le côté pratique de la religion, comprenant l’adoration, les actions et autres obligations. L’état de ce pilier est le côté externe du soi, qui a attrait au corps et à la communauté. Les savants appellent celui-ci la Chari`a. Les savants sont spécialisés en cette science et elle fut nommée «Science de la Jurisprudence» (`ilm al-fiqh). Le second pilier consiste en la croyance à travers l’esprit et le cœur. Cela signifie croire en Allah, en Ses Messagers, Ses Livres, les Anges, le Jour du Jugement, et le Destin. Et ceci fut connu par les savants comme `ilm al-tawhid. Le troisième pilier est le principal sujet du tassawwouf.


 

La Troisième Composante De La Religion De L’Islam:

Ihsan (La Perfection Du Caractère)

 

 

Le troisième aspect de la Religion est connu comme l’aspect spirituel du cœur, qui combine avec le premier pilier, l’adoration, et le deuxième pilier, la croyance, amène l’individu à être conscient d’être en présence d’Allah dans toutes ses actions et pensées comme s’il Le voyait. Et s’il ne peut   Le voir – parce que personne ne peut Le voir dans cette vie -- alors, il doit garder la permanence de la  présence d’Allah dans son cœur, sachant qu’Il est présent dans chaque atome et chaque particule de son adoration et de sa croyance – voilà,   les états et qualités de son adoration et sa croyance. En conséquence, cela produira en lui un état d’excellence, un état de haute qualité, en ayant à l’esprit la présence de la vision d’Allah sur lui et en     ressentant le plaisir spirituel et la lumière de la connaissance qu’Allah dirigera à son cœur en guise de Sa faveur et de Sa gratitude. Voilà ce que les savants ont nommé la Science de la Vérité ou `ilm al-haqiqa, connue dans le temps des Compagnons comme al-siddiqiyya ou la voie des saints véridiques. C’est  plus tard qu’il fut connu sous le nom de tassawwouf.

 

      Nous pouvons résumer les définitions précédentes en disant que l’islam prescrit les comportements du Musulman, l’iman décrit ses croyances et les définit, et l’ihsan se réfère à l’état du coeur qui détermine si l’Islam et l’Ihsan de l’un portera fruit dans cette vie ou dans celle de l’au-delà. L’évidence de ceci est rapporté dans Boukhari dans le hadith mentionné dans les paragraphes précédents: «Sûrement il y a un morceau de chair dans le corps, s’il est bon tout le corps est bon et s’il est corrompu tout le corps est corrompu et c’est le cœur.»

 

                                             {    chahada

                                             {    salat

                    {     islam         {    zakat

                    {                       {    sawm

                    {                       {    hajj

                    {

                    {                {    billah

 DIN            {               {    wa mala'ikatihi

                    {                {    wa koutoubihi

 AL-            {     iman   {    wa roussoulihi

                    {                {    wa al-qadar khayrihi

  ISLAM     {                {    wa charrihi

                    {                {    wa al-yawmi al-qkhir

                    {

                    {                                               {    taqwa

                    {            an ta`bouda Allah      {    wara’

                    {       ka’annaka tarah             {    zouhd

                    {         (adorer Allah comme    {     khouchou     

                    {          si tu Le vois)                 {     khoudou

                    {     ihsan                                 {     sabr         

                    {                                               {     tawba

                    {                                               {     rahma

                                                                     {     karam

                                                                     {    hilm …

 

Ihsan est divisé en plusieurs parties comprenant toutes les bonnes caractéristiques et qualités du croyant telles  que taqwa (la crainte d’Allah), wara' (la peur scrupuleuse d’Allah), zouhd (l’ascétisme), khoushou (la révérence), khoudou (l’humilité), sabr (la patience), sidq (la franchise), tawakkoul (la confiance), adab (les bonnes manières), tawba (le repentir),  inaba (le retour à Allah), hilm (l’indulgence), rahma (la compassion), karam (la générosité), tawadou' (l’humilité), haya (la modestie), chaja`a (le courage), etc..

 

      Toutes ces qualités sont celles du Prophète, et le caractère du Prophète est le Coran , selon le dire d’Aïcha «Son caractère était le Coran.»[24] Le Prophète à son tour revêtit ses Compagnons avec ces qualités si bien qu’ils devinrent de parfaits et de brillants exemples pour l’humanité à savoir comment les êtres humains devraient vivre en parfaite harmonie avec le Créateur et entre eux.

 

      Dans son explication de cet hadith, l’Imam Nawawi parle de l’Ihsan sous les termes de maqam al-mouchahada (la station de l’expérience) et maqam al-siddiqin (la station des Saints les plus véridiques) qui sont des branches du tassawwouf. Le texte complet du commentaire sur le hadith de Jibril par l’Imam Nawawi est le suivant.

 

 

LE COMMENTAIRE DE L’IMAM NAWAWI SUR LE HADITH DE JIBRIL

 

«Parle-moi au sujet de la foi (iman).»

 

L’Iman, lexiquemment parlé, signifie une conviction de nature générale. Légalement, c’est une expression pour une conviction spécifique dans la croyance en Allah, Ses anges, Ses livres, Ses messagers, le jour dernier, et tout ce qui est décrété, le bon et le mal. Islam est un mot signifiant la performance des obligations légales. Celles-là sont les actions externes que l’on applique à soi-même.

 

      Allah Le plus Exalté a fait une différence entre la foi (iman) et la soumission et ceci est aussi mentionné dans le hadith. Il dit: «Les Arabes disent: «Nous avons la foi.» Dit: «Vous n’avez pas encore la foi. Dites plutôt: Nous sommes simplement soumis» (49:14). Ceci est parce que les hypocrites priaient, jeûnaient, et payaient l’aumône légale cependant ils niaient dans leur cœur. Lorsqu’ils prétendaient avoir la foi, Allah déclara leur revendication de mensonge à cause du refus dans leur cœur, mais Il confirma leur revendication de soumission à cause de leur performance des devoirs.

 

      Allah dit: «Quand les hypocrites viennent à toi, ils disent: «Nous attestons que tu es certes le Messager d’Allah,» Allah sait que tu es vraiment Son Messager, et Allah atteste que les hypocrites sont assurément des menteurs» (63:1). Ils sont menteurs dans leur revendication d’attestation au message puisque leurs cœurs le nient. Les mots de leur bouche ne sont pas en accord avec le contenu de leurs cœurs, alors que la condition de l’attestation au message est que la langue confirme ce que contient le cœur. Lorsqu’ils mentaient dans leur revendication, Allah exposait leur mensonge.

 

      Puisque la foi est aussi une condition pour la validité de la soumision, Allah l’Exalté différencie le soumis (musulman) du croyant (mou'min) en disant: «Nous avons donc fait sortir ce qu’il y avait comme croyants, mais Nous n’y avons trouvé qu’une maison de gens soumis» (51:35-36). Cette distinction lie la croyance et la soumission comme étant une condition et son exécution.

 

      Pour finir, Allah désigna la prière par le nom de "foi" lorqu’Il dit: «Et ce n’est pas l’objectif d’Allah de vous faire perdre votre foi» (2:143) et «Tu n’avais aucune connaissance du Livre ni de la Foi» (42:52). Il parle de la prière.

 

«Et de croire en ce qui a été décrété (qadar), le bien et le mal.»

 

Le mot est prononcé de deux manière; qadar et qadr.

 

      La voie des Gens de La Vérité (c’est-à-dire Ahl al-Sunna wa al-Jama`a) est de fermement croire au décret d’Allah. Le sens de ceci est qu’Allah – Glorifié et Exalté soit-Il – a décrété les choses depuis la pré-éternité et qu’Il – Glorifié et Exalté soit-Il – sait qu’elles se manifesteront aux temps qui sont connus de Lui; et elles se dérouleront exactement selon ce qu’Il a décrété – Gorifié et Exalté soit-Il!

 

      Sache qu’il y a quatre sortes de décrets:

 

1.      Le décret dans la Prescience Divine. Il est dit à son sujet: L’affection (`inaya) devant l’amitié (milaya), le plaisir avant la naissance, et la moisson  se poursuit dès les premiers fruits. Allah l’Exalté dit: «Est détourné de lui quiconque a été fait pour être détourné» (51:9). En d’autres mots, l’un est détourné d’entendre le Coran et de croire dans ce monde celui qui a été détourné d’eux dans la pré-éternité.»[25]

 

2.      Le décret sur la Tablette Protégée. Un tel décret peut être changé. Allah: «Allah efface ce qu’Il veut, et Il confirme ce qu’Il veut, et l’Ecriture Mère est auprès de Lui» (13:39). Nous savons qu’Ibn `Oumar avait l’habitude de dire dans ses invocations: «O Allah, si Tu as prédestiné des difficultés pour moi, efface-les et écrit de la félicité pour moi.»

 

3.      Le décret dans la matrice concernant ce que l’ange est ordonné d’écrire au sujet de la subsistance et le terme de la vie de l’un, et s’il sera malheureux ou prospère.

 

4.      Le décret qui consiste à rejoindre des choses spécifiques pré-établies au moment où elles doivent se dérouler, car Allah l’Exalté a créé à la fois le bien et le mal et a ordonné qu’ils atteignent Ses serviteurs au temps désigné par Lui.

 

Il est évident  qu’Allah Tout -Puissant créa à la fois le bien et le mal puisqu’Il dit: «Les criminels sont certes dans l’égarement et la folie. Le jour où on les traînera dans le feu sur leur visage on leur dira: "Goûtez au contact de l’enfer Sakar." Oui! Nous avons créé toute chose avec mesure (qadar)» (54:47-49). Ce verset fut révélé concernant les partisants du libre arbitre absolu ou Qadariyya à qui on a dit: «Votre croyance est en enfer.»

 

      Comme évidence supplémentaire de ce qui a été décrété , l’Exalté dit: «Dit: Je cherche refuge auprès du Seigneur du couperet contre le mal qu’Il a créé» (113:1-2). La lecture de ce serment au moment où quelque chose de bien arrive au serviteur d’Allah repoussera le mal avant qu’il l’atteigne. Il y a aussi dans le hadith: «Les bonnes actions et renforcer les liens familiaux évitent une mort terrible et éventuellement la change en une bonne»[26]; «L’invocation et l’affliction sont suspendues entre le ciel et la terre, vivante, et l’invocation repousse l’affliction avant qu’elle ne descende.»[27]

 

      Les partisans du libre arbitre absolu [les Mou`tazila] prétendent qu’Allah l’Exalté n’a prédestiné aucune chose, que Sa connaissance ne les précède pas, qu’elles commencent à exister seulement lorsqu’elles se déroulent et que c’est à ce moment seulement qu’Il – Exalté soit-Il – les connait. Ils mentent au sujet d’Allah. -Exalté soit-Il -Il est très haut, au-dessus de leur propos mensonger. Ils rentrèrent dans l’obscurantisme.

 

      Plus tard les Qadariyya disent que le bien provient d’Allah pendant que le mal provient de quelqu’un d ‘autre que Lui. Allah est aussi Exalté haut au-dessus d’une telle déclaration. Dans un hadith authentiquement rigoureux, le Prophète dit: «Les croyants au libre arbitre absolu sont les Zoroastriens de cette Communauté.»[28] Il les nomma Zoroastriens parce que leur école de pensée ressemble à celle du dualisme Zoroastrien. Les Dualistes prétendent que le bien est effectué par la lumière et le mal par l’obscurité, et c’est ainsi qu’ils méritèrent ce nom. Similairement, les partisants du libre arbitre absolu attribuent le bien à Allah et le mal à quelqu ‘un d’autre que Lui,– Exalté soit- Il –Il est le Créateur à la fois du bien et du mal.

 

      L’Imam des Deux Sanctuaires[29] dit dans le "Livre de Guidance aux Preuves Définitives Concernant les Fondations de la Coyance"[30] que certains des Qadariyya disent: «Ce n’est pas nous, mais vous (Ahl al-Sunna) qui êtes les Qadariyya à cause de votre croyance au soit disant Décret.» Jouwayni répondit à ces ignares qu’ils se sont attribués le pouvoir du décret, et quiconque revendique, par exemple, le pouvoir du mal et se l’attribue, mérite son attribu, plutôt que celui qui l’attribue à d’autres qu’à lui-même et nie toute paternité à son sujet.

 

 

«Informe-moi au sujet de l’ihsan.» Il dit: «L’ihsan c’est l ‘adoration d’ Allah comme si tu Le voyais.»

 

      Ceci est la station de la Vrai Vision ( maqam al-mouchahada). Quiconque est capable de voir directement le Roi répugne à se tourner vers d’autres que Lui dans la prière et à affairer son cœur avec d’autres que Lui.

 

      La Station d’ihsan est la Station des Saints les Plus Véridiques (maqam al-siddiqin) à laquelle nous avons fait référence dans notre commentaire sur le hadith de l’intention (Les actions sont selon leurs intentions):

 

      [Al-Mouhassibi dit: «La véracité (sidq) en tant qu’attribut d’un serviteur d’Allah, signifie la constance dans le comportement visible et caché d’une personne, en privé comme en public. La véracité est réalisée après la réalisation de toutes les stations (maqamat) et états (ahwal). Même la sincérité (ikhlas) a besoin de la véracité, alors que la véracité n’a besoin de rien, parce que quoique la réelle sincérité est de chercher Allah à travers l’obéissance, on peut chercher Allah en priant et toujours être insouciant ou absent en son propre cœur en cours de prière. La véracité est ainsi chercher Allah au moyen de l’adoration avec une complète présence du cœur devant Lui. En vérité tout véridique (sadiq) est sincère (moukhlis), pendant que tout sincère n’est pas véridique. Ceci est la signification de connection (ittissal) et déconnection (infissil): le véridique s’est déconnecté de tout ce qui est autre qu’Allah (ma siwa Allah) et il s’est empressé en la présence auprès d’Allah (al-houdour billah). Ceci est aussi le sens de la renonciation (takhalli) de tout ce qui est autre qu’Allah et l’auto-revêtement (tahalli) avec la présence auprès d’Allah, Le Glorifié, L’Exalté.»]

 

«Il te voit certainement».

 

      Il voit ton insouciance si tu es insouciant pendant la prière et que tu converses avec ton moi.

 

 

«Informe-moi au sujet de l’Heure.» Il répondit: «Celui qui est interrogé n’en sait pas plus sur elle que celui qui l’interroge.»

 

      Cette question indique que le Prophète – le salut et la paix d’Allah sur lui – ne connaissait pas l’Heure. La connaissance de l’Heure est parmi les choses dont Allah s’est réservé la connaissance. Il dit: «La connaissance de l’Heure est auprès d’Allah» et «C’est lourd dans les cieux et sur la terre, et elle ne viendra à vous que soudainement» (7:187) et «Qu’en sais-tu? Il se peut que l’Heure soit proche» (33:63, 42:17).

 

      En ce qui concerne ceux qui prétendent que l’âge de ce monde est de 70000 ans et qu’il en reste 63000, c’est une fausse déclaration rapportée par al-Tawkhani dans les «Causes de la Révélation» par certains astrologues et mathématiciens. Encore, quiconque prétend que le terme du monde est de 7000 années, fait une affirmaton audacieuse au sujet de l’Inconnu, et ce n’est pas permis d’y croire.

 

 

«Informe-moi au sujet de ses signes.» Il répondit: «Quand la fille-esclave donnera naissance à sa propre maîtresse.»

 

      Une autre version dit: «à son maître.» La plupart des commentateurs disent que ceci est un signe de multiplicité des filles-esclaves et leurs progénitures. Un enfant né d’un maître de fille-esclave est comme son maître, parce que les possessions du proprétaire vont à ses enfants. Certains disent que la signification se réfère aux filles-esclaves donnant naissance à des rois. La mère tombera alors sous la souveraineté de son fils. Une autre signification est qu’une personne peut avoir un fils avec une fille-esclave avant de la vendre; ensuite le fils grandit et achète sa propre mère. Ceci est une des conditions de l’Heure.

 

«Quand tu verras les va-nu-pieds, les déguenillés, les pauvres gardiens de bêtes rivalisant les uns les autres dans la construction de grands buildings.»

 

      Cela signifie que les Bédoins qui vivent dans le désert et leurs semblables parmi les parvenus et les pauvres deviendront des experts dans l’érection de grandes structures. Le monde leur sera généreux et ils finiront par vivre dans le luxe avec leurs buildings.

 

 

«Et il (le Prophète) attendit [labitha] longtemps.»

 

 Les rapports disent aussi: «J’attendis [labithou] longtemps.» Les deux sont fiables. Dans la narration d’Abou Dawoud et de Timidhi, `Oumar dit: «Après trois jours.» Dans le Charh al-Tanbih de Baghawi, il est rapporté: «Après trois jours ou plus,» ce qui apparemment signifie après que trois nuits soient passées. Tout ceci apparemment contredit la version d’Abou Hourayra dans sa narration (dans Boukhari): «L’homme se leva et parti, après lequel le Messager d’Allah dit – la paix et le salut d’Allah sur lui: «Ramenez-moi cette personne» et ils le cherchèrent pour le ramener, mais ils ne trouvèrent personne. Alors il dit—la paix et le salut d’Allah sur lui: «C’était Gabriel.»»

 

      Il est possible de réconcillier les deux versions de l’évènement en considérant qu’Oumar n’a peut être pas été présent au moment de la révélation du Prophète – la paix et le salut d’Allah sur lui –qu’il s’était levé et avait pris congé du groupe à ce moment-là. Ainsi le Prophète – la paix et le salut d’Allah sur lui – fit juste sa révélation à ceux qui furent présents, et ils informèrent `Oumar à leur tour après trois jours, puisqu’il n’avait pas été présent au moment où le reste des Compagnons avaient été informés.

 

 

«C’était Gabriel. Il était venu vous enseigner les prescriptions de votre religion.»

 

      Il y a une indication dans cette déclaration que l’islam, l’iman, et l’ihsan sont ensembles nommés «religion» (din).

 

      Le hadith démontre que la croyance au décret d’Allah est une obligation, et que l’on doit éviter les choses interdites, et que le contentement avec ce qui advient est une obligation.

 

      Un homme vint à Ahmad ibn Hanbal – qu’Allah soit satisfait de lui – et dit: «Donne-moi des conseils»: Il lui dit:

 

      «Si Allah l’Exalté S’est approprié la provision de toutes les subsistances, pourquoi t’inquiètes-tu? Si en vérité la compensation pour toutes les choses appartiennent à Allah, pourquoi être mesquin? Si en vérité il y a un Paradis, pourquoi ne pas s’appaiser maintenant? Si en vérité il y a un Feu, pourquoi désobéir? Si le questionnement de Mounkar et de Nakir est vrai, qu’est-ce qui est bon de se tenir en compagnie des humains?[31] Si le monde est destiné à une instinction, quelle paix d’esprit y a-t’il? Si en vérité il y a un compte à rendre, à quoi servent les possessions? Et si toutes les choses sont mesurées et décrétées à passer, pourquoi avoir peur?»

 

      L’auteur de Maqamat al-`oulama (Les stations des érudits)[32] mentionne que le monde est divisé en 25 parties:

 

·        Cinq ont rapport à ce qui est mesuré et décrété à se produire: la subsistance, les enfants, les parents, le pouvoir, et l’âge;

·        Cinq ont rapport à l’effort personnel (ijtihad): le paradis, l’enfer, la décence, la galanterie, et l’écriture;

·        Cinq ont rapport à l’habitude: manger, dormir, marcher, l’accouplement, et se soulager des excréments;

·        Cinq ont rapport à la constitution naturelle: l’abstinence, la pureté, l’altruisme, la beauté, et la dignité;

·        Cinq ont rapport à l’héritage: la richesse, les relations, l’indulgence, la vérité, et la loyauté.

 

      Aucun des éléments ci-dessus cités ne contredit le dire du Prophète – la paix et le salut d’Allah sur lui – où il dit «Toute chose est mesurée et destinée à passer.»[33] Au contraire, cela veut dire que certaines de ces choses sont déterminées par des causes (secondaires), tandis que d’autres ne le sont pas, et toute chose est destinée mesurée et destinée à passer.

 

 

L’école D’Ihsan Et De Tazkiya

 

L’école à laquelle les Compagnons furent formés n’a pas péri après la mort du Prophète. Au contraire, les méthodes et la connaissance, dont Il était doté, furent transmises à ses Compagnons – qu’Allah soit satisfait d’eux – et chacune était une école à partir de laquelle la Umma dériva ses enseignements. Avec le passage du temps, ces écoles développèrent  et formalisèrent leurs méthodes et créèrent une science distincte nommée la Science de tassawwouf. Tout comme les écoles de Chari`a se formèrent au cours des trois premiers siècles de l’Islam, de même de distinctes et visibles écoles de tassawwouf passèrent la connaisance et science aux générations successives de Musulmans. Et comme la Chari`a ne se développa pas en dehors du cadre de l’Islam, du Coran et de la Sunna, même si ses branches et son contenu couvrent plusieurs éléments non mentionnés verbalement dans ces sources, de même le tassawwouf se développa basé sur la structure établie par le Livre et la Sunna et jamais ne déborda des limites de ces paramètres.

 

 

La Relation Entre Chari`a Et Haqiqa

 

Le nom de «Science de Réalité» ou `ilm al-haqiqa est souvent attribué au tassawwouf. L’Imam Ahmad dit après avoir entendu al-Harith al-Mouhassibi parlé: «Je n’ai jamais entendu à propos de la Science des Réalités (`ilm al-haqa`iq) des mots comme ceux prononcés par cet homme.»[34] Le sens de cette expression est que la réalité de l’adoration du servant consiste en la condition spirituelle du cœur, pendant que la performance de son adoration consiste à remplir légalement ses obligations externes. Cette dernière, l’ensemble des obligations externes, est l’objet de la Chari`a et ses ramifications sont nombreuses tandis que la première, la réalité de l’adoration, est le sujet du haqiqa dont les ramifications sont très peu nombreuses.

 

      Un exemple de ces deux aspects est illustré par la prière. Il est obligatoire de performer la prière avec tous ses mouvements, ses règles essentielles, selon les stipulations de la Chari`a. Ceci est connu comme jassad al-salat ou le «corps de la prière.» Cependant, l’un des principes essentiels de la prière est de garder son cœur en la présence Divine d’Allah et de savoir qu’Il nous observe au cours de la prière. Ceci nous donne la Réalité et l’Essence de la prière. Nous savons que les gens peuvent exercer toutes les actions extérieurs essentielles (visibles) de la prière, mais leur cœur peut ne pas y être présent. Ce que l’état d’ihsan défini est de garder le cœur pur et propre de toute sorte de mauvaises pensées et attachements aux distractions de ce monde. Ceci fut la pratique du Prophète parce qu’il dit qu’il était venu pour détourner les gens de l’attraction de ce monde et de ses distractions.

 

 

      Nous voyons dans cette comparaison que la forme de la salat est son corps, pendant que l’humilité et l’auto-effacement (khouchou') est son âme. Quel est ainsi le bénéfice du corps sans son âme? Si la prière est un mouvement sans présence d’esprit, alors l’action est similaire à celle d’un robot. Autant l’âme a besoin d’un corps pour y vivre, autant le corps a besoin d’une âme pour lui donner vie. Similairement la relation entre Chari`a et Haqiqa est comme la relation entre le corps et l’âme. Le croyant parfait  qui a atteind l’état d’ihsan est celui qui  peut joindre les deux.

 

      Une autre expression pour cette distinction fût donné par le Prophète dans l’un de ses hadiths:

 


La connaissance est de deux sortes: la connaissance établie dans le cœur et la connaissance établie sur la langue.[35]

 

Al-`Izz ibn `Abd al-Salam al-Maqdissi (à ne pas confondre à Cheick al-Islam al-Soulami) expliqua cette différence entre Chari`a et Haqiqa dans son essai sur le tassawwouf intitulé Hall al-roumouz wa mafatih al-koumouz (Le dévoilement des symboles et les clefs des trésors):

 

La connaissance est de deux sortes: la connaissance extérieure (`ilm al-zahir) qui s’applique à la Chari`a, et la connaissance intérieure (`ilm al-batin) qui s’applique au Haqiqa. Le Prophète dit: La connaissance est de deux sortes…[36]

 

      L’Imam al-Shafi`i fit allusion à la même distinction dans son dire: «La connaissance est de deux sortes: la connaissance des croyances et la connaissance des corps.» Souyouti le relata dans l’introduction de son livre al-Tibb al-nabawi.[37]

 

      Ceci est la compréhension essentielle du tassawwuf – combiner Chari`a et Haqiqa, l’âme et le corps, l’externe et l’interne. A cause de la grande difficulté d’accomplir cet objectif, les méthodes du tassawwuf sont souvent appelées guerre spirituelle ou jihad al-nafs.


 

La Grande Jihad: La Jihad Contre L’Ego.

(Jihad Al-Nafs)

 

 

Allah déclare dans le Coran qu’Il accepte les actions de dévotions seulement de ceux qui se purifient (qad aflaha man zakkaha 91:9 ), qui ont un cœur sain (illa man ata Allaha bi qalbin salim  26:89), et qui montre un esprit humble (innaha lakabiratoun illa `ala al-khchi`in 2:45). La purification de l’Intention est l’idée majeure de ces versets. Ceci est la raison pour laquelle les grands savants tels que Boukhari, Chafi`i, Nawawi et autres, commencèrent leurs livres de fiqh avec le hadith de l’intention: «Les actions sont jugées selon l’intention.»

 

      Un acte considéré du point de vue externe comme un acte d’adoration mais performé sans une pure intention n’est pas considéré comme une adoration, même combattre et mourir pour la défense des Musulmans. Le Prophète dit au sujet d’un tel combattant, «c’est un compagnon du feu», et ils sont appelés dans la Chari`a: chahid al-fassad (martyr corrompu). C’était un mounafiq (quelqu’un qui dissimule la croyance) de Madina. Ainsi la purification de l’intention est nécessaire pour les cinq piliers de l’Islam. C’est dans ce sens – la purification de l’intention – que l’expression jihad al-akbar (la plus grande jihad) est souvent utilisée en référence à l’auto-purification et c’est aussi dans ce sens que sa supériorité s’affirme.

 

 Ibn Qayyim al-Jawziyya dit dans al-Fawa`id:

 

Allah dit: «Et quant à ceux qui luttent pour Notre cause, Nous les guiderons certes sur Nos sentiers» (29:69). Il a ainsi défini la direction du jihad. Partant de là, les meilleurs sont ceux qui luttent le plus pour Sa cause, et la jihad la plus importante est la jihad (afrad al-jihad) contre l’égo, la jihad contre les désirs, la jihad contre satan et la jihad contre le bas-monde (jihad al-nafs wa jihad al-hawa wa jihad al-satan wa jihad al-dunya). Quiconque lutte contre ces quatre jihads, Allah les guidera aux voies de Son bon plaisir qui conduit à Son Paradis, et quiconque abandonne la jihad, alors il renonce à être guidé en proportion de son abandon à la jihad.

 

      Al-Jounayd dit: «Ceux qui luttent contre leurs désirs et se repentent par notre amour, nous les guiderons sur la voie de la sincérité, et on ne peut   lutter contre son ennemi extérieurement (c’est-à-dire avec le sabre) sauf celui qui lutte contre ses ennemis internes. Ainsi quiconque a la victoire sur eux (le moi) sera victorieux sur ses ennemis, et quiconque est défait par eux (le moi) sera défait par son ennemi.»[38]

 

      La concurrence et la rivalité sont permises dans l’excellence de l’adoration. Dans ce respect, Allah établit dans Son Livre des niveaux entre les croyants, et ceci est aussi clarifié par d’innombrables hadiths. La récompense de la jihad est immense comme cela est prouvé par le hadith du Prophète lorsqu’il dit que s’il pouvait , il aurait demandé à Allah de le ramener en vie afin qu’il puisse retourner combattre et mourir plusieurs fois en chahid ou martyr. Mais toujours est-il qu’avec respect pour la présente issue, ceux qui se souviennent d’Allah – y compris les parfaits savants qui sont les réels connaisseurs d’Allah – sont supérieurs au moujahidin. Par exemple, quoique Zayd ibn Haritha et Khalid ibn Walid furent de grands généraux, leur disparution fut moins lourde, en terme de perte pour les Musulmans, que celle d’Abou Moussa al-Ach`ari ou d’Ibn `Abbas. Pour cette raison, le Prophète déclara explicitement la supériorité de ceux qui se souviennent d’Allah dans les deux authentiques hadiths suivants.

 

Le Prophète dit: «Voulez-vous que je vous dise quelles sont vos meilleures œuvres, quelles sont celles qui sont les plus pures et les plus cotées auprès de votre Seigneur, celles qui élèvent très haut votre degré, celles qui vous rapportent plus de salaire que de dépenser votre or et votre argent au service d’Allah ou prendre part à la jihad en tuant ou en se faisant tuer dans la voie d’Allah?» Ils dirent: «Nous voulons bien.» Il dit: «C’est l’invocation d’Allah.»[39]

 

      Il dit aussi: «Même si quelqu’un frappe les mécréants et les idolâtres avec son sabre jusqu’à ce qu’il les brise, et meurt teinté complètement par leur sang, les invocateurs d’Allah lui sont supérieurs d’un degré.»[40]  

 

 

Hadiths Sur La Jihad Contre L’Ego

 

Le savant de hadiths Moulla `Ali al-Qari dans son livre al-Mawdou`at al-koubra connu aussi sous le nom al-Asrar al-marfou`a dit:

 

Souyouti dit: al-Khatib al-Baghdadi rapporte dans son livre «Histoire» sur l’autorité de Jabir: Le Prophète revint de l’une de ses batailles et dit: «Vous avez avancé de la meilleure manière: vous êtes revenu de la plus petite jihad à la plus grande jihad.» Ils disent: «Et quelle est la plus grande jihad?» Il répondit: «Le combat (moujahadat) des serviteurs d’Allah contre leurs vains désirs.»

 

      Ibn Hajar al-`Asqalani dit dans Tasdid al-qaws: «Ce dire est répandu et c’est un dire rapporté par ibn Ablah selon Nisa`i dans al-Kouna. Ghazali le mentionne dans le Ihya' et al-`Iraqi dit que Bayhaqi le rapporte sur l’autorité de jabir et dit: Il y a une faiblesse dans sa transmission.»[41]

 

Le hafiz Ibn Abou Jammal al-Azdi al-Andalousi (d.695) dit dans son commentaire sur Boukhari intitulé Bahjat al-noufous:

 

`Oumar rapporte qu’un homme vint au Prophète lui demander la permission d’aller en jihad. Le prophète lui demanda: «Tes parents sont-ils en vie?» Il dit qu’ils le sont. Le Prophète répliqua: « Alors force toi à respecter leurs droits» (fihima fa jahid)… Il y a dans ce hadith l’évidence que la Sunna pour entrer dans la voie et d’entreprendre l’auto-discipline est d’agir sous la direction d’un expert, afin qu’il nous soit montré la meilleure voie celle qui nous convient, et la plus fiable pour l ‘aspirant. Car lorsque ce Compagnon désira aller en jihad, il ne se contenta pas de sa propre opinion sur le sujet, mais il chercha le conseil de quelqu’un plus savant et de plus expert que lui. Si ceci est le cas pour la Petite jihad, qu’en est-il alors pour la Grande jihad?[42]

 

Ibn Hibban rapporte dans son Sahih de la part de Fadala ibn Oubayd:

 

Le Prophète dit dans son dernier pèlerinage: «… Le moujahid est celui qui est en jihad contre lui-même (jahada nafsah) afin d ‘obéir à Allah par amour.»[43]

 

Al-Haytami relata la version suivante dans le chapitre sur la Jihad al-nafs dans son Majma' al-zawa`id et la déclara fiable:

 

Le plus fort n’est pas celui qui triomphe des autres, le plus fort est celui qui triomphe de son égo (ghalaba nafsah). 

       

 

 

Jihad et Soufis Moujahiddin

 

                                                                        

 Les livres d’histoires sont remplis de noms de Soufis moujahidin (Les Gens qui Combattent) et de chouhada' (Martyrs) qui ont consacré leur vie en confrontant les ennemis de la foi et en appelant l’humanité en la présence divine d’Allah, de même que rappelant ceux qui ont dévié de la vraie voie et de la Sunna du Prophète. Ils accomplirent ceci avec sagesse et ils furent efficaces. Leurs noms et leurs récits sont trop nombreux pour être énumérés dans ce livre, cela devrait couvrir plusieurs centaines de volumes. Il est suffisant de mentionner quelques exemples de l’histoire moderne cités par l’auteur de The Reliance of the Traveller (`Oumdat al-Salik ou La dépendance du Voyageur):

 

Parmi les Soufis qui aidèrent l’Islam aussi bien avec le sabre qu’avec la plume, selon B.G. Martin dans Muslim Brotherhoods in Nineteenth Century Africa (les confrèreries Musulmanes dans l’Afrique du 19ième siècle), il y a des hommes dont le cheick Naqshbandi Chamil Daghestani, qui mena une guerre prolongée contre les Russes dans le Caucasse au cours du 19ième siècle; Sayyid Mouhammad `Abdullah al-Somalie, un cheick de l’ordre Salihiyya qui conduisit les musulmans contre les Britanniques et les Italiens en Somalie de 1899 à 1920; le cheick Qadiri `Outhman ibn Fodio, qui mena jihad au nord du Nigéria de 1804 à 1808 pour établir une régulation Islamique; le cheick Qadiri `Abd al-Qadir al-Jaza`iri, qui conduisit les Algériens contre les Français de 1832 à 1847; le faqir Darqawi al-Hajj Mouhammad al-Ahrach, qui combattit les Français en Egypte en 1799; le cheick Tijani al-Hajj `Oumar Tal, qui mena une jihad Islamique en Guinée, au Sénégal, et au Mali de 1852 à 1864; et le cheick Qadiri Ma' al-`Aynayn al-Qalqami, qui aida à rassembler la résistance Musulmane contre les Français au Nord de la Mauritanie et au sud du Maroc de 1905 à1909.

 

Parmi les Soufis dont les travaux missionnaires Islamisèrent des régions entières sont des hommes tels que le fondateur de l’ordre Sanousiyya, Mouhammad `Ali Sanousi, dont l’effort et la jihad de 1807 à 1859 consolida l’Islam comme religion chez les habitants du désert Libyen de l’Afrique du sud-sahara; le cheick Chadhili Mouhammad Ma`rouf et le cheick Qadiri Ouzaous al-Barawi, dont les efforts propagèrent l’Islam à l’Ouest et à l’intérieur à partir des côtes de l’Afrique de l’Est; et les centaines de cheicks anonymes Naqshbandi qui enseignèrent et préservèrent l’Islam au sein des gens de ce qui est appelé maintenant le sud de l’Union Soviétique et qui continuent encore de nos jours à servir la religion malgré la pression officielle. Il est évident que l’attachement du cœur à Allah, est l’aspect sur lequel le Soufisme met l’accent, cela ne gêne aucunement les travaux spirituels quelqu’ils soient, mais au contraire fourni une base réelle. Et seul Allah donne le succès.[44]

 

      Nous référons aussi le lecteur au Mystics and Commissars de Benningsen pour le rôle des Soufis dans la préservation de l’Islam en Union Soviétique, et Lion of Daghestan pour leur jihad contre les Tsars et leur dynastie. Nous rappellons aussi que ce sont les Naqshbandis qui préservèrent l’Islam en Chine dans le passé – à partir duquel pays, l’Islam se répendit jusqu’à la péninsule Malay – et sous les sombres jours de la soit-disant «Révolution Culturelle» de Mao Tsé-Toung. Dans tout ce qui a été énuméré ci-dessus, il y a une évidence que le tassawuf, loin d’encourager l’évasion et l’immobilisme qui retarde le progrès social, soutena les plus hautes valeurs de la conscience sociale aussi bien que la recherche religieuse et la science. En fait, ils fournissent un témoignage adéquat à une inlassable jihad et lutte contre les injustices sociales et l’inaction qui prit place au fil des siècles.


 

IV - DIRES ET ECRITS DES IMAMS ET SAVANTS AU SUJET DU TASSAWOUF

 

 

al-Hassan al-Basri (d. 110)

 

L’un des premiers Soufis formels dans le sens littéraire et général, puisqu’il vêtit toute sa vie un manteau de laine (souf). Le fils d’une esclave libérée de Oumm Salama (la femme du Prophète), et d’un esclave affranchi de Zayd ibn Thabit (le fils adoptif du Prophète), ce grand Imam de Basra, le leader des saints et des savants de son temps, était connu pour sa stricte observance de la Sunna du Prophète. Il fut aussi fameux pour son immense savoir, son austérité et son ascétisme, ses intréprides reproches aux autorités, son pouvoir d’attraction par la parole et par ses apparitions.

 

      Ibn al-Jawzi écrit un livre de 100 pages sur sa vie et ses caractères intitulé Adab al-Chaykh al-Hassan ibn al-Hassan al-Basri. Dans son chapitre sur al-Hassan dans Sifat al-safwa, il mentionne qu’al-Hassan laissa un manteau blanc (joubba) en laine, c’est le seul vêtement qu’il avait revêti au cours des       vingt-cinq dernières années de sa vie, en été comme en hiver, et que lorsqu’il mouru, il était d’une impeccable beauté, propre, et de bonne qualité.[45]

 

      Dans le livre qu’il consacra aux dires et aux actions des Soufis, Rawdat al-mihibbin wa nouzhat al-moushtaqin (Le jardin des amoureux et l’excursion des nostalgiques), Ibn Qayyim rapporte:

 

Un groupe de femmes sortirent le jour de la `Id et regardèrent les gens. On leur demanda: «Quelle est la personne la plus belle que vous avez vue aujourd’hui?» Elles répondirent: «C’est un cheick portant un turban noir.» Elles voulaient dire Hassan al-Basri.[46]

 

      Le maître de hadiths Abou Nou`aym al-Isfanahi (d.430) mentionne dans ses biographies de Soufis intitulées Hilyat al-awliya' (L’ornement des saints) que c’est le disciple de Hassan al-Basri, `Abd al-Wahid ibn Zayd (d.177) qui fut la première personne à construire un hospice spirituel (khaniqa soufi) ou maison de  l’hôte et une école à Abadan qui de nos jours fait frontière entre l’Iran et l’Iraq.[47] 

 

      Ce fut sur les bases de Hassan al-Basri et sur la renommée de ses disciples reconnus comme Soufis qu’Ibn Taymiyya dit dans son essai al-Soufiyya wa al-fouqara: «L’origine du tassawwouf est Basra».[48] Ceci une est déclaration trompeuse qui équivaut à accuser al-Hassan d’avoir inventé le tassawwouf. Au contraire, Basra est en tête parmi les places renommées pour le développement officiel des écoles de purification qui vinrent à être connues comme tassawwouf et dont les principes ne sont rien d’autre que le Coran et la Sunna comme nous l’avons déjà démontrer abondamment.

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      Ghazali rapporte les dires de al-Hassan sur la jihad al-nafs dans la section de son Ihya' intitulé Kitab riyadat al-nafs wa tahdhib al-akhlaq wa mou'alajat amrad al-qalb (Le livre du dressage de l’égo et la discipline des comportements et la guérison des maladies du cœur):

 

Deux pensées parcourent l’esprit, une provenant d’Allah, une provenant de l’ennemi. Allah couvre de miséricorde un serviteur qui s’installe dans la pensée qui vient de Lui. Il étreind la pensée qui vient d’Allah, tandis qu’il lutte contre celle qui vient de l’ennemi. Pour illustrer l’attraction mutuelle du cœur entre ces deux pouvoirs, le Prophète dit: «Le cœur du croyant repose entre deux doigts du Miséricordieux»[49]… Les doigts signifient le bouleversement et l’hésitation dans le cœur… Si l’Homme suit les ordres de la colère et de l’appétit, la domination de satan apparaît en lui à travers les passions oisives (hawa) et son cœur devient le nid et le contenant de satan, qui se nourrit de passions. S’il combat  ses passions et ne les laissent pas dominer son ego, imitant en ceci le caractère des anges, à ce moment son cœur devient le lieu de quiétude des anges et ils s’y posent.

 

       Une mesure de la dimension du scrupule (wara') et de la peur de Hasan Al-Basri envers Allah est illustrée par sa déclaration suivante, citée aussi par Ghazali:

 

      L’oubli et l’espoir sont deux puissantes bénédictions sur les descendants d’Adam; mais pour cela les Musulmans ne devraient pas marcher dans les rues.[50]

 

 

Imam Abou Hanifa (d.150)

 

Ibn `Abidin rapporte dans son al-Dourr al-moulkhtar que l’Imam Abou Hanifa dit: «Si ce ne fut pas pour deux années, j’aurais péri.»

 

Ibn `Abidin commente:

 

Pendant deux années, il accompagna Sayyidina Ja`far al-Sadiq et il acquit la connaissance spirituelle qui fit de lui un gnostique dans la Voie… Abou `Ali Daqqa (le cheick de l’Imam Qouchayri) reçu l’initiation d’Abou al-Qasim al-Nasiribadi, qui la reçu d’al-Chibli, qui la reçu de Sari al-Saqati qui la reçu d’al-Ma`rouf al-Karkhi, qui la reçu de Dawoud at-Ta`i, qui reçu les deux connaissances, l’interne et l’externe de l’Imam Abou Hanifa.[51]

 

 

Soufyan al-Thawri (d.161)

 

Ibn Qayyim al-Jawziyya rapporte dans Madarij al-salikin, et Ibn al-Jawzi dans le chapitre intitulé «Abou hashim al-Zahid» dans son Sifat al-safwa après le maître de hadiths Abou Nou`aym dans son Hilyat al-awliya', que Soufyan al-Thawri dit:

 

Si ce n’était pas à cause d’Abou Hachim al-Soufi (d.115), je n’aurais jamais perçu la présence des plus subtiles formes d’hypocrisie en moi … Le meilleur  est le Soufi érudit en jurisprudence.[52]

 

Ibn al-Jawzi rapporte aussi le passage suivant:

 

Abou Hachim al-Zahid dit: «Allah a marqué l’aliénation sur le monde afin que la compagnie fraternelle des mouridin (les aspirants) ne consiste qu’à être uniquement avec Lui et non avec le monde, et afin que ceux qui Lui obéissent viennent à Lui en négligeant le monde. Le Groupe des connaisseurs d’Allah (ahl al-ma`rifa billah) sont étrangers dans le monde et ont très envie de l’au-delà.»[53]

 

 

Imam Malik (94-179 H/ 716-795)

 

Un savant de Madina,  fut connu pour sa grande piété et son amour pour le Prophète, qu’il aimait et vénérait à tel point qu’il ne montait jamais à dos de son cheval dans les limites de Madina en guise de respect à la terre qui contenait le corps du Prophète,  il ne rapportait aucun hadith sans avoir performer d’abord son ablution. Ibn al-Jawzi rapporte dans le chapitre intitulé «La couche 6 des gens de Madina» dans son livre Sifat al-sawfa:

 

Abou Mous`ab dit: J’entrai pour voir Malik ibn Nas. Il me dit: Regarde à ma place de prière ou sous ma natte de prière voit ce qu’il y a. Je regardai et j’y trouvai une certaine écriture. Il me dit : Lit la! Je constatai qu’elle contenait le récit d’un rêve que l’un de ses frères avait fait et qui le concernait. Il dit (lisant ce qui était écrit): «Je vis le Prophète dans mon sommeil. Il était dans sa mosquée et les gens étaient autour de lui, et il dit: J’ai caché sous ma chaire (minbar) une bonne chose – ou une connaissance – et j’ai ordonné à Malik de vous la distribuer.» Malik alors pleura, je me levai et pris congé de lui.[54]

 

      Juste comme Abou Hanifa et Soufyan al-Thawri implicitement affirmèrent la nécessité de suivre la voie soufie afin d’acquérir la perfection, l’Imam Malik ordonna explicitement la pratique du tassawwouf dans sa déclaration suivante comme un devoir des savants:

 

Quiconque pratique le Tassawwouf sans étudier la Loi Sacrée (la jurisprudence) corrompt sa foi, alors que quiconque étudie la Loi Sacrée (la jurisprudence) sans pratiquer le Tassawwouf est un hérétique. Seulement celui qui combine les deux atteindra la vérité.

 

Cette déclaration est rapportée par le mouhaddith Ahmad Zarrouq (d.899), le hafiz `Ali al-Qari al-Harawi (d.1014), les mouhaddiths `Ali ibn Ahmad al-`Adawi (d.1190) et Ibn `Ajiba (d.1224) et autres.[55]

 

Ibn `Ajiba explique:

 

Cheick Ahmad Zarrouq dit: «Le tassawwouf a plus de deux milles définitions, qui vont toutes dans le sens de la sincérité et de la dévotion à Allah … Chaque définition correspond à l’état et l’étendue de l’expérience de celui qui le pratique, ce qui lui fera dire: «Le Tassawwouf est ceci ou cela.»

      Il s’en suit que chacun des saints cités (dans le Hilyat al-awliya' d’Abou Nou'aym) qui ont une part  de détermination sincère (sidq tawajjouh) ont une part dans le tassawwouf, et le tassawwouf de chacun consiste dans sa sincère détermination. En tant que règle, la sincère détermination est une nécessité de la religion dans la mesure où elle forme à la fois la manière et le contenu des actions qu’Allah accepte. La manière et le contenu ne sont pas fiables à moins que la sincérité de la détermination soit fiable. «Il n’approuve pas la non reconnaissance en Ses serviteurs, mais si vous êtes reconnaissant, Il l’agrée pour vous» (39:7).

 

      Ainsi l’Islam exige des actions, et il n’y a pas d’auto-purification (tassawwouf) sans la connaissance de la Loi (fiqh), car les commandes externes d’Allah ne sont connues que par la connaissance de la Loi; et il n’y a pas de connaissance de la Loi sans l’auto-purification, comme il n’y a pas d’action sans sincérité dans la détermination, et il n’y a rien sans croyance. Ainsi , par définition la Loi les exige toutes, juste comme le corps et l’esprit ont besoin l’un de l’autre, aussi comme l’on ne peut exister ou être complet dans le monde qu’en étant en conjonction avec les autres. Ceci est la définition de la déclaration de l’Imam Malik: «Celui qui pratique le Tassawwouf sans avoir appris la Loi Sacrée … » [56]

 

 

Imam Chafi`i (d.204)

 

Al-hafiz al-Souyouti rapporte dans Ta'yid al-haqiqa al-`aliyya que l’Imam Chafi`i dit:

 

J’accompagnai les soufis et reçu d’eux trois mots: leur déclaration que le temps est un sabre: si tu ne le coupe pas, il te coupe; leur déclaration que si tu ne te préoccupe pas ton égo avec la vérité, il te préoccupera avec le mensonge; leur déclaration que la déprivation est une immunité.[57]

 

      Le mouhaddith al-`Ajlouni rapporte aussi dans son livre Kachf al-Khafa wa mouzil al-albas que l’Imam Chafi`i dit:

 

Trois choses m’ont plu dans ce monde: éviter l’affection, traiter les gens avec indulgence et suivre la voie du tassawwouf.[58]

 

 

Imam Ahmad bin Hanbal (d.241)

 

Mouhammad ibn Ahmad al-Saffarini al-Hanbali (d.1188) rapporte dans son Ghidha' al-albab li-charh manzoumat al-adab de la part d’Ibrahim ibn `Abd Allah al-Qalanassi que l’Imam Ahmad dit au sujet des soufis:

 

«Je ne connais pas de gens meilleurs qu’eux.» Quelqu’un lui dit: «Ils écoutent la musique et ils atteignent des états extatiques.» Il dit: «Est-ce que   tu les empêches de se réjouir quelque temps avec Allah?»[59]

 

Cheick Amin al-Kourdi dit: l’Imam Ahmad conseillant son fils dit:

 

«O fils, tu dois tenir compagnie avec les gens qui pratique le soufisme parce qu’ils sont une fontaine de savoir et leurs cœurs sont en constante invocation. Ils sont les ascétiques, et ils ont le plus puissant pouvoir spirituel.»[60]

 

      L’Admiration des Soufis par l’Imam Ahmad est confirmée par son respect vis-à-vis de al-Harith al-Mouhassibi, quoiqu’il exprima un avertissement au sujet des difficultés de la voie Soufie pour ceux qui ne sont pas préparés à la suivre, dans la mesure où cela peut ne pas être facile pour la majorité des gens de suivre la voie de ceux au sujet desquels Allah dit au Prophète: «Et résigne-toi à la compagnie de ceux qui invoquent leur Seigneur matin et soir désirant Sa Face …» (18:28).

 

 

L’Imam al-Harith al-Mouhassibi (d.243)

 

Il fut l’un des premiers auteurs de traité de Soufis et maître de al-Jounayd. `Abd al-Qahir al-Baghdadi, Taj al-Din al-Soubki, et Jamal al-Din al-Isnawi, tous reconnaissent et réitèrent que «Sur les livres de al-Harith ibn Assad al-Mouhassabi sur le kalam, le fiqh, et le hadith reposent ceux parmi nous qui sont moutakallim (théologiens), faqih (juristes), et Soufis»[61] Ses livres encore existants sont:

 

·        Kitab al-ri`aya li houqouq Allah (Le livre d’observance des droits d’Allah; Cheick al-Islam al-`Izz ibn `Abd al-Salam en écrivit une version abrégée.[62]

 

·        Kitab al-tawahhoum (Le livre d’imagination), une description du jour du Jugement;

 

·        Kitab al-Khalwa (Le livre de la retraite spirituelle);

 

·        Rissalat al-moustarshidin (Traité pour ceux qui demandent à être guidé);

 

·        Kitab al-Coran (Le livre de la compréhension du Coran);

 

·        Kitab mahiyyat al-`aql wa ma’nahou wa ikhtilaf al-nas fihi (Le livre de la nature et le sens de l’esprit et les différences parmi les gens à ce sujet;

 

·        al-Massa`il fi a’mal al-qouloub wa al-jawarih wa al-`aql (Les questions concernant les travaux des cœurs, des pieds et de l’esprit;

 

·        Kitab al-`azama (Le livre de la magnificence);

 

·        al-Wassaya wa al-nassa`ih al-diniyya wa al-nafahat al-qoudsiyya li naf`i jami' al-bariyya (Les héritages et conseils spirituels et les dons sanctifiés pour le bénéfice de toutes les créatures).  

 

      Le passage suivant est extrait d’al-Wassayat dans lequel al-Mouhassibi décrit le parcours de sa recherche de la vérité parmi les groupes variés de musulmans, son entrée dans la voie Soufie, et les caractéristiques des Soufis comparées aux non-Soufis:

 

Il a été clairement dit que cette Communauté sera divisée en soixante-dix groupes impairs, l’un d’eux est le groupe Sauvé, et Allah sait mieux au sujet du reste. J’ai consacré une partie de ma vie à étudier les différences de cette Communauté, cherchant la méthode claire et le droit chemin, recherchant le savoir et agissant par rapport à cette connaissance, guidé sur le chemin de l’au-delà aux moyens des directives des savants. Je compris une grande partie de la parole d’Allah (le Coran) à travers l’interprétation des juristes. J’ai contemplé les conditions de cette Umma, j’ai regardé ses voies de pensée et discours et j’ai compris de ce constat ce qui a été prédestiné pour moi.

 

      Je vis leurs divisions comme un océan profond où plusieurs  se sont noyés, et peu furent sauvés. Je vis que chaque groupe prétend que le salut est pour ceux qui les suivent et la destruction est pour tout ceux qui leur sont opposés. Ainsi je compris que les gens sont de différent types:

 

·        Parmi eux est celui qui possède la connaissance de l’au-delà – il est très difficile de le trouver et il est rare;

 

·        un autre type est l’ignorant; prendre ses distance de celui-ci est une bénédiction;

 

·        un autre type est celui qui prétend être un savant, alors qu’il est attaché à la dunya, la préférant en réalité  à toute autre chose;

 

·        un autre type est celui possédant la connaissance, étant une référence pour la religion, mais utilisant sa connaissance comme une source de célébrité et de gain de prestige, échangeant sa religion pour      le refus de cette dunya;

 

·        un autre type est celui qui a la connaissance mais ne sachant pas le sens réel de ce qu’il possède;

 

·        un autre type est celui qui apparait comme un ascétique, cherchant la vertu, mais il est impuissant, et sa connaissance ne peut  pénétrer les cœurs de son audience, et ses dires ne sont pas fiables;

 

·        un autre type est celui doté d’intelligence et de savoir, alors qu’il manque d’abstinence - à travers - la peur d’Allah (wara') et sa méfiance (taqwa);

 

·        un autre type sont les disciples de leurs passions et de leurs bas-désirs, ceux qui s’humilient pour l’amour de la dunya, cherchant une position élevée ;  

 

·        un autre type ce sont les démons humains empêchant les gens de chercher l’au-delà, qui luttent comme des chiens pour la dunya, l’adulant, et ne voulant rien d’autre que d’en obtenir au maximum, qui partant de là sont vivants dans cette dunya, mais en réalité ils sont morts; ce qui est vrai est faux selon eux et ils considèrent les vivants et les morts égaux.  

 

      Je me cherchai une voie parmi ces différents types et je devins perplexe. Ainsi j’ai décidai d’être guidé par les guides, demandant du support et de la directive, et je pris la connaissance pour guide. Je réfléchi et examinai les choses méticuleusement, jusqu’à ce qu’elles me deviennent claires – avec le Livre d’Allah, la Sunna de Son Prophète, et le consensus de la Communauté pour preuve – il était évident que suivre son désir rend aveugle dans la recherche de la vérité, et que l’on perd sa voie vers la vérité, et accentue son aveuglement.

 

      Alors je commençai à vider mon cœur de tous les bas-désirs (hawa), et je me concentrai sur les divisions de la Umma, à la recherche du Groupe sauvé, attentif à ceux qui ont suivi les désirs destructifs et les goupes égarés, faisant attention de ne pas faire un pas sans en être sûr, cherchant la voie du salut pour mon âme.

 

      Ainsi je trouvai – comme l’unanimité de la Umma la dérive du Coran – que la voie du Salut est dans la peur d’Allah (taqwa), dans la performance des obligations, dans la peur d’Allah au sujet de ce qu’Il a permis et de ce qu’Il a interdit (wara') et les limites qu’Il a établies, dans la sincérité envers Allah à travers  l’obéissance et suivant les exemples de Son Messager. Je cherchai le savoir des obligations (fara`id) et les pratiques Prophétiques (Sunna) des savants, des narrations, et je trouvai en eux à la fois l’accord et la division, mais je trouvai qu’ils s’accordent tous sur le fait que la connaissance des obligations et de la Sunna sont avec ceux qui connaissent Allah et Ses ordres, les Connaisseurs d’Allah qui agissent selon Son bon plaisir, craignant pleinement de violer ce qu’Il a interdit, se façonnant de l’exemple de Son Messager, et préférant l’Au-delà à ce monde: ce sont ceux qui s’accrochent fermement aux commandes d’Allah et aux voies des Messagers.

 

      Alors,  je regardai parmi cette Communauté pour ce genre de serviteurs qui sont connus pour leurs talents, et cherchai à bénéficier de leur savoir, et je trouvai qu’ils étaient extrêmement rares et  peu   nombreux, et que leur genre de savoir est en train de disparaître, comme le Messager d’Allah l’a dit: «Lorsque l’Islam commença ils étaient étranges, et ils deviendront étranges encore, comme au début, et la bonne nouvelle est aux étranges»[63] – et ils sont solitaires avec leur religion. Je sentis que ma calamité augmentait du fait de la disparition des saints Vertueux   (al-awliya' al-atqiya'), et j’eus peur qu’une mort soudaine m’arrive pendant que je suis encore troublé sur la division de cette Umma. Alors je commençai à chercher un maître: et je n’avais pas d’autre choix que d’en trouver un, et je fis de mon mieux jusqu’à ce que Celui qui est Affectueux envers Sa Création me permis de rencontrer leur groupe .

 

      Je trouvai en eux les signes de Taqwa et les qualités de wara' et la préférence de akhira sur la dunya, et trouvai que leurs intructions et leurs conseils sont en conformité avec les actions des maitres de guidance, et je les trouvai regroupés, unis à donner des conseils à la Communauté, n’encourageant personne à Lui désobéir ni à perdre espoir en Sa Miséricorde, ils acceptent toujours et patiemment les fardeaux et les difficultés, ils sont contents avec le destin et reconnaissant dans la prospérité. Ils emmènent la création à aimer leur Seigneur en parfait repentir en leur rappelant  Ses faveurs et  ses bontés, et ils les encouragent à remettre toutes leurs affaires à Allah, à leur faire connaître Sa Grandeur, Son livre et la Sunna, Sa Religion, Ce qu’Il aime et ce qu’Il n’aime pas, à être prudent et éviter les nouveautés et les caprices, se garder des extrêmes et des exagérations, mépriser les disputes et les arguments, se garder de la médisance et de l’oppression, s’opposer à leurs désirs, prendre leur responsabilité, contrôler leurs sens, être prudent dans leur nourriture, leur habillement et toutes leurs situations, évitant tout ce qui est douteux, évitant les bas-désirs, se satisfaire du minimum de nourriture, supprimer ce qui est indifférent, la renonciation en ce qu’il est permissible, la peur du Jugement, la circonception de la Résurrection, être affairé avec leur propre fardeau, strict avec eux-même et non avec les autres. Chacun d’eux a ses propres affaires qui le préoccupent, chacun d’eux est savant concernant l’Akhira et la description du Jour du Jugement, l’abondante récompense et la douloureuse punition. Ceci est ce qui explique leur constante anxiété et incessante inquiétude qui les éloigne de la joie de  la dunya et ses plaisirs.

 

      Ce groupe a endossé les caractères de cette religion, et dessiné les lignes définitives pour la renonciation (wara') d’une manière qui a contracté ma poitrine avec peur, et me rendit clair que la conduite de la religion et la sincérité mêlées à la crainte (wara') est un océan que quelqu’un comme moi ne peut pas comprendre; ainsi je vins à réaliser l’étendue de leurs vertus, à voir clairement leur inquiétude, et je devins de plus en plus certain qu’ils sont ceux qui luttent dans la Voie de l’au-delà, les vrais disciples de l’exemple des Messagers, la source de ceux qui demandent à être éclairé, et des conseillers pour ceux qui ont besoin de conseils.

 

      Ainsi je commençai à m’intérresser à leur voie, bénéficiant d’eux, acceptant leur code de conduite, prenant plaisir à leur obéir. Je ne vois rien d’égal à eux, et je ne préfère rien à eux, et Allah me bénit avec un genre de connaissance dont la véracité me devint claire et dont j’ai vu la totalité. J’espère que le salut atteindra ceux qui l’accepte et l’adopte, et je suis certain que le support viendra à quiconque la pratiquera.

 

      J’ai trouvé de la malhonnêteté en ceux qui s’opposent à cette voie, et la rouille s’est accumulée sur le cœur de quiconque l’ignore et la nie. J’ai découvert que la preuve suprême est avec celui qui la comprend et j’ai découvert que l’adopter et agir en s’y conformant est une obligation pour moi; ainsi j’y ai cru de tout cœur et l’ai gardé dans ma conscience et fait d’elle la fondation de ma religion, et j’y ai établi mes actions, et je suis passé à travers différents états d’expérience.

 

      J’ai demandé à Allah de me donner l’abilité de Le remercier pour la Générosité qu’Il a répandu sur moi et de me donner la force de performer les tâches se rapportant à ce qu’Il m’a enseigné, sachant mes défauts et sachant que je ne pourrai pas Le remercier suffisamment.[64]               

 

 

La Piété De L’Imam Ahmad Devant Al-Mouhassibi

 

 

Voici le récit de la première fois que l’Imam Ahmad a entendu al-Mouhassibi parler directement, raconté par le hafiz al-khatib al-Baghdadi dans son Histoire de Bagdad:

 

      Ahmad ibn Hanbal n’aimait pas les spéculations de al-Harith dans la science du calame de même que les livres qu’il éditait. Fréquemment, il mettait les gens en garde contre al-Harith. Mouhammad ibn Ahmad Yaqoub appris de Mouhammad ibn Nou`aym al-Dabbi: J’entendis l’Imam Abou Bakr Ahmad ibn Ishaq - al-Sibji - dire: J’entendis Isma`il ibn Ishaq al-Sarraj dire: «Ahmad ibn Hanbal me dit un jour: J’ai appris que ce Harith est souvent chez toi. Qu’en est-il si tu m’invitais et me plaçais quelque part où je pourrais l’entendre sans être vu?» Je répondis: «Certainement, O Abou `Abd Allah!» et j’étais content de ce premier pas de sa part. Je partis et je demandai à al-Harith de venir nous visiter cette même nuit comme ses compagnons y seront aussi. «O Isma`il, ils sont nombreux, par conséquent tu ne leur serviras que de l’huile et des dattes, et seulement ce que tu peux.» Je suivis ses intructions et je partis informer Abou `Abd Allah. Il vint après Maghrib, alla s’installer dans une petite chambre la-haut et commençai à réciter ses dévotions usuelles (wird). Al-Harith et ses compagnons arrivèrent, mangèrent, et se levèrent pour prier salat al-`icha, et ils ne prièrent pas après cela. Ensuite, ils s’asseillèrent silencieusement devant al-Harith et ne dit aucun mot jusqu’au milieu de la nuit. L’un d’eux alors posa une question à al-Harith et celui-ci commença à parler. Ses compagnons l’écoutèrent comme s’ils avaient peur d’effrayer un oiseau. Certains pleuraient. D’autres poussaient des petits sanglots au fur et mesure qu’il parlait. Je partis alors dans la chambre pour voir Abou `Abd Allah et le trouvai évanoui à force d’avoir pleuré. Je redescendis. Ils continuèrent ainsi jusqu’au matin où ils se levèrent et s’en allèrent.Je retournai là-haut voir Abou `Abd Allah. Il avait changé. Je lui demandai: «Que penses-tu maintenant de ces gens?» Il dit: «En ce qui me concerne, je n’ai jamais vu leur pareil, ni entendit sur la Science des Réalités (`ilm al-haqa`iq) des mots comme ceux prononcés par cet homme. Néanmoins, malgré ce que je viens de dire, je ne te vois pas en vérité apte à leur tenir compagnie. Ensuite il se leva et s’en alla.[65]

 

Al-Soubki expliqua la réaction ambigüe de l’Imam Ahmad de la façon suivante:

 

Considérons ce récit avec attention et sachons que Ahmad ibn Hanbal ne considérait pas sage pour cet homme (al-Sarraj) de joindre leur compagnie parce qu’il n’était pas l’un de ceux qui pourrait s’élever à leur niveau. En vérité, ils étaient sur un chemin difficile ; tous les gens ne peuvent pas entreprendre équitablement ce chemin qui fait peur.   Autrement, Ahmad aurait-il pleuré et glorifier al-Harith de la manière dont il fait ses éloges?[66]

 

Quelqu’un pourrait soulever des objections:

 

Question.  Al-Harith et ses compagnons ont prié salat al-`icha' pendant que Ahmad était présent. Pourquoi Ahmad n’a t-il pas   joint la prière prescrite, sachant précisément que la position d’Ahmad était de joindre la prière du groupe celle-ci étant obligatoire?

 

Réponse. Ahmad était avec le groupe, mais à l’étage, séparé du groupe, précisément dans une chambre où il pourrait entendre - mais sans nécessairement voir al-Mouhassibi, comme le rapport le mentionne? Plus loin:

 

- Ce n’est pas affirmé dans le rapport qu’il n’a pas prié derrière lui.

- C’est possible qu’il ne fusse pas en ablution.

- C’est possible qu’ils aient retardé le temps de `Icha et qu’au moment où ils priaient, il avait déjà fini.

 

      Le premier cas ci-dessus est le moindre qui peut être dit, et tous les cas ont tendance à dire: Il n’a pas délibérément prier derrière lui pour plusieurs raisons parmi lesquelles: on sait que `Oumar pria derrière al-Hajjaj ibn Youssouf al-Thaqafi qui était un tyran qui répendit le sang d’innocents; il est aussi su que Ibn `Oumar pria derrière les Gens d’Innovation dont les Khawarij. Il disait souvent que: «La prière est une excellente action (hassana) et cela m’est égale que quiconque y prenne part avec moi et quiconque dit: Hayya `ala al-Salat, je lui répond  oui.» [67]

 

      Dire que l’Imam Ahmad  ne pria pas délibérement derrière al-Mouhassibi est équivalent à attribuer à l’Imam Ahmad l’un des points de vue suivant:

 

- Ou bien il considérait al-Mouhassibi pire que al-Hajjaj et les Kwararij, ce qui est absurde et impieux;

- Ou bien il laissa la pratique du Sahaba `Abd Allah ibn `Oumar, quoique le madhab Hanbali est en partie une revivication de celle-ci, et ceci n’est pas le cas.

 

Question.  Pourquoi Ahmad mentionna-t-il `ilm al-haqa`iq (la science des réalités) qui est une terminoligie Soufie?

 

Réponse.  L’Imam Ahmad acceptait la terminologie Soufie. Il n’y a plus rien à dire à ce sujet. Supposer que cela est peu probable est parfaitement acceptable, mais supposer que ceci est impossible est faux. Encore, la fin de l’argument est que le rapport est fiable selon le critère des maîtres de hadiths, ainsi laissons la spéculation dans la mesure où nous avons une évidence solide.

 

Q. Pourquoi al-Dhahabi n’acceptait-il pas l’authenticité du récit?

 

R. al-Dhahabi fit des commentaires ambigus dans son Mizan al-I’tidal au sujet du récit ci-dessus, mais il ne questionne pas l’authenticité de sa chaîne de transmission. Il l’authentifie mais y exprime de la mécréance[68]. Cependant, son rejet  subjectif, quoique connaissant le sujet – sa biographie de l’Imam Ahmad est d’environ 300 pages – n’est pas crédible  devant l’évidence.

 

       Il est clair que Dhahabi admirait al-Mouhassibi car il l’appela  «d’un haut niveau» dans son Siyar a`lam al-noubala':

 

L’Ascétique, le Connaisseur…Je dis: al-Mouhassibi est d’un haut rang, et il toucha brièvement à la théologie spéculative; par conséquent, il eut des reproches à ce niveau.[69]

 

      Tous les maîtres Soufis sont des savants de la Sunna, autrement ils ne seraient pas qualifiés de maîtres Soufis. De l’autre côté, plusieurs grands savants qui ne sont pas des maîtres Soufis admiraient profondément ces gens et voyaient clairement qu’ils étaient du groupe des élus d’Allah ou des awliya. L’histoire et ces jours présents sont remplis d’innombrables Savants de l’Islam, des muftis de nations aux cheicks al-Ahzar, et des ministres de l’Education Islamique aux Présidents des Ligues de Savants Islamiques, qui ont vu et compris que ces maîtres Soufis pratiquaient mieux la Sunna que ceux qui mémorisaient seulement les lois de la Chari`a. Plusieurs maîtres Soufis ont atteind de hautes positions parmi les savants de l’Islam de leur temps.

 

      Certains aujourd’hui sont enclin à utiliser le terme «conflit» entre ce qu’ils imaginent être maîtres de tassawwouf d’un côté et non-savants Soufis de l’autre. Ceci est une dichotomie artificielle qui n’existe pas en réalité dans la communauté du Prophète. Cependant, certains frères non informés ou mal intentionnés prennent quelques citations illustrant des différences parmi les savants en vue de désunir et de créer l’image de ce qu’ils appellent «une histoire de conflict».

 

      En réalité, les savants représentant les Quatre Madhahib en Islam ont défendu ceux qui pratiquent le tassawwouf de la diffamation érigée contre eux en certaines parties du monde Islamique. Pourquoi alors encore aujourd’hui certains sont-ils en train de fouiller les livres de littérature Islamique essayant de raviver quelques insignifiantes  issues déjà résolues et semer le doute dans les cœurs de nos frères au sujet des voies de l’Islam? Ils mentionnent par exemple la censure d’Ibn al-Jawzi de quelques excès dans Talbis Iblis comme si c’était une condamnation entière du tassawwouf, oubliant qu’il écrivit plusieurs pages et des livres entiers sur les premiers Soufis dont Rabi`a al-`Adawiyya et Ibrahim al-Adham; ou bien ils mentionnent le blâme de kalam de l’Imam Ahmad dans la méthode de Mouhassibi, oubliant qu’il admirait beaucoup les discours Soufis d’al-Mouhassibi; ou bien ils citent le rapport de al-Dhahabi sur la censure d’Abou Zour`a d’al-Mouhassibi et la lamentation de Dhahabi sur le niveau médiocre d’érudition de hadith dans les livres Soufis, oubliant que Dhahabi admirait al-Mouhassibi et exprimait le plus grand respect pour les Soufis.

 

      Il est étrange que Dhahabi soit cité pour illustrer des points de vue anti-Soufis alors qu’il dit explicitement au sujet de l’un des Soufis qui fut le plus attaqué, Ibn al-Farid: «Ne vous empressez pas à le juger.» Ici est la remarque de Dhahabi sur Ibn al-Farid dans Mizan al-i`tidal:

 

Il rapporta des hadiths de al-Qassim ibn `Assair; il parla haut d’une union franche avec Allah dans sa poésie, et ceci est une grande calamité: par conséquent, examinez précieusement ses compositons et ne vous empressez pas de juger, au contraire, aillez la meilleure opinion des Soufis (hassin al-zanna bi al-soufiyya).[70]

 

Voici encore d’autres extaits  et exemples des éloges des Soufis de Dhahabi, tirés de Siyar a`lam al-noubala':

 

[#506] al-`Abdin connu sous le nom de Qassim al-Jou`i (d.248): l’Imam, le modèle, le saint, le Mouhaddith…le cheick des Soufis et l’ami d’Ahmad ibn al-Hawari. Il est connu comme al-Jou`i.

      … Je dis, les acsétiques (zouhhhad) de ce temps étaient al-Jou`i à Damas, al-Sari al-Saqati à Bagdad, Ahmad ibn Hard à Naysabour, Dhou al-Noun en Egypte, et Mouhammad ibn Aslam à Tus. Où sont les semblables à ces maîtres? Seulement la poussière remplira mes yeux, ou ce qui est sous la poussière!

 

[#969] Chihab al-Din al-Souhrawardi; le cheick, l’Imam, le savant, le zahid, le connaisseur, le Mouhaddith, le Cheick Al-Islam, le Hors-Pair des Soufis…

 

[#512] Je dis: si vous voyez le Soufi se consacrer au hadith, alors ayez confiance en lui, et si vous le voyez s’éloigner du hadith alors retirez-vous de lui…

 

Ceci est une louange indirecte à tous les Soufis, dans la mesure où aucun d’eux ne peut être que dévoué aux hadiths et s’y référant constamment. Ces lignes montrent que Dhahabi n’était  en aucun cas contre le tassawwouf, au contraire, il protesta contre quelques éléments de quelques Soufis qu’il ne voyait pas être dans sa ligne de compréhension de la Sunna. Il ne considéra pas la différence entre les adhérents et simples prétendants au tassawwouf, quoiqu’il le mentionna ailleurs .

 

 

Les Maîtres Soufis De Hadiths De Dhahabi

 

Les Soufis parmi les maîtres de hadiths de Dhahabi sont trop nombreux pour être cités. Ci-dessous quelques noms comme cela est énuméré par Dhahabi lui-même dans son Mou`jam shouyoukal-Dhahabi ou «l’abrégé des cheicks (de hadiths) de Dhahabi»:

 

·        Ahmad ibn Abou al-Ma`ali al-Abarqouhi (d.701), qui dit au cours de sa dernière maladie lorsqu’il était à la Mecque: «Je mourrai de cette maladie parce que le Prophète m’a promis que je mourrais à Mecque.»[71]

 

·        Ahmad ibn `Abd Allah al-Qadi Chouqayr (d.715), le Soufi Hariri.[72]

 

·        Ahmad ibn `Abd Allah al-Rahman al-Chahrazouri al-Soufi al-Qadiri (d.701).[73]

 

·        Ahmad ibn `Abd  al-Moun`im Roukn al-Din Abou al-`Abbas al-Qazwini al-Tawoussi al-Soufi (d.704.).[74]

 

·        Ahmad ibn `Ali al-Qadi al-Jayli al-Dimaschqi al-Soufi (d.724).[75]

 

·        Ahmad ibn Mouhammad Najm al-Din Abou al-`Abbas ibn Sasra (d.723), le chef juge Chafi`i (qadi al-qoudat) et le chef des enseignants religieux (cheick al-chouyouck) à Damas. Il désapprouva Ibn Taymiyya et présida à son jugement à Damas en 705.[76]

 

·        «Mon ami» Charaf al-Din Ahmad ibn Nasr Allah al-Faqih al-Soufi (d.730), de la Khaniqa al-Tawawis.[77]

 

·        al-Cheick Abou Ichaq Ibrahim ibn Barakat al-Ba`albaki, connu comme Ibn al-Qourachiyya (d.740): «L’un des remarqables fouqara' Qadiri, un homme de religion, de clarté, de perfection, aimable, et de rare bénéfice.»[78]

·        al-Cheick Abou Ichaq Ibrahim ibn Dawoud al-Hakkari al-Kourdi al-Mouqri' al-Soufi al-Zahid (d.712), le père de Chams al-Din et d’`Imad al-Din.[79]

 

·        Le leader et Cheick Sadr al-Din Abou al-Majami' Ibrahim ibn Mouhammad al-Jouwayni al-Khourassani al-Soufi al-Mouhaddith (d.720). Dhahabi rapporta que le gouverneur Mongol Ghazan Khan accepta de devenir Musulman par lui. Il ajouta: «Il était extrêmement respecté par les Soufis à cause du niveau spirituel de son père Sa`d al-Din ibn Hammouwayh (ou Hamawayh).»[80] Sa`d al-Din (d.678) fut cheick al-chouyoukh à Damas.[81]

 

·        «Mon cheick» Ibrahim ibn Mounir al-Ba`albaki al-`Abid al-Zahid al-Sayyah (d.725).[82]

 

·        Ichaq ibn Ibrahim Mouzaffar al-Misri al-Waziri al-Mouqri' al-Mou`addid al-Soufi (d.719), l’enseignant des orphelins.[83]

 

·        Aqouch Abou Mouhammad Houssam al-Din al-qoutbi al-Younini (d.720), «il était l’un des Soufis d’al-Assadiyya, il était pieux et récitait beaucoup le Coran.»[84]

 

·        «Mon compagnon» `Izz al-Din al-Hassan ibn Ahmad al-Irbili le medecin (d.726), «il était l’un des Soufis de Douwayrat Hamd.»[85]

 

·        Houssayn ibn Moubarak al-Mawsili al-Soufi (d.742). «Il était un homme de bonté et pieux. Il rédigea plusieurs livres de savoir et des livres au sujet de la Sunna, et il resta en compagnie des fouqara'[86]

 

·        Abou Sa`d al-Khidr `Abd Allah al-Jouwayni al-Dimachqi al-Soufi (d.674). «Il était le cheick de la khaniqa soumayssatina… Il rédigea un livre d’histoire en deux volumes rempli de bienfaits et de merveilles.»[87]

 

·        Oumm Mouhammad Zaynab bint `Ali al-Wassiti (d.695). «Une femme versée dans la servitude, dans le jeûne, forte, humble, honorable. Son frère l’Imam Taqi al-Din ibn al-Wassiti avait l’habitude de la visiter pour bénéficier de sa bénédiction (yaqsoud ziyarataha wa al-tabarrouk biha).»[88]

 

·        Zayn al-`Rab bint `Abd al-Rahman al-Dimachqiyya al-Soulamiyya (d.704). Elle était la cheicka de la ribat à al-Kharimiyyin.[89]

 

·        Abou `Ali Souwanj ibn Mouhammad al-Tourkoumani al-Dimachqi al-Faqir (d.694).[90]

 

·        Abou al-Barakat Cha`ban ibn Abi Bakr al-Irbili al-Soufi al-Qadiri al-Zahiri al-Zahid (d.711). «Il était un homme de bonté, de clairvoyance, modeste, raffiné, qui n’a ni lu ni écrit.»[91]

 

·        Abou Ghanim Zafir ibn Ja`far al-Soulami al-Dimachqi (d.615). «Il était l’un des fouqara' du mouqsoura (tombeau de saints) des Halabiyyin.»[92]

 

·        Charaf al-Din `Abou Mouhammad Abd Allah ibn `Abd al-Halim ibn Taymiyya al-Harrani al-Hanbali (d.727). «Frugal dans son manger et dans son habillement, doté de plusieurs qualités, il avait l’habitude de faire des reproches à son frère sur certaines choses (Taqi al-Din Ibn Taymiyya) qu’il considéra blâmables de sa part.»[93]

 

·        Ibn Abou Nasr `Abd Allah ibn Nasr ibn `Abd al-Razzaq ibn al-Cheick `Abd al-Qadir al-Jili (c’est-à-dire al-Gilani) al-Hanbali al-faqih al-Soufi (d.708).[94]

 

·        Abou al-Majd `Abd al-Rahman ibn al-Mouhaddith Abi `Abd Allah al-Isfarayini al-Dimachqi al-Chafi`i (d.701). «Il était le cheick de la khaniqa chihabiyya[95]

 

·        Zayn al-Din `Abd al-Rahman ibn mouhammad al-Zahid, Khatib Yalda (712). «Il était perspicace, saint, honorable, et restait en retraite pour éviter les gens.»[96]

 

·        Abou al-Qassim `Abd al-Samad ibn Qadi al-Qoudat `Abd al-Karim al-Harastani al-Dimachqi al-Chafi`i (d.694). «Il apprit le fiqh et fréquenta les écoles, puis il devint un ascétique… Les gens le vénéraient et des miracles sont rapportés à son sujet. J’ai appris que mon cheick Zayn al-Din al-Fariqi mentionna qu’Ibn al-Harastani lui parla de la chute des Tartares avant qu’elle eût lieu en 680.»[97]

 

·        `Izz al-Din `Abd al-`Izz ibn `Oumar al-Hamawi al-Ghassani al-Soufi (d.720).[98]

 

·        Abou Mouhammad `Abd al-Ghaffar ibn Mouhammad al-Maqdissi al-Soufi (d.circa 700).[99]

 

·        Abou Nasr `Abd al-Latif ibn Nasr al-Cheicki al-Soufi al-Halabi (d.697). «Il était cheick al-chouyouk à Aleppo.»[100]

 

·        Najm al-Din `Abd al-Malik ibn `Abd al-Qahir Ibn `Abd al-Ghani Ibn Taymiyya al-Harrani al-Chahid al-Soufi (d.720).[101]

 

·        Abou `Amr `Outhman ibn Abi Bakr al-Faqir al-Salih (Né en 674). «Un réciteur de Coran, il est érudit et est un homme de bonté, de décence, solitaire en dehors des gens. Je suis resté en sa compagnie depuis mon enfance.»[102]

·        «L’Unique Leader, le Connaisseur et Savant de Hadith», Abou `Abd Allah Najm al-Din `Ali ibn Mouhammad al-Azli al-Hilali al-Dimaschqi al-Chafi`i (d.729). «Il avait l’habitude de raconter des récits bénéfiques, et il garda une excellente estime pour les saints – qu’Allah le compte ainsi que moi parmi eux.»[103]

 

·        Abou Hafs `Oumar ibn Abi al-Qassim al-Younini al-Salawi al-Soufi (d.707). «Il resta en compagnie des fouqara'[104]

 

·        Oumm Mouhammad `Aïcha Bint Rizq Allah al-Biladiyya al-Maqdissiyya (d.711). «Elle était l’une des femmes dévotes qui pleurait beaucoup, exhibait l’humilité, et tenait fermement à la récitation des dévotions (awrad).»[105]

 

·        al-Foulk al-Soufi, `Ali ibn al-Foulk al-`Alawi al-Hassani al-Wassiti al-Mou`ammar (né en 600).[106]

 

·        «Le faqih et le connaisseur» Abou al-Qassim al-Fadl ibn `Issa al-`Ajlouni al-Hanbali al-Masmari (d.735). «Il était de haute stature et portait un large turban et des tenues imposantes. Il était un bon interprète de rêves. Les gens le vénéraient comme un saint.»[107]

 

·        Abou `Abd Allah Mouhammad ibn Ahmad al-Maqdissi al-Salihi (d.705). «Il était connu sous le nom de Chamlaj al-Faqir.»[108]

·        Mouhammad ibn Ahmad al-Mawsili al-Salihi al-Faqir (d.723). «Il était clairvoyant, menait une vie simple, un homme de décence et de bonté.»[109]

 

·        Diya' al-Din Abou `Abd Allah Mouhammad ibn Ahmad al-Faqir (d.713).[110]

 

·        al-Imam al-khayyir Chams al-Din Abou `Abd Allah Mouhammad ibn Ahmad al-Khallati al-Chafi`i al-Soufi (d.706).[111]

 

·        Abou `Abd Allah mouhammad ibn Jawhar al-Mouqri' al-Moujawwid al-Tala`fazi al-Soufi al-Moulaqqan (d.696).[112]

 

·        «L’Imam, le Juge, l’Exégète, le Savant, l’Ascétique» Jamal al-Din Mouhammad ibn Soulayman al-Naqih al-Balkhi al-Dimaschqi al-Hanafi (d.698). «Il compila un très long commentaire du Coran en quatre-vingt-dix- neuf volumes dans lesquels il figura les lectures Coraniques, les contextes de la révélation, les explications linguistiques, les dires des exégètes, ceux des Soufis, et leurs haqa`iq (réalités spirituelles).»[113]

 

·        Abou `Abd Allah Mouhammad ibn Soulayman al-Faqih al-Chafi`i (d.699). «Il était celui qui prenait soin de la tombe d’al-Sayyida Nafissa (la plus grande femme sainte d’Egypte).»[114]

·        Abou `Abd Allah Mouhammad ibn `Abd Allah ibn al-Saqil al-Harrani (d.713). «Il était l’un des fouqara' de la ribat d’Ibn al-Askaf.»[115]

 

·        «Le brillant savant et le spécialiste d’oussoul» Safi al-Din Mouhammad ibn `Abd al-Rahim al-Hindi al-Chafi`i (d.715). «Il était versé en prière, en adoration, en tassawwouf et d’une excellente croyance.»[116] Il témoigna contre Ibn Taymiyya au jugement de ce dernier à Damas.»[117]

 

·        «Qadi al-qoudat, le Paragon de l’Islam, le porteur-standard de la Sunna, mon cheick» Jamal al-Din Abou al-Ma`ali Mouhammad ibn `Ali al-Anssari al-Zamalkani al-Dimaschqi al-Chafi`i (d.727).[118] Il remplaça Safi al-Din al-Hindi dans le jugement contre Ibn Taymiyya, contre lequel il rédigea par la suite une réfutation de sa position sur le divorce et de ses points de vue sur la Visitation du Prophète (al-ziyara).[119]

 

·        Abou `Abd Allah Mouhammad ibn Mouhammad al-Mouhaddith al-Zahid al-Kikhi al-Soufi (d.684).[120]

 

·        «Le vertueux de la bonté, l’Imam, le Connaisseur, le Mouhaddith» Abou `Abd Allah Badr al-din Mouhammad ibn Mas`oud Ibn al-Touwwazi al-Halabi al-Chafi`i (d.705). «Il était le Cheick de Hims et  l’adjoint au juge ainsi que le Cheick de la Khaniqa[121]

 

·        «L’Imam, le Réciteur, le Perfecteur, le Résidu des Salaf» Mouwaffaq al-Din Abou `Abd Allah Mouhammad ibn Abi al-`Ala' al-Rabbani al-Nassibi al-Chafi`i al-Soufi (d.695). «Le cheick des Soufis et des fouqara' à Ba`albak.[122]

 

·        «L’Orateur, l’Ascétique, la Bénédiction de l’Humanité» Abou `Abd Allah Mouhammad ibn Abi al-Fadl al-Ja`bari al-Soufi (d.713). «L’Imam du Masjid al-Halabiyyin au Caire.»[123]

 

·        al-Cheick al-Imam al-Moufti al-Zahid al-`Arif Zahir al-Din Abou al-Mahmid Mahmoud ibn `Oubayd Allah al-Zanjani al-Chafii al-Soufi (d.673). «Il tena compagnie avec Cheick Chihab al-Din al-Souhrawardi et apprit de lui `Awarif al-ma`arif, et d’`Abd al-Salam al-Dahiri il apprit l’œuvre al-Louma' d’Abou Nasr al-Sarraj.»[124]

 

·        «L’Imam, le Mouhaddith de confiance, le Connaisseur, le Linguiste, l’Ascétique» Safi al-Din Abou al-Thana' Mahmoud ibn Abi Bakr al-Tannoukhi al-Armouwi al-Chami al-Chafi`i al-Soufi (d.723).[125]

 

·        al-Alim al-Zahid Taqi al-Din Abou Bakr ibn Charaf al-Salihi Nazil Hims (d.728). «Il était un moutassawwif, avait l’éloquence, la noblesse, une connaissance intime des questions en main, et une large portion d’excellentes qualités.»[126]

 

·        Abou Bakr ibn Sanjar al-`Ala'i al-Chayzari al-Soufi (pas de date).[127]

 

Plusieurs des maître de hadiths que Dhahabi cite dans son Tadhkirat al-houffaz sont Soufis:[128]

 

·        Abou `Abd Allah Mouhammad Ibn al-Banna' al-Soufi

·        Abou al-Hassan b. Jahdam al-Soufi

·        Abou al-Houssayn al-Baghdadi Ahmad b. al-Hassan b. `Abd al-Jabbar al-Soufi al-Hakim

·        Abou Mouhammad `Abd al-`Aziz b. Ahmad Ibn Mouhammad b. `Ali al-Tamimi al-Dimachqi al-Soufi al-Wahchi

·        Abou Mouhammad al-Andalousi al-maghrib al-Qafassi al-Soufi

·        Abou Sa'd Ahmad b. Mouhammad b. Ahmad b; Abdillah b. Hafs al-Anssari al-harawi al-Malini al-Soufi

·        Abou Sa`id Ahmad b. Mouhammad b. Ziyad b. Bichr b. Dirham al-Basri al-Soufi

·        Abou Ya`qoub Youssouf b. Ahmad b. Ibrahim al-Soufi

·        Ahmad b. `Abd Allah b. Ahmad b. Ishaq b. Moussa b. Mahran al-Mihrani al-Isbahani

·        al-Soufi al-Ahwal sibt al-Zahid Mouhammad b. Youssouf al-Banna' al-Talamanki

·        al-Hafiz Abou Hafs al-Soukkari Ahmad b. al-Hassan al-Soufi

·        Ishaq b. Balkouyah al-Soufi

·        Isma`il b. Sa`d al-Soufi

·        Mouhammad b. al-Houssayn b. Mouhammad b. Moussa al-Nissabouri al-Soufi al-Azdi

·        Zaynouddin Abou al-Fath Mouhammad b. Ahmad b. Abi Bakr al-Abyourdi al-Soufi al-Chafi`i al-Is`irdi

                         

      En conclusion le supposé conflit entre les savants de hadiths d’un côté et les Soufis de l’autre est une fabrication intentionnelle en vue d’inspirer la division parmi certains membres de la Communauté. Les détracteurs rassemblent quelques dires qui soulèvent l’incertitude et le doute au sujet du tassawwouf, omettant de mentionner que de telles critiques tombent sous la rubrique de l’exception. La règle est que le tassawwouf est l’indication d’un niveau spirituel qui n’amène rien d’autre que de l’honneur à celui qui l’endosse, parmi eux s l’Imam Ahmad, Dhahabi, Sakhawi, Souyouti, al-`Izz ibn `Abd al-Salam, al-Qari, al-Nawawi, et les autres Imams de hadiths l’ont attesté. Ceci est le cas même pour Ibn Taymiyya qui se considérait capable de définir le tassawwouf en profondeur, et se félicitait d’avoir pris la tariqa Qadiri, même s’il prit des inclinations anti-Soufies qui firent surfaces dans ses attaques contre ibn `Arabi et autres. Permettez-nous d’avertir nos frères et sœurs qu’en regardant les désaccords des grands savants sans un œil critique, nous invitons à la confusion. Al-Soubki averti:

 

 

Prenez garde d ‘écouter ce qui s’est passé entre Abou Hanifa et Soufyan al-Thawri, ou entre Malik et ibn Abi Dhi'b, ou entre Ahmad ibn Salih et al-Nissa`i, ou entre Ahmad ibn Hanbal et al-Harith al-Mouhassibi (et autres dans les temps ultérieurs). Si vous êtes affairés avec cela, je crains la mort pour vous. Ceux-là sont les notables en religion et leurs paroles ont plusieurs explications que certains ont peut-être mal compris. En ce qui nous concerne, nous n’avons rien d’autre  qu’à approuver ce qu’ils ont dit et de ne rien dire concernant ce qui a eu lieu entre eux, comme ce qui s’est passé entre les Compagnons, qu’Allah soit satisfait d’eux…  O toi qui cherche à être guidé! Consacre-toi à la voie des bonnes manières avec les maîtres passés, évite de creuser dans leurs divergences sauf ce qui est le produit d’une claire démonstration.   Si vous êtes capable d’y appliquer une bonne interprétation   faites-le, dans le cas contraire, laissez ce qui eut lieu entre eux, et préoccupez-vous de ce qui vous concerne, et laissez ce qui ne vous concerne pas![129]

 

 

al-Qassim ibn `Outhman al-Joui`i (d.248)

 

L’un des grands saints de Damas qui étudia le hadith sous Soufyan ibn `Ouyayna. Ibn al-Jawzi rapporte dans Sifat al-safwa que al-Jou`i expliqua qu’il reçu le nom al-Jou`i (de la faim) parce qu’Allah l’a guéri contre la faim du corps au moyen de la faim spirituelle. Il dit:

 

Même si j’étais laissé un mois sans nourriture, je n’étais pas gêné. O Allah, tu as fait ceci avec moi: Cependant, complète le pour moi![130]

 

Al-Dhahabi écrit à propos de lui dans Siyar a`lam al-noubala':

 

[#506] al-`Abdi, connu sous le nom de Qassim al-Jou`i: L’Imam, le modèle, le saint, le Mouhaddith… le cheick des Soufis et l’ami d’Ahmad ibn al-Hawari. (al-Imam al-qoudwa al-wali al-mouhaddith Abou `Abd Al-Malik Al-Qassim ibn `Outhman al-`Abdi-Dimaqshqi, Cheick as-soufiyya wa rafiq Ahmad ibn al-Hawari, `Ourifa bi al-Jou`i).

 

Ibn al-Jawzi aussi rapporte qu’Ibn Abou Hatim al-Razi dit:

 

J’entrai à Damas pour voir les reporteurs de hadiths et je passai par le cercle de Qassim al-Jou`i et je vis une immense foule assise autour de lui. Je m’approchai et je l’entendis dire:

 

Faites cinq choses dans votre vie,  sans les autres:

 

-Si vous êtes présent parmi les gens, ne soyez pas connu;

-Si vous êtes absent, que l‘on ne vous manque pas;

-Si vous connaissez quelque chose, votre conseil n’est pas recherché;

-Si vous dites quelque chose, votre parole est rejetée;

-Si vous faites quelque chose, n’en recevez pas d’honneur;

 

Je vous conseille de même cinq autres choses:

 

-Si du tort vous est fait, ne rendez pas l’appareil;

-Si des éloges vous sont faites, ne soyez pas heureux;

-Si vous êtes blâmez, ne soyez pas éperdu;

-Si vous êtes appelé menteur, ne vous mettez pas en colère;

-Si vous êtes trahi, ne trahissez pas en retour.

 

Ibn Abou Hatim dit: «Je fis de ces mots tout le bénéfice de ma visite à Damas.»[131]

 

  

L’Imam al-Jounayd al-Baghdadi (d.297)

 

L’Imam du monde de son temps, al-Jounatd al-Baghdadi, dit en définissant un Soufi:

 

al-soufi man labissa al-soufa `ala al-safa

wa ittaba`a tariq al-moustafa

wa qthaqa al-jassada ta`m al-jafa

wa kanat al-dunya minhou `ala qafa.

 

Le Soufi est celui qui porte de la laine au-dessus de la pureté, suit le chemin du Prophète, endure les peines corporelles, dédit sa vie à l’adoration et se retire des plaisirs et abandonne tout ce qui à rapport au monde.[132]

 

      Le texte du livre Kitab dawa' al-arwah (Livre du remède des âmes) d’al-Jounayd fut édité en arabe et traduit en anglais par le savant A.J.Arberry.[133]

 

 

al-Hakim al-Tirmidhi (d.320)

 

Abou `Abd Allah Mouhammad ibn `Ali al-Hakim al-Tirmidhi al-Hanafi, un faqih et un mouhaddith de Khorasssan et l’un des grands auteurs de tassawwouf que Ibn `Arabi cite particulièrement. Il rédigea plusieurs volumes parmi lesquels les suivants ont été publiés:

 

·        al-Massq`il am-makanouna: Les affaires dissimulées;

·        Adab al-nafs: La discipline de l’égo;

·        Adab al-mouridin: Les éthiques des chercheurs d’Allah, ou les éthiques des disciples Soufis;

·        al-amthal min al-kitab wa al-sunna: Les exemples du Coran et de la Sunna;

·        Asrar moujahadat al-nafs: Les secrets du combat contre l’égo;

·        `Ilm al-awliya': La connaissance des saints;

·        Khatm al-awliya': Le sceau de la sainteté;

·        Chifa' al-`ilal: La guérison des défauts;

·        Kitab manazil al-`ibad min al-`ibadah, aw, Manazil al-qassidin ila Allah: Le livre des positions des adorateurs en relation à l’adoration, ou Les positions des voyageurs vers Allah;

·        Kitab ma`rifat al-asrar: Le Livre de la connaissance des secrets;

·        Kitab al-A`da' wa-alnafs; wa al-‘aql wa al-hawa: Le livre des ennemies, l’égo, l’esprit, et les vains désirs;

·        al-Manhiyyat: Les interdits;

·        Nawadir al-ousoul fi ma`rifat ahadith al-Rassoul: Les sources rares de la religion concernant la connaissance et les dires des Prophètes;

·        Taba`i al-noufous: wa-houwa al-kitab al-moussamma bi al-akyas wa al-moughtarrin: Les différents caractères des âmes, ou Le livre des intelligents et des leurrés;

·        al-Kalam `ala ma`na la ilaha illa Allah: Débat sur la signification de “Il n’y a de Dieu que Dieu.»

 

                 L’extrait suivant est une une reproduction des deux premiers chapitres de son Adab al-mouridin ou «L’éthique des disciples Soufis»:

 

I.     Concernant le Mourid (l’aspirant) et Ce qui L’aide ou Ce qui lui fait du tort dans Son Trajet vers Allah le Plus Exalté, et Ce Que Doit être Son Premier Pas.

 

Il y a deux types de mourids: Ceux qui cherchent la grâce d’Allah en L’adorant, exécutant Ses commandes et évitant Ses interdits, ensuite se dévouant à performer des actes volontaires aussi nombreux qu’ils le peuvent, et  cherchant à travers le salut à éviter le feu de l’enfer et parvenir à atteindre les récompenses qu’Il a préparées pour Ses fidèles.

 

      D’autres approchent Allah en adoration, exécutant ses commandes et évitant Ses interdits, ensuite examinent leur moi interne trouvent plusieurs maladies dans leur coeur, comme   l’amour pour le monde, le désir pour le pouvoir, l’honneur, la grandeur, l’avidité, le fourneau des appétits (chahawat), le bavardage au sujet des vains désirs (hawa), l’ambition, l’envie, l’amour des éloges et des compliments – tous des liens mondains aveuglant le cœur.

 

      Un tel cœur portant ces teintes ne peut jamais trouver le chemin vers Allah, car aimant ce monde il se sépare de Son Seigneur. Il aime quelque chose qu’Allah a éloigné de lui-même et méprisé. Demander la grandeur, c’est se comparer à Allah Le Plus-Haut; dans le fourneau des désirs l’on fait face aux plus grandes séductions; et dans le bavardage des passions vaines repose la tyranie en elle-même et l’horreur de respecter les droits d’Allah, Le Seigneur de La Puissance et de la Majesté. Le cœur est voilé de la sagesse et de la compréhension du comment Allah dispose de Ses affaires.

 

      Une telle personne est prisonnière de son égo (assir an-nafs). Elle performe les obligations alors qu’elle est attachée au monde, elle évite les interdits pendant qu’elle est attachée au monde, et elle adore généralement Allah selon sa propre commodité. Ceci est un serviteur qui doit chercher la sincérité en toute chose, en toute action, à tout moment et travailler sur son égo.

 

      Celui ou celle qui désire la récompense d’Allah le Plus Haut, doit prendre la peine de demander la sincérité en son coeur jusqu’à ce que la porte lui soit ouverte. Lorsque la porte est ouverte et que le cadeau est offert, à ce moment le coût de son voyage lui sera remboursé en totalité. Il sera fortifié et continuera sur sa voie, et plus loin il ira, plus le cadeau s’accroîtra pour lui et il ira plus loin. Ceci ne s’arrête pas jusqu’à ce qu’il atteigne Allah à travers son cœur (hatta yassil ilallah qalban). A ce moment, Allah l’appointe selon son degré et il devient un Ami d’Allah (wali Allah). Il a gardé son cœur calme en présence d’Allah donc il a reçu sa nomination. De ce point, il continue de travailler avec un cœur solidifié par la force d’Allah et riche avec la profusion d’Allah, avec un égo irréprochable de péchés et de démons. Il s’est séparé des voies des passions vaines et de la poursuite de l’honneur et il s’est purifié.

 

      Nous avons traité de ces sujets dans deux livres, «Le dressage de l’égo» (Riyadat al-nafs) et «La pratique des Saints» (Sirat al-awliya'), dans lesquels s’y trouve par la permission d’Allah, des remèdes pour tous ceux qui aspirent à la connaissance dans cette matière.

 

II.  Concernant le Bien-Etre du cœur et ses Remèdes, et la Corruption du Cœur et ses maux.

 

Le bien-être du cœur réside dans la tristesse et l’anxiété, et le remède est le permanent souvenir (dhikr) d’Allah Le Plus Haut. La corruption du cœur provient de la joie du monde et du contentement dans les états (ahwal) de l’égo, et sa maladie est le refus du souvenir d’Allah et de s’adonner à tout ce qui distrait de ce souvenir.

 

      La joie est pour l’égo ce qu’est l’eau pour le poisson. Le domaine de vie du poisson est dans l’eau, s’il reste en surface en dehors de l’eau, il ne pourra pas vivre. Similairement, si l’égo est restreint des joies de ce monde, il se fanera et deviendra faible, son pouvoir décroîtra, ses activités diminueront et prendront fin – car la tristesse tue sa vie – jusqu’à ce que le coeur se débarrasse de tout ce que y avait pris place auparavant et des impuretés qui en sont résultées.

 

      Lorsque le cœur atteind Allah Le plus Exalté, Il lui donne vie. Lorsqu’Il lui donne vie, l’égo expérimente cette vie avec La Lumière d’Allah Le Plus Haut. Auparavant le cœur était mort avec le plaisir et les joies de l’égo: lorsque l’individu apprivoise l’égo et lui interdit ses joies, son Seigneur le remercie parce qu’il a mené un combat pour Allah avec toutes ses forces, et Allah a guidé son chemin comme Il l’a promis dans Sa révélation quand Il dit: «Ceux qui ont combattu pour Notre cause, Nous les guidons à Nos Voies» (29:69).

      Quand la porte lui est ouverte, il continue avec son coeur sur la voie d’Allah Le Puissant et Majesté. Ensuite, vient le cadeau qui lui repaie le coût de son voyage jusqu’à Allah, qui le revivifie dans Sa proximité avec Sa Lumière, alors il devient l’un de ceux qui se sont Approchés (mouqarranin). A ce point, il obtient la joie en Allah après avoir mis fin aux plaisirs du monde de l’égo et de ses différents états. Il a obtenu l’éminence auprès d’Allah, le Puissant et Majesté.

 

      Quant à celui qui met fin au souvenir d’Allah, son cœur s’endurci, parce que le souvenir contient de la miséricorde de la part d’Allah Le Plus Haut, qu’Il a promis à Ses serviteurs dans Sa révélation lorsqu’Il dit: «Souvenez-vous de Moi et Je Me souviendrai de vous» (2:152). Lorsque la miséricorde arrive, le cœur devient léger et s’adoucit; alors le feu de l’égo s’éteind du fait d’avoir été attiré par la miséricorde qui apparait dans le cœur. Le cœur perd sa rudesse,  sa grossièreté et sa brutalité.

 

      Maintenant le cœur et l’égo sont partenaires dans ce corps. La force du cœur réside dans le gnostique ou la connaissance interne (ma`rifa), la raison (`aql), la connaissance externe (`ilm), la compréhension (fahm), l’intellect (dhihm), l’intelligence (fitna), la mémoire (hafz), et la vie en Allah. La joie en ces choses motive le coeur, le renforce et lui donne vie.

 

      La force de l’égo provient de la joie, des plaisirs matériels, la gratification sexuelle, l’honneur, le pouvoir, les hauts rangs, et la satisfaction de tout appétit affamé. La joie en ces choses motive l’égo et le renforce. Tous ceux-ci sont les soldats des passions vaines, parce que les passions vaines gouvernent l’égo. Ce qui dirige le cœur est la connaissance interne, et les autres choses que nous avons mentionnées sont ses soldats.

 

      Lorsque l’égo prospère et que ses joies se développent, l’égo étouffe le cœur. A cet instant, la vie du cœur cesse, ensemble avec les éléments avec lesquels il vit. Mais, lorsque ses plaisirs et contentements sexuels lui sont interdits, il perd sa force et relâche ses griffes, et au même moment l’anxiété et les remords s’accumulent et le rabaissent. Ainsi, à travers les anxiétés causées par le refus et l’abstinence, l’égo perd sa force, et le cœur gagne du pouvoir à travers les éléments déjà   mentionnés.

 

      La joie du cœur en Allah devient manifeste, et ceci est la raison pour laquelle Allah dit: «Dis: ceci provient de la grâce d’Allah et de Sa Miséricorde; Voilà de quoi ils devraient se réjouir. C’est mieux que tout ce qu’ils amassent» (10:58). Il est rapporté du Prophète, que la paix et la bénédiction d’Allah soit sur lui, dit:

 

 L’égo de l’être humain est un feu violent comme celui au sommet d’un vieux volcan, sauf pour ceux dont Allah examine les cœurs pour la piété (taqwa) et ils sont peu nombreux.[134]

 

      Il est rapporté d’Anas b. Malik, qu’Allah soit satisfait de lui, que le Prophète dit:

 

Même lorsque les êtres humains deviennent âgés et ont les cheveux blancs, deux choses restent rajeunies en eux: l’avidité pour l’argent et le désir pour la vie.[135]

 

      Le Prophète par conséquent nous exhorte à nous souvenir de la mort comme il dit:

 

      Souvenez-vous de celui qui détruit les plaisirs. Se souvenir (d’Allah) amoindri son pouvoir; se souvenir rarement renforce son pouvoir.[136]

 

      Ce hadith rapporté avec une chaîne d’autorité par Abou Hourayra. Le sens de ceci, est que lorsque tu te rappelles de la mort,  tu réalises que ton tout est de ne rien posséder, et qu’à la fin, tu te diriges à l’instinction. Si tu te rappelles de ceci, la mort devient une chose facile pour toi, et si tu te rappelles du premier, tu réalises que le peu que l’on a dans ce monde est assez. Car l’on ne sait pas le temps et l’instant auquel soudainement la mort nous confrontera. Ainsi donc la mort est «le destructeur  des joies.» Se rappeler de ses destructions enlèvera les fausses joies et les remplacera avec l’abattement et la tristesse.

 

      Il t’est maintenant clair qu’il y a deux sortes de joie: la joie du cœur en Allah, en Sa Bonté, dans Sa Miséricorde, et la joie de l’égo dans le plaisir et les merveilles. Quiconque désire sincèrement atteindre Allah Le Plus Haut doit faire attention aux plaisirs de son égo, tant en matière religieuse que mondaine. Il doit ensuite lui interdire un tel plaisir jusqu’à ce qu’il s’affaiblisse et meurt (son égo) de chagrin dans sa poitrine.

 

      Car lorsque l’on interdit à son égo la réjouissance des plaisirs mondains et à l’opposé le satisfait avec la réjouissance de la religion, à titre d’exemple les bonnes œuvres et les dévotions, l’égo aura toujours de la satisfaction, et partant de là il reste en vie. La raison est que les passions d’une telle personne continuent d’ête une partie de chacune de ses bonnes actions. Malgré tous ses efforts, elle demeure une personne confuse et impie. Si elle renonce à ses efforts, ses teintes resteront sûrement avec lui, et il n’atteindra jamais Allah Le Plus Haut à travers ses erreurs et ses passions vaines. Cela est la raison pour laquelle Allah dit: «Lutter pour Allah jusqu’à votre exrême pouvoir» (22:78). Le «pouvoir extrême» signifie l’irradiation de tout plaisir de l’égo que se soit en matière religieuse ou mondaine. Dans la mesure où l’on a du plaisir dans toute bonne œuvre, et puisque la passion reste une composante de chacune d’elle, il est claire que de telles actions ne sont pas purement pour l’amour d’Allah. Il devient alors une obligation de se tourner vers d’autres actions qui excluront les plaisirs de l’égo.

 

      Si l’un effectue cela avec sa force extrême et toute sa capacité, Allah Le Plus Haut le remerciera dans ce monde et celui qu’Allah remercie, Allah lui ouvre le cœur à Sa Lumière. Lorsque cette lumière s’élève dans la poitrine, l’égo trouve dans un tel présent tout ce qu’il ne pouvait pas avoir auparavant, c’est-à-dire les distractions, les plaisirs et les joies de ce bas-monde.

 

      Ensuite, se présente la nécessité de contrôler l’égo, de peur qu’il commence à dériver de ces présents un plaisir qui piègera et tuera celui à qui de droit. Car l’ego trouve du plaisir dans les présents d’Allah, il prospère et se délecte de joie après avoir été fané et négligé, et c’est en cela que réside le plus grand danger. Voici où sont les cœurs de la majorité des aspirants dans la voie d’Allah.  Ils ont été des proies à la traîtrise de l’égo. Ce chapitre contient en bref les réponses à plusieurs milliers de questions qui sont toutes des parties et corollaires à celle-ci.[137]

L’Imam Abou Mansour `Abd al-Qahir al-Baghdadi (d.429)

 

L’un de ceux qui possèdaient la connaissance couvrant les divers vues et croyances des groupes des musulmans et non-musulmans, il écrit dans son Farq bayn al-firaq:

 

Sachez que Ahl al-Sunna wa al-jama’a est divisé en huit groupes de gens… le sixième groupe étant les Soufis Ascétiques (al-zouhhad al-soufiyya), qui ont vue des choses pour ce qu’elles sont et malgré tout  s’en sont abstenus, qui ont connu par expérience et cependant sont fidèlement prudents, qui ont accepté ce qu’Allah leur a assigné et se contentent avec ce qui est à leur portée.

 

      Ils ont compris qu’entendre, voir, et penser est compté pour leurs bonnes et mauvaises actions et sont sujet à une estimation du poids d’un atome. En conséquence, ils se sont sécurisés avec la meilleure sécurité en préparation pour le Jour du retour. Leurs discours ont parcouru les deux voies des préceptes et allusions subtiles à la manière des Gens de Hadith mais sans la poursuite de discours futils. Ils ne cherchent ni à se faire voir dans la pratique des bonnes actions ni dans l’abandon des bonnes actions par timidité. Leur religion est la déclaration de la ténacité et le désavouement de la similitude. Leur école est l’engagement dans les devoirs d’Allah, dépendre de Lui, la soumission à Ses ordres, la satisfaction avec ce qu’ils ont reçu de Lui, et référer toute leur objection à Lui. «Telle est la grâce d’Allah, Il la donne à qui Il veut. Et Allah est le Détenteur de l’énorme grâce» (57:21).[138]

 

L’Imam `Abd al-Qadir al-Baghdadi écrit dans Oussoul al-Din:

 

Le livre Tarikh al-soufiyya (L’histoire des Soufis, plus connu sous le nom de Tabaqat al-soufiyya ou le niveau des Soufis) par Abou `Abd al-Rahman Soulami comprend la biographie d’à peu près mille cheicks Soufis, aucun d’eux n’appartenant à des sectes hérétiques et qui étaient de la communauté Sunnite à l’exception seulement de trois: Abou Hilman de Damas, qui prétendait être de Soufi  mais qui en réalité croyait à l’incarnation (houloul): Houssayn ibn Mansour al-Hallaj dont le cas reste problématique, alors que Ibn `Ata Allah, Ibn Khaif, et Abou al-Qassim al-Nassir Abadi l’approuve [comme l’approuvent aussi les Hanbalis Ibn `Aqil, Ibn Qoudama, et al-Toufi]; et al-Qannad, que les Soufis accusent être un Mou`tazili et un rejeté, car le bon n’accepte pas le mauvais.[139]

 

 

L’Imam Abou al-Qasim al-Qouchayri (d.465)

 

Un mouhaddith qui transmit des hadiths par milliers à ses disciples à Nayssabour, à travers lesquels il combattit les Mou`tazila jusqu’à ce qu’il s’enfuit à la Mecque pour protéger sa vie, al-Qoushayri était le disciple du grand cheick Soufi Abou `Ali al-Daqqaq. C’était aussi un moussafir qui écrivit un commentaire complet du Coran intitulé Lata'if al-icharat bi tafsir al-Coran (Les subtilités et allusions dans le commentaire du Coran). Son œuvre la plus fameuse, est cependant son Rissala ila al-soufiyya ou épître aux Soufis, qui est l’un des premiers manuels complets de la science du tassawwouf, ensemble avec le kitab al-louma' (Le livre des Lumières) d’Abou Nasr al-Sarraj (d.378), le Qout al-qouloub fi mou’amalat al-mahboub wa wasf tariq al-mourid ila maqam al-tawhid (La nourriture des coeurs en liaison avec le Bien-Aimé et la description de la voie des aspirants à la station de la déclaration de l’unicité) d’Abou Talib al-Makki (d.386), al-Ta’arrouf fi madhhab ahl al-tassawwouf (Définir l’école des Gens de l’auto-purification) d’Abou Bakr al-Kalabadhi (d.391), et le Tabaqat al-soufiyya (Les niveaux biographiques des Soufis) d’Abd al-Rahman al-Soulami (d.411).

 

      Les lignes suivantes sont une transcription de la compilation de Qouchayri des dires des cheicks Soufis définissant le tassawouf, délivré dans une excellente traduction récente de son Rissala par un disciple de Dr. Hamid Algar:

 

Toute personne qui parle du sens du Soufisme et qui est Soufi, parle selon sa propre expérience. M’étaler sur ce sujet m’enmènerai au-delà de mon intention d’être bref dans mon travail. Je mentionnerai ici certains dires des Soufis sur le sujet en vue de donner une indication de leurs sens, si Allah le Tout-Puissant le veut.

 

      Quand Mouhammad al-Jourayri fut questionné au sujet du Soufisme, il expliqua, «Cela signifie prendre toute sublime caractéristique morale et de laisser toute basse morale.» Al-Jounayd dit , «Le Soufisme signifie que Dieu te fait mourir en toi- même et te donne vie en Lui.» Al-Houssayn b. Mansour, lorsqu’il fut questionné au sujet du Soufi, commenta, «Il est solitaire par nature. Personne ne l’accepte, et il n’accepte personne.» Abou Hamza al-Baghdadi dit, «La marque du vrai soufi est qu’il devient pauvre après avoir été riche, il expérimente l’abaissement après avoir été hautement estimé, et il devient inconnu après avoir été fameux. La marque du faux Soufi est qu’il devient riche après avoir été pauvre, il devient un objet de haute estime après avoir été rabaissé, et il devient fameux après avoir été inconnu.»

 

      `Amr b. `Outhman al-Malikki fut questionné au sujet du Soufisme, et il affirma, «C’est, que le serviteur agisse selon tout ce qui convient au moment.»

 

Mouhammad b. `Ali al-Qassab dit, «Le Soufisme consiste aux caractéristiques nobles montrés par un homme noble parmi de noble gens.» Lorsque questionné sur le soufisme, Samnoun dit, «Il signifie que tu ne possèdes rien et que rien ne te possède.» Rouwaum observa au sujet du Soufisme, «Il signifie se débarasser du soi pour être avec Dieu en tout ce qu’Il désire.» Al-Jounayd fut questionné au sujet du Soufisme et il déclara, «Cela signifie que tu sois seul avec Dieu sans attachement.» Rouwaym b. Ahmad al-Baghdadi dit, «Le Soufisme est fondé sur trois traits: adhéré à la pauvreté et à la dépendance en Dieu, atteindre les vertus de la générosité et le don désintéressé, abandonner la résistance et le choix.» Ma`rouf al-Karkhi expliqua, «Le Soufisme est tenir aux réalités cachées et couper espoir de tout ce que possèdent les gens.»

 

      Hamdoun al-Qassar dit, «Soit ami avec les Soufis, car ils voient des raisons pour pardonner les actes désagréables et ils ne sont pas impressionnés par les bonnes actions au point qu’ils penseraient que tu les salues dans l’intention qu’ils en performent.» Lorsque questionné au sujet des adhérents au Soufisme, Al-Kharraz répondit, «Ils sont des gens qui donnent jusqu’à ce qu’ils expérimentent l’expension, qui se privent eux-même jusqu’à ce qu’ils perdent toutes choses. Ensuite, ils obéissent à l’injonction des mystères qui sont autour d’eux: [Dit] «Levez-vous, pleurez sur notre sort.» Al-Jounayd dit, «Le soufisme est une guerre dans laquelle il n’y a pas de paix;» Il dit aussi, «Les Soufis sont membres d’une seule famille dont nul ne peut entrer sauf eux-même.» Il expliqua aussi, «Le Soufisme est l’invocation [de Dieu] combinée avec la concentration interne, l’extase combinée avec l’écoute attentive, et l’action combinée avec la pratique de la Sunna»

 

      Al-Jounayd déclara, «Le Soufi est comme la terre – toutes sortes d’ horreurs lui sont jetées, mais toutes sortes de biens y poussent.» Il dit aussi, «Le Soufi est comme la terre – tous deux, les vertueux et les pécheurs y marchent. Il est comme les nuages – ils donnent de l’ombre à toutes les choses. Il est comme la pluie – il arrose toutes les choses.» Il fit aussi une remarque, «Si vous voyez un Soufi se soucier de son aspect extérieur, alors sachez que son intérieur est corrompu.»

 

      Sahl b. `Abdallah commenta, «Le soufi est celui qui ne se plaindra pas si son sang était répandu et sa propriété lui était arrachée.» An-Nouri dit, «Un signe du Soufi est qu’il est content lorsqu’il ne possède rien et il donne de manière désintéressée lorsqu’il possède assez.» Al-Kattani affirma, «Le Soufisme est la bonne caractéristique morale. Quiconque a le dessus sur toi en caractéristique morale te dépasse en pureté.» Abou `Ali ar-Roudhbari dit, «Le Soufisme est rester à la porte de l’amant même si tu y es écarté.» Il dit aussi, «Le Soufisme est la pureté de la proximité après l’impureté de l’éloignement.» Il est dit, «La chose la plus odieuse est le Soufi avare.» Il est dit aussi, «Le Soufisme est le vide de la main et la pureté du cœur.» Ach-Chibli observa, «Le Soufisme est s’asseoir avec Dieu sans souci.» Abou Mansour dit, «Le Soufi est celui dont l’indication est de Dieu Le Plus Haut, car surement l’homme est un signe de Dieu.» Ach-Chibli déclara, «Le Soufi est séparé de l’humanité et unifié avec Dieu comme Il dit [à Moïse], "Je t’ai attaché à Moi-même (20:41), le séparant de toute autre chose,. Ensuite Il lui dit, «Tu ne me verras jamais» (7:143). Ach-Chabli dit encore, «Les Soufis sont des enfants sur la piste de Dieu,» «Le Soufisme est un éclair de lumière brillante,» et «le Soufisme c’est être protégé de tenir compte de la création.» Rouwaym déclara, «Les Soufis sont plein de bonté aussi longtemps qu’ils se disputent l’un avec l’autre. Dès qu’ils font la paix, il n’y a plus de bien en eux.»

 

      Al-Jourayri dit, «Le Soufisme signifie maintenir une conscience vigilante sur son propre état et maintenir un comportement parfait.» Al-Mouzayyin affirma, «Le Soufisme est la soumission à Dieu.» Abou Tourab an Nakhshabi remarqua, «Le Soufisme n’est rendu impur par aucune chose, et par lui toutes les choses sont rendues pures.» Il est dit, «La recherche n’épuise pas le Soufi, et les choses mondaines ne l’ennuient pas.» Lorsque Dhou'n-Noun al-Misri fut questionné au sujet des Soufis, il répondit, «Ce sont des gens qui préfèrent Dieu [Le Plus Exalté] par rapport à toutes les choses et que Dieu préfère par  rapport à toutes les choses.» Al-Wassiti ( Que Dieu lui accorde Sa Miséricorde) dit, «Au début, les Soufis avaient été attribué des indications claires; ensuite ces éléments deviennent seulement que des gestes, et maintenant rien ne reste sauf du chagrin.»

 

      An-Nouri fut questionné au sujet des Soufis et il répondit, «Il est celui qui entend l’audition et qui préfère les causes qui engendrent le salut.» Abou Nasr as-Sarraj rapporte, «Je demanda al-Housri, "qu’elle est ton opinion sur le Soufi?" Il répondit "La terre ne le transporte pas ni les cieux ne l’ombrage pas non plus.» Il fait allusion ici à l’effacement des Soufis. Il est dit, «Le Soufi est celui qui, lorsqu’en face de deux bons états ou de deux   caractéristiques morales, choisit le meilleur des deux.» Ach-Chibli fut questionné, «Pourquoi les Soufis sont-ils appelés par ce nom?» Il dit, «C’est à cause des traces du soi qui restent en eux. Si ce n’était pas le cas, il n’y aurait pas de nom qui leur aurait été attribué.» Ibn al-Jalla' fut questionné, «Qui est appelé "Soufi"?» L’un des Soufis déclara, «Le Soufisme signifie une perte de dignité et de rang et un noircissement de la face dans ce monde et dans celui de l’au-delà.» Abou Ya’qoub al-Mazabili expliqua, «Le Soufisme est un état dans lequel tous les attributs humains se dissipent.» Abou'l Hassan as-Sirwarni dit, «Le Soufi est celui que est préoccupé avec les états inspirés, non pas avec les litanies et les récitations.»

 

      Le maître Abou `Ali ad-Daqqaq (Que Dieu lui accorde Sa Miséricorde) dit, «La chose choisie qui a été dite sur ce sujet est, "Cette voie convient seulement à ces personnes dont Dieu a utilisé les esprits pour balayer les tas de fumier".» Pour cette raison, Abou `Ali dit un jour, «Si le disciple ne possède plus rien que son esprit et s’il l’offre aux chiens à sa porte, aucun chien n’y portera attention.» Le maître Abou Sahl as-Sou`louki dit, «Le Soufisme c’est se détourner des objections internes de ce que Dieu a décrétées.»

 

      Al-Housri commenta, «Le Soufi n’existe pas après sa non-existence ni il est non-existant après son existence.» Ce point n’est pas compréhensible sur le champ. Lorsqu’il dit, «Il est non-existant après sa non-existence,» il veut dire qu’après que ses défauts lui soient ôtés, ils n’y retournent plus. Quand il dit, «Ni, il est non-existant après son existence,» Il veut dire que s’il est entièrement orienté vers Dieu, il ne décline pas au rang du genre humain ainsi les évènements mondains n’ont pas d’effet sur lui.

 

      Il est dit, «Le Soufi est effacé dans les éclairs qu’il reçoit de Dieu.» Il est dit, «Le Soufi est dominé par le flux de souveraineté et voilé par le maintien de la servitude.» Il est dit aussi que , «Le Soufi ne change pas. Mais s’il devait changer, il n’aurait pas de chagrin.» Al-Kharraz rapporta, «J’étais dans la mosquée Cairouan au jour de la prière en congrégation, et je vis un homme allant parmi les rangés d’adorateurs disant, 'Montrez-moi la charité, car j’étais un Soufi, et maintenant je suis devenu  peu solide et faible." Alors je lui offris des aumônes, et il me dit, "Laissez-moi, malheur à vous! Ceci n’est pas ce que je cherche." Et il ne prit pas les aumônes.»[140]

 

 

Cheick Abou Ismai`il `Abd Allah al-Harawi al-Ansari (d.481)

 

Un cheick Soufi, un maître de hadiths (hafiz), et un commentateur (moufassir) du Coran de l’école Hanbali, l’un des plus fanatiques ennemis des innovateurs, et un disciple de Khwaja Abou al-Hassan al-Kharqani (d.425) l’un des premiers grandcheick de la voie Soufie Naqshbandi.[141] Il est cité par Dhahabi dans son Tarikh al-islam et Siyar a`lam al-noubala', Ibn rajab dans son Dayl tabaqat al-hanabila[142], et Jami dans son livre en langue Persanne Manaqib-i cheick al-Islam Ansari.[143]

 

      Il était un auteur prolifique de traités Soufis dont:

 

·        Manazil al-sa'irin, au sujet duquel Ibn Qayyim rédigea un commentaire intitulé Madarij al-salikin;

 

·        Kitab al-soufiyya (Les niveaux biographiques des maîtres Soufis), qui est la version développée des premiers travaux par Abou ‘Abd al-Rahman al-Soulami (d.411) portait le même titre.

 

·        Kitab ‘ila al-maqamat (Le livre des écueils des niveaux spirituels, décrivant les caractéristiques des niveaux spirituels pour le disciple et le maître dans la voie Soufie;

 

·        Kitab sad maydan (en Perse, Le livre des cent compétences), un commentaire sur le sens de l’amour dans le verset: «Si vous aimez Allah, suivez-moi, et Allah vous aimera!» (3:31). Ce livre rassemble les discours d’al-Harawi au cours de l’année 447-448 à la grande Mosquée de Hérat (aujourd’hui Afghanistan) dans lequel il présente son exposition la plus éloquente de la nécessité de suivre la voie Soufie.

 

·        Kashf al-asrar wa ‘ouddat al-abrar (En perse, Le dévoilement des secrets et le harnais des vertueux), en dix volumes par al-Mayboudi, il contient le commentaire Coranique d’al-Harawi.

 

 

Imam Ghazali (d.505)

 

Houjjat al-Islam (La preuve de l’Islam), Abou Hamid al-Toussi al-Ghazali, le Revivificateur du Cinquième siècle Islamique, savant d’ousoul al-fiqh, et auteur de la plus célèbre oeuvre sur le tassawwouf, Ihya' `ouloum al-din (La revivificaton des sciences religieuses). Il dit dans son autobiographie, al-Mounqidh min al-dala (La délivrance de l’erreur):

 

La voie Soufie consiste à purifier le coeur de tout ce qui est autre qu’Allah… Je conclu que les Soufis sont des chercheurs dans la Voie d’Allah, et leur conduite est la meilleure conduite, et leur voie est la meilleure voie, et leurs manières sont les plus sanctifiées. Ils ont purifié leur cœur de tout, sauf d’Allah et en ont fait des sentiers pour que des rivières y coulent, transportant la connaisance d’Allah.[144]

 

      Comme Ibn `Ajiba mentionne dans son Iqaz al-himam, al-Ghazali déclara le tassawwouf être fard `ayn ou une obligation personnelle pour tout Musulman responsable, homme et femme, «car personne sauf les Prophètes n’est dépourvue de défauts et de maladies internes.»[145]

 

      Les textes qui suivent sont traduits des extraits suivants de Ihya' `ouloum al-din:

 

a)    Les définitions au début du livre Kitab charh `aja'ib al-qalb (Le livre des explications des mystères du cœur);

 

b)   Section intitulée: “Les soldats du Cœur” extrait du même livre;

 

c)   Section intitulée: «La domination de satan sur le coeur à travers les murmures (al-waswas)» extrait du même livre;

 

d)   Section intitulée: «Les preuves…» du livre Kitab riyadat al-nafs wa tahdhib al-akhlaq wa mou`alajat amrad al-qalb (Le livre du dressage de l’égo et la discipline des manières et le remède des maladies du cœur).

 

a)    Le sens de nafs: Il a deux sens. Premièrement cela signifie les pouvoirs de la colère et l’appétit sexuel résidant en l’être humain… et ceci est la compréhension la plus commune dans le milieu des gens du tassawwouf, qui comprennent le mot nafs comme l’élément responsable de tous les mauvais attributs d’une personne. Ceci est la raison pour laquelle ils disent: l’on doit combattre l’égo et le briser comme cela est souligner dans le hadith: a`da `adouwwouka nafsouka al-lati bayna janibayk – «Ton pire ennemi est ton égo qui réside entre tes flancs.»[146] Il est disponible dans le Kitab al-zouhd (Le livre des narrations sur l’ascétisme) de Bayhaqi.

 

      Le deuxième sens de nafs est l’esprit, l’être humain en réalité, son soi et sa personne. Cependant, il est décrit différemment selon ses différents états. S’il prend le calame en étant sous commande et s’est débarassé des turbulances causées par l’attaque de la passion, il est appelé «l’esprit apaisé» (al-nafs al-moutma'inna)… Dans son premier sens, le nafs n’envisage pas son retour à Allah parce qu’il s’est maintenu à l’écart de Lui: un tel nafs est du parti de satan. Mais s’il n’est pas source de tranquilité, et qu’il s’érige contre l’amour des passions et s’y oppose, il est appelé «l’âme auto-critique» (al-nafs al-lawwama), parce qu’il réprimande son maître pour sa négligeance dans l’adoration de son maître… S’il cesse toute rébellion et se soumet en totale obéissance à l’appel des passions et de satan, il est nommé  «l’esprit qui se joint au mal» (al-nafs al-ammara bi al-sou')…   

 

b)   Allah a armé des soldats qu’Il a placés dans le cœur et les âmes et autres de Ses mondes, et nul ne sait leur vrai nature et leur nombre exact excepté Lui-même… [Il commença par expliquer que les jambes du corps, les cinq sens, la volonté, l’instinct et les pouvoirs émotives et intellectuels sont parmi ces soldats.] Sachez que les deux soldats  de la colère et de la passion sexuelle peuvent être complètement contrôlés par le cœur… ou à l’opposé désobéir et complètement se rebeller contre lui, jusqu’à ce qu’ils l’asservissent. En cela repose la mort du coeur et la fin de son voyage vers la joie éternelle. Le cœur a d’autres soldats: La connaissance (`ilm), la sagesse (hikma) et la pensée (tafakkour) dont il cherche l’aide en réalité car ils sont du Parti d’Allah contre les deux autres qui appartiennent au parti de satan…

 

Allah dit: «Ne vois-tu pas celui qui a fait de sa passion sa divinité?» (25-43) et «Il suivit sa propre passion. Il est semblable à un chien qui halète si tu l’attaques, et halète aussi si tu le laisses.» (7:176) et au sujet de la personne qui contrôle les passions de son égo Allah dit: «Et pour celui qui aura redouté de comparaître devant son Seigneur, et préservé son âme de la passion, le paradis sera alors son refuge» (79:40-41).

 

      Sachez que le corps est comme une ville et l’intellect d’un être humain adulte est comme un roi gouvernant cette ville. Toutes les forces de ses sens externes et internes qu’il peut rassembler sont comme ses soldats et ses assistants. L’égo qui s’associe au mal (nafs ammara), qui est le désir et la colère, est comme un ennemi qui le défie dans son royaume et lutte pour exterminer ses sujets. Le corps devient alors comme une garnison ou un avant-poste portuaire, et l’âme comme sa garde. S’il combat contre ses ennemis et les défait  et les contraint à faire ce qu’il aime, il sera loué lorsqu’il retournera dans la présence d’Allah, comme Allah dit: «Allah a mis les combattants au-dessus des non- combattants en leur accordant une rétribution immense» (4:95).

 

c)   Les pensées qui agitent les désirs de l’un sont de deux sortes: louables et qui est appelé «inspiration» (ilham), ensuite blâmables qui est appelé «insouffler» (waswassa)… Le cœur est sous l’emprise mutuelle d’un satan et d’un ange… L’ange est une créature qu’Allah a créé pour un bénéfice débordant, l’octroiement de la connaissance, le dévoilement de la vérité, la promesse de récompense, et l’ordonnance du bien… satan est une créature dont la besogne est de s’opposer contre tout ceux-ci…Waswa contre ilham, satan contre ange, et succès (tawfiq) contre désolation (khidhlan).

 

      Le Prophète dit: «Il y a deux impulsions dans l’âme, l’une provient d’un ange qui appelle vers le bien et confirme la vérité; quiconque ressent ceci, qu’il sache que cela est d’Allah et qu’il Le loue. L’autre impulsion provient de l’ennemi, le conduit au doute, nie la vérité, et interdit le bien; quiconque ressent ceci, qu’il cherche refuge en Allah contre le démon.» Ensuite il récita le verset: «Le diable vous fait craindre l’indigence et vous commande des actions honteuses» (2:268).[147]

 

      Le Prophète dit:«Il n’y personne parmi vous qui n’a pas de démon en lui.» Ils dirent: «Même en toi, O Messager d’Allah?» Il dit: «Même en moi, mais Allah m’a aidé à le vaincre et il s’est soumis à moi, ainsi il n’ordonne rien que le bien»[148]… L’offensive mutuelle entre les soldats des anges et les démons est constante dans le combat sur le coeur jusqu’à ce que le cœur soit conquit par l’une des deux parties qui implante sa nation et s’y installe… Et la plupart des cœurs ont été saisi par les soldats de satan, qui les remplit d’idées qui appellent à aimer ce monde temporaire et à négliger l’au-delà.

 

d)   Le Prophète dit: al-moujahidou man jahada nafsahou fi ta`at Allah – «Le vrai combattant contre l’incroyance est celui qui combat contre son égo en obéissant à Allah»[149]… Soufyan al-Thawri dit: «Je ne me suis jamais occupé d’aussi fort d’une chose contre moi que mon égo; il était un moment avec moi et un autre moment contre moi»… Yahya ibn Moua`adh al-Razi dit: «Lutter contre ton égo avec les quatre sabres de l’apprentissage: mange peu, dort peu, parle peu, et soit patient lorsque les gens te font du tort… Alors l’égo marchera sur les voies de l’obéissance, comme un chevalier s’élançant dans le champ de battaille.»

 

 

Ceux Qui Attaquent L’Imam Ghazali

 

Les Salafis d’aujourd’hui ont revivifié un mauvais trait particulier des immoraux du passé qui consiste à attaquer l’Imam Ghazali, désobligeant ceux qui lisent ses travaux et les citant pour illustrer leurs opinions. Ceci concerne spécialement sa pièce maîtresse Ihya' `Ouloum al-Din, parce que c’est un point de repère du tassawwouf que les ennemis du tassawwouf trouvent particulièrement vexant à cause de l’immense succès qu’elle a eu parmi les lecteurs. Certains vont même trop loin, jusqu’à prétendre que Ghazali était insensé lorsqu’il le rédigea, d’autres interprètent mal l’indication de Ghazali à sa mort au sujet de Boukhari comme une renonciation au tassawwouf, d’autres encore ravivent les condamnations du livre par une poignée de savants reconnus pour leur position anti-soufie. Mais Allah a permis au livre de s’ériger haut au-dessus des clameurs de ses détracteurs, et ses traductions ne font que s’accroître en nombre et en qualité. Les lignes suivantes ont pour but de fournir aux lecteurs, avec des sources fiables concernant sa vie et ses travaux ainsi que pour nous protéger avec l’aide d’Allah contre les calomnies de l’ignorance et de l’envie.

 

 

Salah al-Din al-Safadi (d.764), le disciple d’Abou Hayyan al-Andalousi, rapporte dans son célèbre dictionnaire biographique intitulé al-Wafi – qui contient plus de 14000 biographies:

 

Mouhammad b. Mouhammad b. Mouhammad b. Ahmad, la Preuve de l’Islam, l’Ornement de la Foi, Abou Hamid al-Tussi[150] (al-Ghazali), le juriste Chafi`i, était sans rival au cours de ses dernières années.

 

      En 488, il renonça entièrement à toute sa propriété mondaine et sa fonction de professeur à Nizamiyya où il enseigna depuis 484, et suivit la voie de la renonciation et de la solitude. Il effectua un Pèlerinage, et à son retour, il dirigea ses pas en Syrie où il resta quelque temps dans la ville de Damas, donnant des conseils dans la mosquée hospice (zawiyat al-jami`) qui porte désormais son nom dans le quartier ouest. Ensuite, il voyagea à Jérusalem, s’employant énormément à l’adoration et à visiter les lieux saints. Ensuite, il se rendit en Egypte, restant quelque temps à Alexandrie…

 

      Il retourna à Tus sa ville natale (juste avant 492). Là-bas, il compila un certain nombre de volumes importants [parmi lesquels le Ihya´] avant de retouner à Nissabour, où il était obligé de dispenser des cours à la Nizamiyya (499). Il abandonna immédiatement ceci et revint dans son village où il assûma la direction d’une maison de retraite (khaniqah) pour Soufis et d’une université voisine pour ceux occupés à la recherche de la connaissance. Il répartit son temps entre la récitation du Coran et dispenser des cours aux Gens du Cœur (les Soufis)…

 

      Cette œuvre est parmi la plus noble et la plus importante, à tel point qu’il fût dit à son propos: Si tous les livres de l’Islam venaient à être perdus sauf l’Ihya´, elle aurait été suffisante pour les remplacer… Ils l’accusaient d’y avoir inclu des hadiths qui n’étaient pas reconnus comme authentiques, mais une telle inclusion est permise dans les travaux d’encouragement du bien et l’interdiction du mal (al-targhib wa al-tarhib). Le livre reste toujours extrêmement important. L’Imam Fakhr al-Din al-Razi avait l’habitude de dire: «Ce fût comme si Allah avait rassemblé toutes les sciences sous un dôme, et les montra à al-Ghazali,» ou quelque chose de ce genre. Il rendit l’âme… à Tabaran… la citadelle de Tus, où il fut enterré.[151]

 

      Ce qui a été dit ci-dessus refute clairement la fabrication de ceux qui disent que Ghazali désavoua le tassawwouf vers la fin de sa vie. Voyons maintenant la fabrication de ceux qui essaient de faire une différence entre le Ghazali d’Ousoul al-fiqh et le Ghasali du tassawwouf. Lorsqu’on leur dit que les livres de l’Imam Ghazali sur la méthodologie et les fondations des lois Islamiques sont considérés nécessaires dans le domaine – tel que son Moustafa et Mankhoul ainsi que Chifa´al-ghalil – ils disent qu’il les rédigea bien avant sa période de retraite où il adopta la tassawwouf. En réalité, la plus grande partie et les plus compréhensifs des quatre livres qu’il rédigea sur Ousoul al-fiqh (Les principes des lois) fut composée au cours de la dernière période de sa vie comme le dit Dr. Taha al-`Alwani dans son livre Ousoul al-fiqh al-islami:                          

 

      La source de Méthodologie de l’Encyclopédie de la Chari`a de l’Imam Ghazali, son quatrième livre sur le sujet, et son dernier mot fut al-Moustafa, qui a été publié plusieurs fois en Egypte et ailleurs. En réalité, ceci est l’oeuvre qu’il rédigea après qu’il soit sorti de sa période de méditation et de retraite.[152]

 

La note sur Ghazali dans `Oumdat al-Salik dit:

 

A Damas il a vécu en retraite pendant environ dix années, engagé dans la lutte spirituelle et le souvenir d’Allah, à la fin de cette retraite, il émergea pour produire sa pièce maîtresse Ihya´ `Ouloum al’Din [La revivification des Sciences Religieuses], un classique parmi les livres des Musulmans au sujet de la constante crainte que l’on doit avoir dans ses relations avec Allah (taqwa), l’illumination de l’âme à travers Son obéissance y compris les niveaux de l’acquisition des croyants. L’œuvre montre comment personnellement Ghazali a perçu profondément ce qu’il a écrit, et sa magistrale réponse à plusieurs centaines de questions au sujet de la vie interne dont nul avant lui avait parlé ou résolu, ceci est une performance d’excellence soutenue qui montre l’intellect bien discipliné de son auteur et une profonde appréciation de la psychologie humaine. Il a écrit aussi presque deux cent autres oeuvres sur la théorie du gouvernement, la Loi sacrée, les réfutations des philosophes, les principes de la foi, le Soufisme, l’exégèse Coranique, la théologie scolastique et les bases de la jurisprudence Islamique.[153]

 

Qu’en est-il au sujet des critiques de l’intellect de Ghazali? Le plus éloquent en ceci, fut ibn al-Jawzi – un détracteur des Soufis – rejette le Ihya´ dans quatre de ses oeuvres: I`lam al-ahya´ bi aghlat al-Ihya´ (Informer le vivant au sujet des erreurs de l’Ihya´, Talbis Iblis, Kitab al-qoussas,[154] et son histoire al-Mountazam fi tarikh al-moulouk wal-oumam.[155] Ses vues influencèrent Ibn Tayimiyya et son élève Dhahabi. La base de leur position était l’utilisation de hadiths faibles par Ghazali, dont une liste est fournie par Taqi al-Din al-Soubki dans son Tabaqat. Leur critique est-elle justifiée ou est-elle une exagération? Plus probablement une exagération dans la mesure où les deux hafiz al-`Iraqi (d.806) et al-Zabidi (d.1205) après al-Ghazali, documentèrent individuellement chaque hadith du Ihya et ne mirent pas en doute de manière globale son utilité. Au contraire, ils acceptèrent son immense réputation parmi les Musulmans et contribuèrent à son embellissement et à sa propagation comme un manuel de progrès spirituel. Et comme Soubki le souligna, Ghazali n’excella jamais dans le champ du hadith.[156]

 

      Plus important, la majorité des maîtres de hadiths soutiennent l’utilisation de hadiths faibles en vue d’en dériver des décisions légales, dans l’encouragement du bien et le découragement du mauvais (al-targhib wa tarhib), comme plusieurs maîtres de hadiths l’ont indiqué aussi bien que certains savants tels que al-Safadi.[157] Il doit être su que Ghazali incorpora tous les matériaux qu’il jugea utile à sa cause didactique sur la base du contenu au lieu de l’origine ou la chaîne de transmission; de même que la plupart du Ihya consiste en des citations du Coran, de hadiths, et les dires d’autres que Ghazali, sa propre prose ne comptant que pour moins de 35% du travail;[158] et que la plupart du vaste nombre de hadiths cités sont authentiques à l’origine.

 

      En conclusion, nous disons comme al-Safadi que l’Ihya se classe comme une œuvre de targhib ou éthique, qui est le domaine principal du tassawwouf. Le critère et l’authenticité comme évidence citée dans ces travaux sont moins rigoureux que les travaux de `aqida et fiqh selon la majorité des savants, comme la section prochaine le démontre. Tenir les travaux de tassawwouf sur les critères du dernier cas c’est blâmer les pommes de ne pas être des oranges. En conséquence, comme al-Safadi l’indiqua correctement, la critique de Ihya´ `ouloum al-din par certains sur la base de hadiths faibles n’a pas de fondement, ni également les critiques de travaux semblables, par exemple la critique de Dhahabi sur le Qout al-qouloub d’Abou al-Makki et autres. Ceux qui se cramponnent à de telles critiques, cependant qu’ignorant l’approbation massive du tassawwouf et de ses livres par les savants Musulmans se cramponnent à leur propre préjugé contrairement à la connaissance fiable. Notre conseil à ces frères est: Nous vous rappelons le conseil d’al-Dhahabi dans sa note biographique sur Ibn al-Farid dans Mizan al-i`tidal: «Ne vous empressez pas à juger, au contraire, retenez la meilleure opinion des Soufis»;[159] et le conseil de l’Imam Ghazali dans al-Mounqidh min al-dalal: «Ayez de bonnes pensées (au sujet des Soufis) et ne nourrissez pas de doute dans votre cœur»;[160] et la fatwa d-Ibn Hjar al-Haytami concernant les critiques de ceux qui respectent le tassawwouf et croient aux awliya´: «Des mauvaises pensées à leur sujet (Les Soufis) signifient la mort du cœur.»[161] Prenez ce qui est excellent dans chacun des travaux des Soufis de la bonne manière, respectez les maîtres du tassawwouf, le plus petit parmi eux s’érige haut au-dessus de vous en savoir, ne cherchez pas le désaccord parmi les savants, et accrochez-vous à l’humilité et au respect devant ceux qui parlent au sujet d’Allah Duquel provient tout succès.

 

La Validité de Hadiths Faibles

 

Nous concluons la discussion sur Ihya´ `ouloum al-din avec les déclarations sur la permissibilité de hadiths faibles par les maîtres de hadiths, établissant comme l’Imam al-Sakhawi déclara dans la conclusion de son livre al-qawl al-badi´, que «La majorité des savants (al-joumhour) supportent qu’un hadith faible peut être utilisé comme une base pour mener une bonne action et achever un bon caractère mais pas pour des règles légales.»

 

Ibn Hajar écrit dans Hadi al-sari:

 

Malik et Boukhari ont une différente compréhension de la validité des hadiths. Malik ne considère pas l’interruption dans la chaîne comme une défaillance dans le hadit.  Pour cette raison, il cite des hadiths avec des chaînes interrompues du type moursal et mounqati, et des communications sans chaînes (balaghat) comme une partie de l’objet principal de son livre (al-Mouwatta´), alors que Boukhari, considère l’interruption comme une défaillance dans la chaîne de transmission. Ainsi, il ne cite pas ces hadiths sauf comme quelque chose en dehors de l’objet principal de son livre (al-jami` al-sahih), par exemple les commentaires (ta`liq) et les titres de chapîtres.[162]

 

Al-Hakim (d.405) rapporte dans son Madkhal, un manuel sur la science de hadiths:

 

J’entendis Abou Zakariyya al-`Anbari dire que Mouhammad idn Ichaq ibn Ibrahim al-Hanzali lui dit que son père avait l’habitude de rapporter d’`Abd al-Rahman ibn Mahdi qu’il avait l’habitude de dire: «Nous étions conciliants concernant l’isnad   au sujet de la récompense et la punition et des actions vertueuses, et étions indulgents envers les gens (c’est-à-dire concernant leur identité et fiabilité); mais lorsque nous transmettions au sujet de ce qui est légal et ce qui est interdit, nous sommes stricts avec l’isnad et examinons minutieusement les gens.»

 

      J’ai entendu Abou Zakariyya Yahya ibn Mouhammad al-`Anbari dire qu’il entendit Abou al-`Abbas ibn Mouhammad al-Sijzi dire qu’il entendit al-Naufali dire qu’il entendit  Ahmad ibn Hanbal dire: «Lorsque nous transmettons de l’apôtre d’Allah au sujet de ce qui est permis et ce qui est interdit, au sujet des ordonnances légales, nous sommes stricts; mais lorsque nous transmettons du Prophète au sujet des actions vertueuses et ce qui n’est pas établi ou d’abroger une ordonnance légale, nous sommes conciliants avec les isnads[163]

 

Voici est le texte complet de Sakhawi extrait d’al-qawl al-badi`:

 

Cheick al-Islam Abou Zakariyya al-Nawawi dit dans l’Adhkar:

 

Les `oulama parmi les experts en hadiths et les experts en loi et autres ont dit: il est permis et   recommandé que la pratique religieuse (al-`amal) concernant les bonnes actions et le bon caractère (al-fada’il), l’encouragement au bien et le découragement du mal (al-targhib wa tarhib) soient basés sur des hadith faibles aussi longtemps que ce n’est pas inventé. En ce qui concerne les règles légales, (ahkam) ce qui est permis et ce qui est interdit, ou les modalités des échanges, le mariage, le divorce et autres: la pratique de l’un n’est basée sur rien d’autre que les hadiths solides (sahih) ou les hadiths fiables (hassan), en guise de précaution, dans certains cas relatifs à l’un des éléments cités ci-dessus, par exemple, si un hadith faible était cité au sujet de la répréhensibilité (karahat) de certains types de ventes ou de mariages. Dans ces cas, ce qui est recommandé (moustahabb) est d’éviter une telle vente et un tel mariage, mais ce n’est pas obligatoire.

 

      N’étant pas d’accord avec ceci, Ibn al-`Arabi al Maliki dit: «Absolument aucune pratique n’est basée sur un hadith faible.»

 

J’ai entendu mon cheick (Ibn Hajar al-`Asqalani) insister sur les dires suivants, et lui-même me le remit sous forme rédigée:

 

Les conditions pour des pratiques religieuses basées sur du hadith faible sont de trois:

 

1-   Il y a une unanimité sur ceci: le plus faible ne doit pas être le plus fort. Ceci exclu les hadiths individuellement collectionnés par les menteurs ou ceux accusés de mensonge, et ceux qui font des erreurs scandaleuses.

 

2-   Qu’il y est pour cela une base légale générale. Ceci exclu ce qui est inventé et qui n’a pas de base légale  de départ.

 

3-   Que l’un ne pense pas, pendant que l’utilisant comme fondement de base, qu’il a été établi comme vrai. Ceci est dans l’ordre de ne pas attribuer au Prophète des mots qu’il n’a pas dits.

 

Les deux dernières conditions sont d’Ibn `Abd al-Salam et son compagnon Ibn Daqiq al-`Id; Abou Sa`id al-`Ala'i rapporta l’unanimité sur le premier.

 

      Je dis: ¨Il a été rapporté de l’Imam Ahmad que l’on peut pratiquer sur la base de hadiths faibles s’il n’y plus d’autre hadith à cet effet et s’il n’y a pas de hadith qui le contredit¨. Dans une autre narration, il est rapporté dire: «Je préfère le hadith faible par rapport à l’opinion des gens.» Ibn Hazm a similairement mentionné que les savants Hanafi unanimement sont d’accord avec l’école d’Abou Hanifa qui supporte que le hadith faible est préférable à l’opinion (ra'y) et à l’analogie (qiyas). Ahmad fut questionné au sujet de quelqu’un se trouvant dans un pays avec, en main un possesseur de hadiths (hadith sahib) qui ne sait pas la différence entre du solide et du non-solide, et, dans l’autre, avec un possesseur d’opinion (sahib ra'y): Qui devrait-il consulter? Il répondit; « Qu’il consulte le possesseur de hadiths et non le possesseur d’opinions.»

 

      Abou `Abd Allah Ibn Mandah rapporta d’Abou Dawoud, l’auteur du Sounan et élève de l’Imam Ahmad, avait l’habitude de citer la chaîne de transmission d’un hadith faible s’il ne pouvait pas trouver mieux que cela sous ce titre particulier (bab), et qu’il le considérait comme une évidence par rapport à l’opinion.

 

      Ce qui émerge de cela est qu’il y a trois vues divergentes:

 

- Aucune pratique n’est basée sur du hadith faible ;

 

- Une pratique y est basée si aucune autre évidence n’est trouvée sous le même titre;

 

- La majorité des savants (al-joumhour) soutiennent que le hadith faible  peut être utilisé comme base pour pratiquer des bonnes actions et achever un bon caractère, mais non pour des règles légales. Et Allah est Celui qui garanti le succès.[164]

 

      Certains questionnent à tort le fait que l’Imam Ahmad permis l’utilisation de hadiths faibles à la lumière de l’affirmation d’Ibn Taymiyya dans son Qa`ida fi al-tawassoul: « Celui qui rapporte d’Ahmad qu’il avait l’habitude de se baser sur du hadith faible, qui n’est pas sahih ou hassan, a fait une erreur.»[165] Cependant, ceci ne contredit pas l’opinion de l’Imam Ahmad citée ci-dessus par Sakhawi comme l’Imam Ahmad n’appliqua pas de hadiths faibles au ahkam ou les règles légales. Ainsi ce que Ibn Taymiyya veut dire est: «Celui qui rapporte de l’Imam Ahmad qu’il avait l’habitude de se baser sur du hadith faible en dérivant des règles légales dans la Chari`a.»  a l’exception des règles, il n’y a pas de doute que l’Imam accepta le hadith faible, comme rapporté par al-Hakim dans al-Madkahl déjà cité,et confirmé par Ibn `Arabi al-Maliki dans `Aridat al-ahwadhi.[166] Ceci est confirmé par Ibn Taymiyya, lui-même, quelque part dans son œuvre:

 

Ahmad ibn Hanbal et les autres savants permirent la narration de hadiths regardant les vertus aussi longtemps que ce n’est pas du mensonge… comme il possible que la récompense puisse être vraie, quoiqu’aucun des Imams n’ont dit qu’il est permis de considérer quelque chose d’obligatoire (wajib) ou recommendé (moustahabb) par la voie de hadiths faibles, et quiconque dit cela diffère du consensus.[167]

 

Cependant, Ibn Taymiyya prétend “qu’aucun des Imams n’a déclaré une action recommandée par la voie d’un hadith faible, et quiconque dit ceci diffère du consensus” est évidemment incorrect, comme cela est prouvé par l’allusion indiscutable de Sakhawi aux dires de Nawawi déjà cités:

 

Les `oulama parmi les experts en hadiths et les experts en Lois et autres ont dit… par exemple, si un hadith faible était cité au sujet la répréhensibilité (karahat) de certains genres de ventes ou de mariages…ce qui est récommandé (moustahabb) est d’éviter ces ventes et mariages, mais ce n’est pas obligatoire.

 

 

Abou al-Wafa' Ibn `Aqil al-Hanbali (d.513)

 

Comme al-Harawi al-Ansari, il était un hafiz et un faqih de l’école Hanbali; il fut un ardent défenseur de la Sunna et du tassawwouf. Il est considéré comme un revivificateur de l’école de l’Imam Ahmad, quoiqu’il eut plusieurs maîtres appartenant à différentes écoles. Comme plusieurs Soufis de son école entre autre Ibn Qoudama (d.620) et al-Toufi (d.715), Ibn `Aqil considérait al-Hallaj comme un wali (saint) et ne douta pas de sa sincérité ni de sa vertu. Ibn al-Jawzi rapporta qu’il avait en sa possession la copie autographiée d’un traité d’Ibn `Aqil écrit en éloge à al-Hallaj, intitulé jouz' fi nasr karamat al-Hallaj (Opuscule à l’éloge du don d’al-Hallaj). Ibn 'Aqil était universel et dans son Kitab al-founoum se serait étendu sur huit cent volumes dont un seul est encore existant.[168]

 

 

Cheick `Abd al-Qadir al-Gilani (d.561)

 

L’éminence parmi les grands saints, surnommé al-Ghawth al-a'zam ou l’Aide par excellence, il était aussi un éminent juriste de l’école Hanbali. Son affiliation à l’école Chafi'I et à Abou Hanifa ont été mentionnée. Il fut le disciple d’éminents saints en autre ; Abou al-Khayr Hammad ibn Mouslim al-Dabbas (d.525) et Khwaja Abou Youssouf al-Hamadani (d.535), second dans la lignée après Abou al-Hassan al-Kharqani (le cheick d’al-Harawi al-Ansari) dans la première chaîne d’autorité Naqshbandi.

 

      Les plus fameux travaux de Cheick 'Abd al-Qadir sont:

 

·        al-Qhounya li talibi tariq al-haqq (La suffisante provision pour les chercheurs sur la voie de la vérité); c’est l’une des présentations les plus précises du madhhab de l’Imam Ahmad ibn Hanbal ait jamais écrit, y comprit l’enseignement solide d’Ahl al-Sounna sur le `aqida et le tassawwouf;

 

·        al-Fath al-rabbani (L’ouverture du Seigneur), une collection de sermons pour les élèves et enseignants de la voie Soufie et tous ceux attirés par la perfection; comme son titre l’indique, ce livre apporte à ses lecteurs un immense profit et une élévation spirituelle;

 

·        Foutouh al-ghayb (Les ouvertures de l’invisible), une autre collection de sermons plus avancés que le précédent et tout aussi précieux. Les deux ont été traduits en anglais;[169]

 

      Du fait de sa position dans l’école Hanbali, `Abd al-Qadir était très respecté par Ibn Taymiyya, qui lui donna aussi le titre de «mon Cheick» (cheickhouna) dans son fatawa, pendant qu’il réservait le titre «mon Imam» (imamouna) à Ahmad ibn Hanbal. Il citait fréquemment Gilani et son cheick al-Dabbas comme étant parmi les meilleurs Soufis des derniers temps.

 

      Les karamat ou miracles d’`Abd al-Qadir sont trop nombreux pour être énumérés. L’un d’eux consiste au don de guider qui était manifeste dans son parlé et à travers lequel plusieurs milliers entrèrent dans Islam ou se repentirent. Al-Chattanawfi dans Bahjat al-asrar mentionne plusieurs de ses miracles, donnant à chaque fois une chaîne de transmission. Ibn Taymiyya prit ces rapports pour satisfaire les critères d’authenticité, mais son élève al-Dhahabi, même s’il prétendait croire de manière générale aux miracles d’Abd al-Qadir, mécroit, malgré tout, à plusieurs d’entre eux. Nous avons déjà vu ce trait de caractère d’al-Dhahabi dans son doute au sujet du solide rapport et de l’admiration de l’Imam Ahmad pour al-Mouhassibi. Voici ses dires au sujet de Gilani dans Siyar a`lam al-noubala´:

 

[#893] al-cheick `Abd al-Qadir (Al-Jilani): Le cheick, l’imam, le savant, le zahid, le connaisseur, l’exemplaire, Cheick Al-Islam, le distingué parmi les Awliya… le Hanbali, le cheick de Bagdad… Je dis: Il n’y en a aucun parmi les grands cheicks qui a plus d’états spirituels et de miracles (karamat) que Cheick `Abd al-Qadir, mais beaucoup de ces miracles ne sont pas vrais et certaines de ces choses sont impossibles.[170]

 

Voici le récit suivant de la première rencontre de Gilani avec al-Hamadani et rapporté par Haytami dans son Fatawa hadithiyya:

 

Abou Sa`id `Abd Allah ibn Abi `Asroun (d.585), l’Imam de l’école Chafi`i, dit: «Lorsque je commençai à chercher la connaissance religieuse, je restais en compagnie de mon ami Ibn al-Saqa qui était un élève de l’école Nizamiyya, et il était de notre habitude de rendre visite aux pieux. Nous avons appris qu’il y avait à Bagdad un homme du nom de Youssouf al-Hamadani qui était connu comme al-Ghawth, et qu’il était capable d’apparaître et de disparaître toutes les fois qu’il le voulait. Ainsi, donc je décidai de lui rendre visite avec Ibn al-Saqa et Cheick `Abd al-Qadir al-Gilani, qui était jeune en ce temps-là. Ibn al-Saqa dit, «Lorsque nous visiterons Youssouf al-Hamadani, je lui poserai une question dont il ne connaîtra pas la réponse.» Je dis: «Je vais lui poser aussi une question et je veux voir ce qu’il va dire.» Cheick `Abd al-Qadir al-Gilani dit: «O Allah, épargne-moi de questionner un saint comme Youssouf al-Hamadani, mais j’irai en sa présence pour solliciter sa baraka – bénédiction – et sa connaissance divine.»

 

      «Nous entrions dans son cercle d’étude. Il se rendit invisible et nous n’arrivions pas à le voir pendant un certain temps. Il regarda sévèrement Ibn al-Saqa et dit: «O Ibn al-Saqa, comment oses-tu me poser une question alors que ton intention est de me confondre? Ta question est celle-ci et ta réponse est celle-là!» Ensuite il dit: «Je vois le feu de la mécréance brûlé dans ton cœur.» Il me regarda et dit, «O `Abd Allah, es-tu en train de me poser une question et attendre ma réponse? Ta question est celle-ci et ta réponse celle-là. Les gens sont mécontents de toi parce que leur attention est distraite par ton manque de respect à mon égard.» Ensuite il regarda Cheick `Abd al-Qadir al-Gilani, le fit asseoir près de lui et l’honora. Il dit: «O `Abd al-Qadir, tu as satisfait Allah et Son Prophète par ton respect pour moi. Je te vois assis dans le futur à la plus haute place à Bagdad, prêchant, enseignant aux gens et leur disant que tes pieds sont sur le cou de chaque wali! Et, je vois, chaque wali de ton temps te donner la préséance à cause de ton rang et ton honneur.»

 

      Ibn Abi `Asroun continue, «La renommée d’Abd al-Qadir devint très populaire et tout ce que Cheick al-Hamadani avait dit à son sujet arriva. Il fut un temps où il dit, «Mes pieds sont sur le cou de tous les awliya,» et il fut une référence et un flambeau en son temps, illuminant les gens jusqu’à leur destination.

 

      Le sort d’Ibn al-Saqah fut autre chose. Il était brillant dans sa connaissance de la loi divine. Il devançait tous les savants de son temps. Il avait l’habitude de débattre avec les savants de son temps et les vaincre, jusqu’à ce que  le caliphe l’admit dans son cercle. Un jour le calife l’envoya comme émissaire chez le Roi de Byzance, qui à son tour fit appel à tous ses prêtres et savants de la religion Chrétienne pour débattre avec lui. Ibn al-Saqa les vaincu tous. Ils furent incapables de donner des réponses en sa présence. Il leur donna des réponses qui les rendirent comme des enfants et de simples élèves en sa présence.

 

      Sa brillance fascina tellement le Roi de Byzance qu’il l’invita à une rencontre privée avec la famille royale. A cette rencontre, il vit la fille du Roi. Il tomba immédiatement amoureux d’elle, et il demanda au Roi la permission de l’épouser. Elle refusa à moins  qu’il accepta sa religion. Il accepta, abandonnant ainsi l’Islam et acceptant la religion Chrétienne de la princesse. Après son mariage, il tomba sérieusement malade. Ils le chassèrent du palais. Il devint un mendiant dans la ville, quémandant de la nourriture, mais personne ne lui en fournissait. L’obscurantisme s’abattit sur son visage.

 

      Un jour, il vit quelqu’un qu’il connaissait. Cette personne rapporte: «je lui demandai, qu’est-ce qui t’es arrivé?» Il répondit: «Il y avait une tentation et j’y suis tombé.» L’homme lui demanda: «Te souviens-tu de quelque chose du Coran?» Il répondit: «Je me souviens seulement de roubbana yawaddu al-ladhina kafarou law kanou muslimin…«Encore ceux qui mécroient voudraient avoir été Musulmans» (15:2).

 

      Il tremblait comme s’il allait rendre son dernier souffle. Je le tournai en direction de la Ka`aba, mais il ne faisait que se tourner en direction de l’est. Encore, je le tournai en direction de la Ka`aba, mais il tourna en direction de l’Est. Je le tournai pour une troisième fois en direction de la Ka`aba, mais il se retourna en direction de l’Est. Comme son âme alors le quittait, il dit: «O Allah; ceci est le résultat de mon manque de respect à Ton saint, Youssouf al-Hamadani.»

 

      Ibn Abi `Asroun continu: «Je parti à Damas et le Roi là-bas, Nour al-Din al-Chahid, m’offrit le contrôle du département des affaires religieuses que j’acceptai. En conséquence, la dunya entra de tous les côtés: provisions, subsistance, l’honneur, l’argent, et une position pour le reste de ma vie. Ceci est ce que le ghawth Youssouf al-Hamadani avait prédit pour moi.»[171]

 

 

Ibn al-Jawzi (d.597)

 

Ce maître de hadiths et historien de l’école Hanbali était un ennemi farouche des innovateurs de son temps.[172] Son Talbis Iblis (L’illusion de Satan) est souvent cité par les “Salafis” pour s’opposer au tassawwouf, mais en réalité il le rédigea seulement contre certains excès qu’il observa dans tous les groupes de la communauté, dont les savants de tous genres y compris les Soufis.

 

      Talbis Iblis est peut-être le seul et le plus important facteur existant exprimant la notion d’hostilité d’Ibn al-Jawzi envers le tassawwouf. En réalité, cette œuvre ne fut pas écrite en guise d’hostilité contre le tssawwouf et les Soufis. C’est une critique de toutes les doctrines et pratiques, peu importe leurs sources, et opposées à tout ce qu’il considérait d’innovations injustifiées dans la Chari`a, où que ce soit dans la communauté Musulmane de son temps. Ce fut écrit contre des pratiques spécifiques innovées de plusieurs groupes, y compris les philosophes (al-moutafalsifa), les théologiens (al-moutakallimoun), les savants de hadiths (`oulama´ al-hadith), les juristes (al-fouqaha´), les prêcheurs (al-wou`az), les philologues (al-nahawiyyoun), les poètes (al-chou`ara´), et certains Soufis. Ce ne fut en aucun cas, une critique des sujets qu’ils étudièrent ou enseignèrent, mais une critique contre des introductions spécifiques d’innovations dans leurs disciplines et champs respectifs.

 

      Ibn al-Jawzi rédigea plusieurs livres de “mérites” (manaqib) au sujet des premiers Soufis dont Manaqib Rabi`a al-`Adawiyya, Manaqib Bishr al-Hafi, et autres. Son Sifat al-safwa (Les manières des élites) un abrégé du Hilyat al-awliya´ (L’ornement des saints) d’Abou Nou`aym, et son Minhaj al-qassidin wa moufid al -sadiqin (La voie des voyageurs vers Allah et le dirigeant à la vérité) sont considérés comme des piliers dans le champ du tassawwouf. Il fut encouragé à écrire le dernier livre à cause du succès du Ihya´ `ouloum al-din de Ghazali, et en vérité le Minhaj adopte en majorité la méthodologie et le language du Ihya´ en addition au fait qu’il traite du même sujet, l’auto-purification et les éthiques personnelles.

 

      Le Minhaj fut résumé en un volume par Najm al-Din Abou al-`Abbas Ahmad ibn Qoudama (d.742). Voici certains de ses titres de chapitres et extraits les plus illustratifs de l’influence de Ghazali sur Ibn al-Jawzi et l’adoption des terminologies Soufies de ce dernier:

 

·        Fasl `ilm alwal al-qalb (Section sur les sciences des états du cœur)

 

·        Fasl fi qaqa’iq al-adab al-batina wa al-ishara ila adab al-hajj (Section sur les éthiques des secrets du Pèlerinage)

 

·        Kitab riyad al-nafs wa tahdhib al-khoulouq wa mou`alajat amrad al-qalb (Le livre du dressage de l’égo, l’éducation du caractère et le traitement des maladies du cœur)

 

·        Fasl fi fa’idat shahawat al-nafs (La section sur le bénéfice de l’appétit de l’égo)

 

·        Bayan al-riya´ al-ladhi houwa akhfa min dabib al-naml (L’exposition de l’ostentation cachée qui est plus sournois que le bruit des pas d’une fourmi)

·        Fasl fi bayan ma youhbitou al-`amal min al-riya' wa ma la youhbit (La section de l’exhibition de l’ostentation qui annule les actions de l’un et l’ostentation qui n’en fait pas)

 

·        Fasl fi dawa' al-riya' wa tariqatou mou`alajat al-qalbi fih (La section sur les remèdes  de l’ostentation et la voie du traitement du cœur et de ses maux)

 

·        Kitab al-mahabba wa al-chawqi wa al-ounsi wa la-rida (Le livre de l’amour, le désir passionné, la familiarité et le bon plaisir)

 

·        Fasl fi bayan mi`na al-shawq ila allahi ta`ala (La section définissant le sens de l’amour passionné pour Allah)

 

·        Bab fi al-mouhassaba wa al-mouraqaba (Chapitre sur l’auto-méditation et la vigilance) 

                  

- al-maqam al-awwal: al-moucharata

         (Le premier niveau: l’engagement)

 

- al-maqam al-thani: al-mouraqaba

          (Le deuxième niveau: la vigilance)

 

- al-maqam al-thalith: al-mouhassaba ba`da al-`amal

          (Le troisième niveau: l’auto-jugement après une              action)

 

- al-maqam-al-rabi`: mou`aqabat al-nafs `ala taqsiriha

          (Le quatrième niveau: réprimander l’égo pour  ses défauts)

 

- al-maqam al-khamis: al-moujahada

          (Le cinquième niveau: la lutte)

 

- al-maqam al-sadis: fi mou`atabat al-nafs wa tawbikhiha     

          (Le sixième niveau: réprimander et critiquer sévèrement l’égo)

 

Abou Bakr al-Siddiq dit: «Quiconque haï son égo pour la cause d’Allah, Allah le protégera contre ce qu’Il haï.»

 

Anas dit: ``J’entendis `Oumar dire, un jour, qu’ il était seul derrière un mur: «Bakh, bakh! Bravo, bien fait, O mon égo! Par Allah, tu es mieux d’avoir peur d’Allah; O petit enfant de Khattab, autrement je te punirai!»

 

Al-Bakhtari ibn Haritha dit: «Je vis l’un des adorateurs assis devant un feu qu’il avait allumé et il punissait son égo; et il ne cessa de le punir jusqu’à ce qu’il mourru.»

 

L’un d’entre eux dit: «Lorsque les saints sont mentionnés, je me dis: Mépris à toi O mon nafs et mépris à toi encore O mon nafs.»

 

Sache que ton pire ennemi est ton égo qui réside entre tes deux flancs. Il a été créé comme un tyran ordonnant, et te poussant toujours vers le mal, on t’a ordonné de le dresser, le purifier (tazkiyat), le sevrer de ce qu’il se nourri, le trainer en chaîne, le soumettre à l’adoration de son Seigneur.[173]

 

 

Imam Fakr al-Din Razi (d.606)

 

«Un savant Chafi`i de génie et un Imam moujtahid en doctrine de la foi, il fut parmi les figures les plus en vue de son temps dans la maîtrise de la logique et les sciences traditionelles Islamiques, et il préserva la religion d’Ahl al-Sunna de la déviation des Mou`tazilites, des Chïites, des Anthropomorphistes et autres sectes aberrantes de son temps.»

 

Il rédigea dans son I`tiqadat firaq al-mouslimim wa al-mouchrikin:

 

Le sommaire de ce que disent les Soufis c’est que la voie de la connaissance d’Allah est l’auto-purification et la renonciation à l’attachement matériel, et ceci est une excellente voie… Les Soufis sont un groupe qui travaille avec réflection sur le détachement du soi et des pièges de la vie matérielle. Ils luttent afin que leurs cœurs soient uniquement occupés avec le souvenir d’Allah dans toutes leurs besognes et actions, et ils sont caractérisés par la perfection de leurs manières dans les relations avec Allah. En vérité ce sont les meilleurs de toutes les races des êtres humains.[174]

 

 

Abou al-Hassan al-Chadhili (d.656)

 

L’un des grands saints de la Communauté, dit au sujet du tassawwouf:

 

Celui qui meurt sans être entré dans cette connaissance qui est la nôtre meurt en insistant sur ses péchés graves (kaba'ir) sans le réaliser.[175]

 

 

Soultan al-`Oulama' al-`Izz ibn `Abd al-Salam al-Soulami (d.660)

 

Son surnom est «Le Sultan des Savants.» Le Cheick al-Islam de son temps, il étudia le hadith sous le hafiz al-Qassim ibn `Ali ibn `Assakir al-Dimachqi, et le tassawwouf sous le cheick al-Islam Chafi`i Chihab al-Din al-Souhrawardi (539-632), lequel al-Dhahabi appelle: «Le cheick, l’imam, le savant, le zahid, le connaisseur, le mouhaddith, le Cheick al-Islam, le hors pair des Soufis…»[176] Il étudia aussi sous Abou al-Hassan al-Chadhili (d.656) et son disciple al-Moursi. L’auteur de Miftah al-sa`ada et al-Soubki dans son Tabaqat rapportent qu’al-`Izz disait à chaque fois qu’il entendait al-Chadhili et al-Mourssali parler: «Ceci est le genre de discours qui vient fraîchement d’Allah.»[177]

 

      Dans ses deux volumes Qawa`id al-ahkam fi massalih al-anam sur ousoul al-fiqh il mentionne que les Soufis sont ceux au sujet desquels Allah dit: «Le parti d’Allah» (5:56, 58:22), il définit le tassawwouf comme «l’amélioration des cœurs à travers lesquels la santé des corps est saine et à travers lesquels les maladies des corps sont des maux.» Il considéra la connaissance des règles légales externes comme une connaissance de la Loi dans ses généralités, tandis que la connaissance des matières internes est une connaissance de la Loi dans ses détails les plus fins.[178]

 

      Parmi ses livres sur le tassawwouf il y a:

 

·        Charjarat al-ma`arif wa al-ahwal wa salih al-aqwal wa al-a`mal (L’arbre des sciences gnostiques, états, déclarations pieuses et actions) s’étendant sur vingt chapitres dont les septs derniers sont consacrés aux branches variées de l’ihsan dans la religion du croyant;

 

·        Moukhtassar ri`ayat al’Mouhassibi, un abrégé du livre d’al-Mouhassibi sur l’Observance des droits d’Allah;

 

·        Massa'il al-tariqa fi `ilm al-haqiqa (Questions sur la voie Soufie concernant la connaissance de la Réalité) dans lequel al-`Izz répond à soixante questions au sujet du tassawwouf;

 

·        Rissala fi al-qutb wa al-abdal al-arba`in (Traité sur le Pôle des saints et les quarantes successeurs);

 

·        Fawa'id al-balwa wa al-mihan (Les bénéfices des épreuves et des afflictions);

·        Nihayat al-roughba fi adab al-souhba (L’obtention des vœux dans l’étiquette de la compagnie).

 

      Malgré sa rigueur en toute matière, il est très connu pour son acceptation de la sama` ou les récitals poétiques, les mouvements du corps et la danse[179] associés avec des transes et autres états d’extase au cours du dhikr. L’Imam Ahmad rapporta dans son Mousnad:

 

`Ali dit: Je visitai le Prophète avec Ja`far (ibn Abi Talib et Zayd (ibn Haritha). Le Prophète dit à Zayd: «Tu es mon homme affranchi» (anta mawlay), à la suite duquel Zayd commença à sautiller sur son pied autour du Prophète (hajala). Le Prophète dit ensuite à Ja`far: «Tu me ressembles dans ma création et dans mes manières» (anta achbahta khalqi wa khoulouqi), à la suite duquel Ja`far commença à sautiller derrière Zayd. Le Prophète me dit ensuite: «Tu fais parti de moi et je fais parti de toi» (anta minni wa ana minka)   je commençai à sautiller derrière Ja`far.[180]

 

      Cheick al-Islam Ibn Hajar al-Haytami mentionne que certains savants ont déduit à partir de cette évidence la permissibilité de danser (al-raqs) à l’écoute d’un récital qui élève l’esprit.[181] al-Yafi`i est en accord avec lui dans Mir'at al-jinan.[182] Les deux mentionnent al-'Izz ibn `Abd al-Salam comme l’exemple parfait de tel savants dans la mesure où il est authentiquement rapporté que lui-même «prit part au sama`et dansa en état d’extase» (kana yahdourou al-sama` wa yarqoussou wa yatawajadou), comme cela est confirmé par Ibn al-`Imad sur l’autorité d’al-Dhahabi, Ibn Chakir al-Koutabi, al-Yafi`i, al-Nabahani et Abou al-Sa`adat.[183]

 

      Cette permissibilité d’un type de danse de la part des Imams et des maîtres de hadiths exclu l’interdiction du sama` sur une base générale, aussi bien que la danse qui accompagne la sama`, sans égard aux réserves d’Ibn Taymiyya à ce sujet. Dans le langage des «Salafis» d’aujourd’hui, cela devient un interdit nul et non avenue.

 

      Quant aux cas particuliers où la danse peut être interdite, il s’agit là des genres mondains de danse efféminée qui n’a rien avoir avec l’extase du sama` et du dhikr. Al-`Izz ibn `Abd al-Salam différencia les deux types dans ses Fatwas:

 

Danser est une bid`a ou une innovation qui n’est approuvé que par celui qui a une carence dans l’esprit. Elle n’est convenable que pour les femmes. En ce qui concerne l’écoute de la poésie (sama') qui excite vers les états de la pureté (ahwal saniyya), qui rappelle l’au-delà: il n’y a rien de mal en cela, au contraire cela est recommandé (bal youndabou ilayh) pour les cœurs tièdes et endurcis. Cependant, celui qui dissimule des idées malsaines en son cœur il ne lui est pas permis de prendre part au sama', car le sama' excite tout désir déjà présent dans le cœur, le désirable et le détestable.[184]

 

Il dit aussi dans son Qawa `d al-ahkam:

 

Danser et applaudir sont une mauvaise manifestation ressemblant à celle des femmes que personne ne tolère sauf les hommes frivoles et les menteurs… quiconque comprend la grandeur d’Allah ne peut s’imaginer en train d’applaudir et de danser car ces actes ne sont performés que par l’ignorant grossier, non par ceux qui ont un mérite et une intelligence et la preuve de leur ignorance est que la Chari`a n’a cité aucune preuve de ces actions dans le Coran et la Sunna, et aucun des Prophètes et leurs illustres compagnons ne le firent.[185]

 

al-`Izz sur la Supériorité du Rang des awliya' Sur Celui des `oulama

 

Al-`Izz ibn `Abd al-Salam fut questionné dans sa Fatwa au sujet de la validité des déclarations de Qouchayri et Ghazali ¨que le plus haut niveau parmi les serviteurs d’Allah après les Messagers et Prophètes est celui des saints (awliya'), suivi de celui des savants (`oulama'). Il répondit:

 

Concernant la priorité des connaisseurs d’Allah sur les connaisseurs des lois d’Allah, les dires des maîtres Qouchayri et Abou Hamid (al-Ghazali) sont confirmés. Aucune personne, dotée de sens, ne doute que les connaisseurs d’Allah… non seulement sont les meilleurs que les connaisseurs des lois d’Allah, mais sont aussi meilleurs que ceux qui connaissent les branches et les racines de la religion, parce que le rang d’une science est selon ses buts immédiats… La plupart du temps les savants sont voilés par leur connaissance qu’ils ont d’Allah et de Ses attributs, autrement dit,  ils seraient parmi les gnostiques dont la connaissance est continue, comme cela convient à la demande de la vraie vertu. Et, comment les gnostiques et les juristes puissent être les mêmes quand Allah dit: «Le plus noble parmi vous, auprès d’Allah est le plus pieux» (49:13)?.. et par les «savants» (`oulama´) quand Il dit «Parmi Ses serviteurs, seuls les savants craignent Allah» (35:28), Il fait cas de ceux qui Le connaissent, de même que Ses attributs, et Ses actions, et non ceux qui connaissent Ses lois… Un signe de la supériorité des gnostiques par rapport aux juristes est qu’Allah fait des miracles aux mains des premiers, mais jamais aux mains du deuxième groupe, à l’exception de ceux qui entrent dans la voie des gnostiques et acquièrent leurs caractéristiques.[186]

 

      Ce ne fut pas nécessaire qu’al-`Izz introduise les savants de hadiths dans la mesure où ceux-ci sont considérés d’un niveau inférieur aux savants de fiqh et sont par conséquent inclus avec eux en-dessous des saints. Ibn Abi Zayd al-Maliki rapporte Soufyan ibn `Ouyayan disant: «L’hadith conduit à l’égarement sauf les fouqaha´,» et le compagnon de Malik, Ibn Wahb dit: «Tout maître de hadith qui n’a pas d’Imam en fiqh est égaré (dall). Si Allah ne nous avait pas sauvé avec Malik et al-Layth, nous aurions été égarés.»[187] Nous avons déjà mentionné l’avertissement de l’Imam Malik ¨ que la religion ne consiste pas en la narration de quantité de hadiths mais plutôt en la lumière qui prend siège dans la poitrine.

 

 

Imam Nawawi (d.676)

 

L’un des grands savants Soufis, le plus stricte des maîtres de hadiths des temps derniers et le plus méticuleux des juristes, Cheick al-Islam Mouhyiddin Yahya ibn Charaf al-Nawawi est avec al-Rafi`i les principales références de l’école Chafi`i des   derniers temps. Ses livres restent toujours d’autorité dans la méthodologie de la loi, dans le commentaire du Coran et dans le hadith. Son commentaire de sahih Mouslim est en deuxième position après celui d’Ibn Hajar sur sahih Boukhari. Allah donna à sa fameuse compilation de Quarante Hadiths probablement plus de renommée et d’audience que tout autre livre de haditha, qu’il soit volumineux et petit, et permis à Nawawi d’être d’un immense bénéfice à la Communauté Islamique.

 

      Nawawi était considéré un Soufi et un saint, comme cela est évident par les titres de quelques uns de ses travaux et celui de la biographie de Sakhawi intitulé Tarjamat cheick al-islam, qoutb al-awliya' al-kiram, faqih al-anam, mouhyi al-Din al-Nawawi (La biographie du Cheick de l’Islam, le Pôle des Nobles Saints, le Juriste de l’humanité, le Revivicateur de la Sunna et le Défenseur contre les innovations… al-Nawawi.

 

      Nawawi écrit dans son petit ouvrage intitulé al-Maqassid fi al-tawhid wa al-`ibada wa ousoul al-tassawwouf (Les buts de l’unicité, l’adoration et les fondations de l’auto-purification):

 

Les spécifications de la Voie des Soufis sont de cinq:

1.      garder la Présence d’Allah en son cœur en public comme en privée;

2.      pratiquer la Sunna du Prophète dans l’action comme dans le parlé;

3.      se retirer des gens et ne pas avoir recours à eux;

4.      être satisfait avec ce qu’Allah te donne même si cela est peu;

5.      avoir toujours recours à Allah pour tous ses problèmes.[188]

 

      Il rendit l’âme avant qu’il ne puisse finir son Boustan al-arifin fi al-zouhd wa al-tassawwouf (Le jardin des gnostiques dans l’ascétisme et l’auto-purification), qui est une collection précieuse des dires des premières et dernières générations des maîtres de tassawwouf élaborant sur quelques points de l’auto-purification. En voici quelques extraits:

 

Al-Chafi`i (qu’Allah lui accorde Sa Miséricorde) dit: «Seul le sincère (moukhlis) connait ce qu’est l’hypocrisie (riya').» Ceci signifie qu’il est impossible de connaitre la réalité de l’hypocrisie et voir ses aspects cachés sauf pour celui qui cherche de manière résolue la sincérité (arada). Celui-ci, lutte pendant une longue période, cherchant, méditant et examinant profondément en lui-même jusqu’à ce qu’il sache ou connaisse quelque chose au sujet de ce qu’est l’hypocrisie. Cela n’arrive pas à tout le monde. En vérité, ceci arrive seulement aux élites (al-khawass). Mais pour un individu donné, affirmer qu’il connait ce qu’est l’hypocrisie est signe d’ignorance de sa part.

 

      Je mentionnerai, dans ce livre, un chapitre par la volonté d’Allah, dans lequel tu verras un type de merveille qui rafraîchira tes yeux. Pour illustrer l’étendue de la dissimulation de l’hypocrisie, nous avons seulement besoin de rapporter le récit suivant de la part du Professeur et Imam Abou al-Qassim al-Qouchayri, qu’Allah répande Sa miséricorde sur lui, extrait de sa Rissala avec notre isnad mentionné auparavant.

 

      Il dit: «j’entendis Mouhammad ibn al-Houssayn dire: J’entendis Ahmad ibn Ali Jafar dire: J’entendis al-Hassan ibn Alawiyya dire: Abou Yazid [al-Bistami], qu’Allah soit satisfait de lui, dit: J’étais pendant douze années le forgeron de mon égo (haddadou nafsi), puis pendant cinq années je devint le miroir de mon cœur (mir'atou qalbi), puis pendant une année je regardai ce qui reposa entre les deux, et je vis autour de moi une ceinture visible [c’est-à-dire de koufr = signe vestimentaire d’un sujet non-musulman d’un état Islamique]. Alors, j’ai luttai pendant douze années pour la couper et je la vis encore, et je la vis cachée autour de moi. Ensuite, je m’attelai pendant cinq années à voir comment la couper. Alors, je fus dévoilé    (kouchifa li) et lorsque je regardai la création, je vis qu’ils étaient tous morts. Je récitai alors la prière funèbre sur eux.»

 

      Je dis: Cette hypocrisie étant aussi énigmatique que les maîtres de cette voie [c’est-à-dire le tassawwouf] qui n’ont pas d’égal montre combien de fois il reste dissimulé. Sa phrase: «Je les vis tous morta» est le sommet de la valeur, de la beauté et la rareté autre que les mots du Prophète, la Paix et la Bénédiction d’Allah sur lui, regorge d’une telle richesse en significations. Je toucherai brièvement à ces significations. Le sens est qu’après qu’il ait lutté longtemps et difficilement et que son égo ait été discipliné et son cœur illuminé, et lorsqu’il eu conquis son égo et soumis et  achevé une complète maîtrise sur lui et qu’il l’a totalement assujeti à lui, à ce moment,   il regarda toutes les créatures et trouva qu’elles étaient toutes mortes et sans pouvoir:

 

elles ne peuvent faire du tort ni être bénéfiques

elles ne peuvent donner ni retirer

elles ne peuvent donner ni la vie ni la mort

elles ne peuvent communiquer ni trancher

elles ne peuvent transmettre ni oter

elles ne peuvent rendre heureux ni rendre triste

elles ne peuvent accorder ni dépriver

elles ne possèdent pour elle-même ni bénéfice, ni tort, ni mort, ni vie, ni résurrection.

 

      Ceci, donne les caractéristiques de la mort aux êtres humains: ils sont considérés morta dans toutes les conditions ci-dessus mentionnées, ils ne sont ni craints ni suppliés, ce qu’ils possèdent n’est pas convoité, ils ne sont ni attrayants ni flatteurs, personne ne leur donne une attention, ils ne sont pas enviés ni dénigrés, leurs défauts ne sont pas mentionnés ni leurs fautes poursuivies et exposées, personne n’est jaloux d’eux ni ne pense aux faveurs qu’ils ont reçues d’Allah, et ils sont pardonnés pour leurs erreurs, quoique les punitions légales leur sont appliquées selon la Loi. Mais, ’application d’une telle punition n’exclue pas ce que nous avons mentionné auparavant, ni elle exclue notre effort de couvrir leurs erreurs sans au moins les dissuader.

 

      Voici comment les morts sont vus. Et si quelqu’un mentionne les êtres humains de manière déshonorable nous lui interdisons de sonder ce sujet de la même manière que nous l’aurions fait s’il devait examiner un mort. Nous ne faisons rien pour leur intérêt nous les Lui laissons. Et, nous ne nous arrêtons plus à exécuter un acte d’obéissance envers Allah à leur sujet que nous le faisons au sujet d’un mort, et nous ne les louons pas. Et, nous n’aimons pas non plus leurs louanges à notre égard ni haïssons leurs insultes, et nous ne leur rendons pas la pareille.

 

 

      En résumé, ils sont comme s’ils n’existaient pas  . Ils sont sous la complète attention et juridiction d’Allah. Quiconque a des rapports avec eux de cette manière, a combiné le bien de l ‘autre monde et celui d’ici-bas. Puisse Allah Le Généreux nous donner le succès dans cet l’achèvement. Ces quelques mots sont suffisants pour expliquer les dires d’Abou Yazid al-Bistami, qu’Allah soit satisfait avec lui.[189]

 

 

al-`Izz b. `Abd al-Salam b. Ahmad b. `Anim al-Maqdissi (d.678)

 

Nous mentionons ce wa`iz (prêcheur) parce qu’il a été souvent confondu avec Izz al-Din ibn Abd al-Salam al-Soulami, et ses brèves œuvres sur le tassawwouf sont attribuées par erreur à ce dernier. Dans cet ouvrage intitulé différentes façons : Hall al-roumouz wa mafatih al-koumouz et Zabad khoulasat al-tassawwouf, al-Maqdissi divise les niveaux du soulouk ou voies spirituelles en trois voies qui correspendent à la définition du Prophète au sujet de la Religion dans le hadith de Jibril:

 

L’Islam est le premier des niveaux de la Religion, caractérisant le commun des croyants;

L’Imam est le premier pas de l’échelle du cœur, et il caractérise l’élite des croyants;

L’Ihsan est le premier pas de l’échelle de l’esprit, et il caractérise l’élite de ceux qui sont rapprochés.[190]

 

Ibn Taymiyya (d.728)

 

Ses admirateurs citent ce juriste et maître de hadiths de l’école Hanbalite comme un ennemi des Soufis, et il est la principale autorité dans la campagne des «Salafis», responsables du climat actuel de fanatisme injustifié et l’encouragement à l’ignorance au sujet du tassawwouf. Pourtant, Ibn Taymiyya était lui-même un Soufi. Cependant, les «Salafis» sont très minutieux à ne jamais présenter le Soufi Ibn Taymiyya, ce qui gênerait sévèrement leur scénario il le présente comme purement un anti-Soufi.

 

      Les discours d’Ibn Taymiyya sur le tassawwouf sont criblés de contradictions et d’ambiguités. On peut dire que quoiqu’il nivella toutes sortes de jugements sur les Soufis, il fut incapable de nier la grandeur du tassawwouf au sujet duquel la Communauté fut longtemps unanime bien avant que lui-même n’apparaisse. En conséquence, il affronta le tassawwouf, questionnant ces Soufis contemporains, et réduisant la primauté des élites des Musulmans à de la banalité, et au même moment il se vante d’être un Soufi Qadiri dans une chaîne directe de succession à Cheick `Abd al-Qadir al-Gilani, comme nous le montrerons dans les lignes qui suivent.

 

      Il doit être clair dans l’esprit des lecteurs que la raison pour laquelle nous citons ces évidences n’est pas que nous considérons Ibn Taymiyya comme une figure représentative du tassawwouf. A notre point de vue, il ne représente ni le tassawwouf ni l’aqida de Ahl al-Sunna. Cependant, nous citons ces points de vues seulement pour démontrer que sa présentation erronée par les Orientalistes et les «Salafis»    comme un ennemi du tassawwouf ne relève pas d’un examen minutieux. Sans tenir compte des opinions d’un groupe ou de l’autre, les faits montrent des évidences claires que Ibn Taymiyya n’avait pas d’autre choix que d’accepter le tassawwouf et ses principes, et que lui-même se réclama être un Soufi, et se para également du manteau (khirqa) de cheick dans l’ordre Soufi Qadiri.

 

Nous avons déjà cité l’admiration d’Ibn Taymiyya pour `Abd al-Qadir Gilani auquel il attribut le titre de mon «Cheick» (cheickhouna) et de mon «maître» (sayyidi)  dans son entière Fatawa. Les inclinations d’Ibn Taymiyya pour les Soufis et sa révérence pour `Abd al-Qadir al-Gilani sont aussi témoignées à travers son commentaire de cent pages sur Foutouh al-ghayb, couvrant seulement cinq des soixante-dix-huit sermons du livre, mais montrant qu’il considéra le tassawwouf essentiel dans la vie de la Communauté Islamique.[191]

 

      Dans son commentaire Ibn Taymiyya met l’accent sur le fait que la primauté de la Chari`a est la tradition de base dans le tassawwouf, et pour supporter ce point il donne une liste de plus d’une douzaine des premiers maîtres, aussi bien que des cheicks contemporains de son temps dont ceux de son école Hanbali, al-Ansari al-Harawi et `Abd al-Qadir al-Gilani, et le cheick de ce dernier, Hammad al-Dabbas:

 

Les élites parmi les pratiquants de cette Voie -- comme la majorité des premiers cheicks (chouyoukh al-salaf) dont Foudayl ibn `Iyad, Ibrahim ibn Adham, Ma`rouf al-Karkhi, al-Sari al-Saqati, al-Jounayd ibn Mouhammad, et autres de la première génération des maîtres, aussi bien que Cheick `Abd al-Qadir, Cheick Hammad, Cheick Abou al-Bayan et autres maîtres qui sont apparus plus tard – n’ont pas permis aux pratiquants de la voie Soufie de se démarquer des interdits et ordres de la législation divine, même si cette personne a volé dans les airs ou a marché sur l’eau.[192]

 

      Quelque part encore, dans son al-rissala al-safadiyya, Ibn Taymiyya défend les Soufis comme ceux qui appartiennent à la voie de la Sunna et la représentent dans leurs enseignements et écrits:

 

Les grands cheicks mentionnés par Abou `Abd al-Rahman al-Soulami dans Tabaqat al-soufiyya, et Abou al-Qassim al-Qouchayri dans al-Rissala, étaient adhérants de l’école d’Ahl al-Sunna wa al-Jama`a et de l’école d’Ahl al-hadith, comme al-Foudayl ibn `Iyad, al-Jounayd ibn Mouhammad, Sahl ibn `Abd Allah al-Toustari, `Amr ibn`Outhman al-Makki, Abou `Abd Allah Mouhammad ibn Khafi al-Chirazi, et autres; et leurs discours étaient fondés sur la Sunna , et ils rédigèrent des livres au sujet de la Sunna.[193]

 

      Dans son traité sur la différence entre les formes permises de la prière et celles innovées, intitulé Rissala al-ibadat al-chariyya wal-farq baynaha wa bayn al-bidiyya, Ibn Taymiyya déclare sans erreur que la voie licite est la voie de «ceux qui suivent la voie Soufie» ou «la voie de l’auto-négation» (zouhd) et ceux qui suivent «ce qui est appelé pauvreté et tassawwouf», c’est-à-dire les fouqara et les Soufis:

 

Le licite c’est ce par quoi on  se rapproche d’Allah. C’est la voie d’Allah. C’est la vertuosité, l’obéissance, les bonnes actions, la charité et la justice. C’est le chemin de ceux qui sont sur la voie Soufie (al-salikin), et la méthode de ceux qui ont l’intention d’atteindre Allah et de L’adorer; c’est celle qu’entreprend quiconque désire Allah et suit la voie de l’auto-négation (zouhd) et les pratiques religieuses, et ce qui est appelé pauvreté, tassawwouf etc…[194]

 

En ce qui concerne l’enseignement d’`Abd al-Qadir sur le fait que le salik ou l’aspirant Soufi doit s’abstenir des désirs permis, Ibn Taymiyya commence par déterminer que l’intention d’`Abd al-Qadir est que ce dernier renonce à ces choses permises qui ne lui sont pas imposées par la loi parce qu’il peut y avoir un danger pour lui. Mais jusqu’à quel point? Si l’Islam est essentiellement apprendre et appliquer les commendements Divins, il doit y avoir un moyen pour celui qui s’efforce sur la voie de déterminer la volonté d’Allah dans chaque situation particulère. Ibn Taymiyya reconnaît que le Coran et la Sunna ne peuvent pas couvrir explicitement tout événement spécifique dans la vie de tout croyant. Encore, si le but de la soumission à la volonté et au désir d’Allah doit être accompli par ceux qui veulent L’atteindre, il doit y avoir une voie pour celui qui y lutte de s’assurer du commendement Divin dans toute sa particularité.

 

      La réponse d’Ibn Taymiyya est d’appliquer le concept légal d’ijtihad à la voie spirituelle, spécifiquement à la notion d’ilham ou inspiration. Dans ses efforts d’unir sa volonté avec celle d’Allah, le vrai Soufi atteind un état où il ne désire rien d’autre que de découvrir la plus belle œuvre, l’action la plus plaisante et la plus aimée d’Allah. Lorsque les données légales extérieures ne peuvent plus le diriger dans ces matières, il peut compter sur les notions d’inspiration (ilham) et de perception intuitive (dhawq) du Soufi:

 

Si le disciple a créativement employé ses efforts aux indications externes de la Char`ia et n’a pas vu la meilleure probabilité concernant une action, il peut être alors inspiré à cause de sa bonne intention combinée à sa peur d’Allah, il peut choisir parmi deux actions laquelle est supérieure à l’autre. Ce genre d’inspiration (ilham) est une indication concernant la vérité. Elle peut même être une forte indication par rapport à une faible analogie, des hadiths faibles, des arguments littéraires faibles (zawahir), et une faible présomption de continuité (istichab) qui sont employées par plusieurs qui fouillent dans les principes, les différences et du fiqh systématisé.[195]

 

      Ibn Taymiyya repose son point de vue sur le principe qu’Allah a mis une disposition naturelle à la vérité au genre humain et lorsque cette disposition est enracinée dans la réalité de la foi et éclairée par l’enseignement Coranique, et que celui qui lutte sur le voie est incapable de déterminer la volonté précise d’Allah dans des cas spécifiques, alors son cœur lui montrera l’action préférée. Une telle inspiration est l’une des preuves importantes qu’il détient dans cette situation. Certainement, il se trompera quelque fois, faussement guidé par son inspiration ou sa perception intuitive de la situation, juste comme le moujtahid quelque fois se trompe. Mais il dit, même quand le moujtahid ou le disciple inspiré lutte dans l’erreur, il est obéissant.

 

      Faire appel à ilham et dhawq n’est pas synonyme de suivre ses propres caprices ou ses préférences personnelles.[196] Dans sa lettre à Nasr al-Manbiji, il qualifie cette intuition de «foi-informée» (al-dhawq alimani). Son point est que, comme dans le commentaire du Foutouh, l’inspiration par expérience est ambigue et a besoin d’être qualifiée et par le critère du Coran et la Sunna. Elle ne peut conduire, selon lui, à la certitude de la vérité, mais ce qu’elle peut c’est de donner au croyant une assise ferme pour choisir la meilleure action dans une situation donnée et l’aider à confirmer sa volonté en des détails spécifiques de sa vie par rapport à celui de son Créateur et de son Commandant.[197]

 

      D’autres travaux qui nous viennent de lui abondent d’ éloges pour les enseignements Soufis. Par exemple, dans son livre al-ihtijaj bi al-qadar, il défend l’accent mis sur l’amour d’Allah par les Soufis et leur volontarisme plutôt que l’approche intellectuelle de la religion comme étant en accord avec les enseignements du Coran, le hadith solide et l’ijma`al-salaf:

 

En ce qui concerne les Soufis, ils affirment l’amour (d’Allah), et ceci est plus évident chez eux que parmi les autres. La base de leur voie est simplement la volonté et l’amour. L’affirmation de l’amour d’Allah est bien connue dans le language de leurs premiers et de leurs maîtres récents, comme cela est affirmé dans le Livre et la Sunna et dans le concensus des Salaf.[198]

 

      Ibn Taymiyya est aussi connu pour ses condamnations d’Ibn `Arabi. Cependant, ce qu’il condamna n’était pas Ibn `Arabi mais un petit livre qu’il écrivit et intitula Fousous al-hikam, qui forme un mince volume. Quant à l’œuvre maîtresse d’Ibn `Arabi, al-Foutouhat al-makkiya (Les révélations divines de Makka), Ibn Taymiyya n’était pas moins un admirateur de ce chef-d’œuvre que toute autre personne en Islam qui l’ai vu, comme il le déclare dans sa lettre à Abou al-Fath Nasr al-Mounayji (d.709) publiée dans le volume intitulé tawhid al-rouboubiyya de son Fatawa:

 

J’étais l’un de ceux, qui auparavant avaient une bonne opinion d’`Ibn Arabi et faisaient ses éloges à cause des bénéfices que j’ai vus dans ses livres, dont: al-Foutouhat, al-Kanh, al-Mouhkam al-marbout, al-Dourra al-fakhira, Matali' al-noujoum, et d’autres travaux de ce genre.[199]

 

      Ibn Taymiyya continue jusqu’à dire qu’il changea ses opinions, non à cause du contenu de ces livres, mais seulement après qu’il eut lu le Foussous.

 

      Nous arrivons maintenant à l’évidence de l’affiliation d’Ibn Taymiyya à la Voie Soufie Qadiri et à sa propre affirmation, comme cela fut rapporté par son disciple Ibn `Abd al-hadi (d.909), qu’il reçu le khirqa Qadiri ou manteau d’autorité d’`Abd al-Qadir al-Gilani à travers une chaîne de trois cheicks. Il n’y personne d’autre que les trois Ibn Qoudamas qui sont parmi les autorités établies dans le fiqh de l’école Hanbali. Cette information fut publiée par George Makdisi dans une série d’articles dans les années 1970.[200]

 

      Dans un manuscrit de Youssouf ibn `Abd al-Hadi al-Hanbali intitulé Bad' al-`ilqa bi labs al-khirqa (Le début de la protection dans le port du manteau Soufi), Ibn Taymiyya est cité dans une généalogie spirituelle Soufie avec d’autres savants Hanbali bien connus. Les liens dans cette généalogie sont les suivantes par ordre descendant:

 

1. `Abd al-Qadir al-Gilani (d.561)

2.a-Abou `Oumar ibn Qoudama (d.607)                    2.b-Mouwaffaq al-Din ibn Qoudama (d.620)

            3. Ibn Abi `Oumar ibn Qoudama (d.682)

      4. Ibn Taymiyya (d.728)

       5. Ibn Qayyim al-Jawziyya (d.751)

            6. Ibn Rajab (d.795)

 

(Abou `Oumar ibn Qoudama et son frère Mouwaffaq al-Din reçurent directement le khirqa d’`Abd al-Qadir lui-même.)

 

      Ibn Taymiyya est ensuite cité pr Ibn Abd al-Hadi comme affirmant son affiliation Soufie à la fois à l’ordre Qadiri et à d’autres ordres:

 

J’ai porté le manteau Soufi d’un certains nombres de cheicks appartenant à divers tariqas (labistou khirqata at-taqqawwouf min tourouqi jamatin min al-chouyoukhi), parmi lesquels le Cheick Abd al-Qadir al-Gilani, dont la tariqa est la plus grande des tariqa bien connues.

 

Plus loin il dit:

 

La plus grande Voie Soufie (ajallou al-tourouq) est celle de mon maître (sayyidi) `Abd al-Qadir al-Gilani, qu’Allah répande Sa miséricorde sur lui.[201]

 

D’autres confirmations viennent d’Ibn Taymiyya lui-même dans l’une de ses œuvres al-Masala at-briziyya:

 

labistou al-khirqa al-moubarakata li al-cheick `Abd al-Qadir wa bayni wa baynahou ithan. Je portai le manteau Soufi béni d’`Abd al-Qadir il y a entre lui et moi deux cheicks.[202]

 

      Ibn Taymiyya affirme ainsi qu’il était un lecteur assidu d’al-Foutouhat al-makkiyya d’Ibn `Arabi; qu’il considère `Abd al-Qadir al-Gilani son cheick – il écrivit même un commentaire sur le Foutouh al-ghayb de ce dernier; et qu’il est de l’ordre Qadiriyya et d’autres ordres Soufis. Que dit-il au sujet du tassawwouf et des Soufis en général?

 

      Dans son essai intitulé al-soufiyya wa al-fouqara' et publié dans le onzième volume (al-tassawwouf) de son majmou`a fatawa Ibn Taymiyya al-Koubra, il déclare:

 

Le mot soufi n’était pas bien connu au cours des premiers trois siècles, mais son usage devint populaire après cette période. Un nombre important de cheicks en parlèrent dont Ahmad ibn Hanbal, Abou Soulayman al-Darani et autres. Il a été rapporté que Soufyan al-Thawri l’utilisa. Certains aussi mentionèrent que Hassan al-Basri en fit usage.[203]

 

      Ibn Taymiyya continue jusqu’à déduire que le tassawwouf origina à Basra parmi les générations qui suivirent les tabi`in, parce qu’il trouva que plusieurs des premiers Soufis originèrent de cette ville tandis qu’il ne trouva aucune de ces évidences ailleurs. Dans ce cas, il commet une erreur en confinant le tassawwouf à une place spécifique, le coupant de ses liens avec le temps du Prophète et ses illustres Compagnons. Ceci est l’une des aberrantes conclusions qui soulève, parmi les «salafis» d’aujourd’hui des questions telles que: «Où dans le Coran et la Sunna le tassawwouf est-il mentionné?» Comme Ibn `Ajiba répondit à ce genre de questions:

 

Le fondateur de la science de tassawwouf est le Prophète lui-même a qui Allah l’enseigna aux moyens de la révélation et l’inspiration.[204]

 

Nous avons par la grâce d’Allah fini avec ce sujet dans notre long exposé sur les preuves du tassawwouf dans les pages précédentes.

 

Ibn Taymiyya continue:

 

Le tassawwouf a des réalités (haqa`iq) et des états d’expériences (ahwal) que les Soufis mentionnent dans leur science… Certains disent que le Soufi est celui qui se purifie de tout ce qui le distrait du souvenir d’Allah et qui devient plein de l’image de l’au-delà à tel point que la valeur de l’or et des pierres sera la même pour lui. D’autres disent que le tassawwouf c’est de sauvegarder les sens précieux et de renoncer à la prétention à la célébrité et à la vanité etc… Ainsi, le sens de soufi fait allusion au sens de siddiq ou celui qui a atteind le niveau complet de véridique, car les meilleurs des êtres humains après les Prophètes sont les siddiqin, comme Allah le mentionna dans le verset suivant:

 

Quiconque obéit à Allah et au Messager, ceux-là seront avec ceux qu’Allah a comblés de Ses bienfaits: les prophètes, les saints véridiques, les martyrs, et les vertueux; ah,  quel bons compagnons que ceux-là! (4:69).

 

      Ils considèrent cependant qu’après les prophètes il n’y a pas plus vertueux que le Soufi, et le Soufi est en réalité, parmi d’autres genres de saints véridiques, seulement un genre de siddiq spécialisé dans l’ascétisme et l’adoration (al-soufi houwa fi al-haqiqa naw`oun min al-siddiqin fahouwa al-siddiq allahi ikhtassa bi al-zouhdi wa al-`ibada). Le Soufi est l’homme vertueux de la voie; juste comme les autres sont appelés les vertueux des oulama et les vertueux des émirs…

 

[Ici Ibn Taymiyya nie la déclaration des Soufis qui représentent les Véridiques après les Prophètes, et il rabaisse leur statut à celui du large groupe des honnêtes serviteurs. Ceci découle de sa première prémisse que le tassawwouf apparu plus tard et que son origine est autre que la Sunna du Prophète. Nous avons déjà mentionné que cette prémisse était fausse. Tous les Soufis considèrent que les transmetteurs de leur connaisance et discipline ne sont nul autre que les Compagnons et leurs Successeurs, qui prirent cette connaissance du Prophète lui- même. Dans ce respect, les Soufis et les illustres Compagnons de même que les Successeurs ne sont pas différents en essence, quoiqu’ils soient différents en noms, la préseance est donnée aux Compagnons et aux Successeurs selon le hadith du Prophète.

 

      Ensuite Ibn Taymiyya sépare arbitrairement les Soufis et les savants en deux groupes discrets apparents, nous avons vu que les Soufis étaient de grands savants, et plusieurs grands savants étaient des Soufis. Al-Jounayd anticipa cette injuste distinction dans sa fameuse déclaration: «Cette connaissance qui est la nôtre est basée sur le Coran et la Sunna.» Ensuite, faisant allusion à cette erreur dans son Tabaqat al-Koubra, Cha`rani cite al-Jounayd et pousuit:

 

¨Chaque vrai Soufi est un savant de la Loi Sacrée, quoique l’inverse n’est pas nécessairement vrai.[205]¨

 

Certains critiquèrent les Soufis et le tassawwouf en les taxant d’innovateurs et d’être en dehors de la Sunna… mais la vérité est qu’ils exercent l’ijtihad dans l’obéissance d’Allah comme ont fait d’autres gens qui sont obéissants à Allah. Ainsi, parmi eux vous trouverez le Plus En Vue dans la Proximité (al-sabiq al-mouqarrab) par vertu de son effort, pendant que certains d’entre eux sont des Gens de la Droite… et parmi ceux se réclamant d’être affiliés à eux, sont ceux qui sont injustes envers eux-mêmes, se rebellant contre leur Seigneur. Ceux- là sont les sectes des innovateurs et des libres penseurs (zindiq) qui prétendent être affiliés aux Soufis mais dans l’opinion des véritable Soufis, ils n’y appartiennent pas, par exemple al-Hallaj.

 

[Ici la citation innappropriée d’al-Hallaj par Ibn Taymiyya est plus figurative de sa propre mauvaise compréhension du tassawwouf qui illustre ce à quoi il veut aboutir. En réalité, comme `Abd al-Qahir al-Baghdadi dit au sujet d’al-Hallaj, «son cas parmi les Soufis n’est pas clair quoique Ibn `Ata' Allah, Ibn Khafif, et Abou al-Qassim al-Nassir Abadi l’approuvent.»[206] Encore, nous avons déjà dit que plusieus grands savants de l’école d’Ibn Taymiyya lui-même ont rejeté les charges établies contre al-Hallaj, et le considèrent comme un saint, dont Ibn `Aqil et Ibn Qoudama. Ibn Taymiyya peut-il ne pas être conscient de toutes ces positions qui invalident son point de vue, ou cela est-il purement signe d’ignorance?]

 

Le tassawwouf a ses branches et diversités; et les Soufis sont connus sous trois groupes:

 

1-   Soufiyyat al-haqaiq: Les Soufis des Réalités; ce sont les vrais Soufis que nous avons mentionnés dans les paragraphes précédents;

2-   Soufiyyat al-arzaq: Les Soufis professionnels qui vivent des dons religieux ,des auberges et des écoles Soufis; et il n’est pas nécessaire pour eux d’être parmi les gens des vraies réalités dans la mesure où cela est une chose très rare…

3-   Soufiyyat al-rasm: les Soufis par apparence seulement, qui sont préoccupés à endosser le nom et la tenue vestimentaire etc[207]

 

 

Ibn Taymiyya au sujet de fana' et chatahat

 

Au sujet de fana' – un terme utilisé par les Soufis signifiant littérairement extinction ou l’auto-extinction – et le chatahat ou les déclarations éclatantes des Soufis, Ibn Taymiyya dit:

 

Cet état d’amour caractérise plusieurs des Gens amoureux d’Allah et les Gens de la Recherche (Ahl al-irada). Un homme s’évanouit dans l’objet de son amour – Allah – à travers l’intensité de son amour. Il se souviendra d’Allah et non de lui-même, invoquera Allah et lui-même, prendra Allah à témoin et non lui-même, existe en Allah et non en lui-même. Lorsqu’il atteind cet état, il ne ressent plus sa propre existence. Ceci est la raison pour laquelle il peut dire dans cet état: ana al-haqq (Je suis la Vérité), ou soubhani (Gloire à moi!), et mafi al-joubba illa Allah (Il n’y rien dans ce manteau sauf Allah, parce  ivre dans l’amour d’Allah, ceci est un plaisir et une joie qu’il ne peut contrôler…)

 

      Ce phénomène est en lui-même à la fois vérité et mensonge. Mais lorsque quelqu’un entre dans un état d’amour extatique (`ichq) pour Allah, il atteindra un état d’absence d’esprit, et lorsqu’il est dans un tel état, il ne verra pas comment il accepte le concept d’ittihad (l’union avec Allah). Je ne considère pas cela comme un péché parce que cette personne est innocente et nul ne peut la punir parce qu’elle n’a pas conscience de ce qu’elle fait. Le calame ne condamne pas l’incensé sauf lorsque son esprit est en place (et commet le même acte). Cependant, lorsqu’il est dans cet état et commet une erreur, il tombe sous la protection d’Allah:

 

O notre Seigneur, ne nous punit pas pour des fautes commises par oubli ou par erreur (2:286), Il n’y pas de blâme sur vous si vous commettez une erreur de manière involontaire.[208]

 

      Il y a une histoire de deux hommes dont l’amour mutuel était très intense. Un jour, lorsque l’un des deux tomba dans la mer, l’autre aussitôt se jeta derrière lui. Le premier demanda au second: «Qu’est-ce qui t’a emmené à te trouver ici?» Le second répondit: «J’ai disparu en toi et je ne me voyais plus. Je pensais que tu étais moi et que j’étais toi»… Alors, aussi longtemps que l’un n’est pas îvre de quelque chose qui est interdit, son action est acceptée, mais s’il est ivre de quelque chose d’interdit (c’est-à-dire l’intention était mauvaise) alors il n’est pas excusé.[209]

 

      Les pages ci-dessus montrent la grande familiarité d’Ibn Taymiyya avec les lignes générales du tassawwouf. Une telle connaissance faisait part de l’éducation complète de quiconque à cette époque et celui qui le précéda qui prétendait au savoir. Cette connaissance ne constituait pas quelque chose d’extérieur ou d’étranger au grand corpus des sciences Islamiques. Et toujours, similairement dans son cas dans le `aqida que nous avons dénoué dans les pages précédentes[210], que la mauvaise compréhension du tassawwouf par Ibn Taymiyya l’emporta massivement sur sa compréhension. Ce point fut illuminé avec une précision quasi-chirurgicale par le grand Imam Soufi Cheick Ibn `Ata' Allah dans le débat qu’il eut avec Ibn Taymiyya dans la mosquée d’al-Azhar au Caire.    

 

 


 

Le Débat Entre

Ibn Ata Allah al-Iskandari et Ibn Taymiyya

 

 

L’un des grands Imams Soufis qui fut aussi connu comme un mouhaddith, un prêcheur, un juriste Maliki, Abou al-Fadl Ibn `Ata' Allah al-Iskandari (d.709) est l’auteur d’al-Hikam (Aphorisme), Miftah al-falah, (La clef au succès), al-Qousd al-moujarrad fi ma`rifat al-ism al-moufrad (L’objectif pur concernant la connaissance du Nom Unique), Taj al-`arous al-hawi li tadhhib al-noufous (La couronne du marié contenant la discipline des âmes), `Ounwan al-tawfiq fi adab al-tariq (Le signe de succès concernant la discipline de la voie), la biographie al-lata'if fi manaqib Abi al-`Abbas al-Moursi wa cheickihi Abi al-Hassan (Les miséricordes imperceptibles dans les vies saintes d’Abou al-Abbas al-Moursi et son maître Abou al-Hassan al-chadhlili), et autres. Il fut un élève d’Abou al-`Abbas al-Moursi (d.686) et le second successeur du fondateur de l’ordre Soufi, l’Imam Abou al-Hassan al-Chadhili.

 

      Ibn `Ata' Allah fut l’un de ceux qui confrontèrent Ibn Taymiyya pour ses attaques excessives contre  les Soufis ce qu’il n’approuvait pas. Il n’a jamais cité le nom d’ Ibn Taymiyya dans ses travaux, mais c’est clairement à son sujet  qu’il fait allusion lorsqu’il dit dans son Lata'if, qu’Allah a mis les Soufis à l’épreuve à travers ce qu’il appelle «les savants de la connaissance externe».[211] Dans les pages suivantes est relatée la première traduction en français[212] de cet évènement qui eut lieu entre les deux.

Texte du Débat

extrait d’Oussoul al-Woussoul

par Mouhammad Zaki Ibrahim

 

Ibn Kathir, Ibn al-Athir, et d’autres auteurs de biographies et de dictionnaires biographiques nous ont transmis ce débat historique[213]. Il donne une idée de l’éthique du débat parmi les érudits. Il documente la contreverse entre une personnalité, pivot en tassawwouf, Cheick Ahmad ibn `Ata' Allah al-Iskandari, et tout aussi importante une personne du soit disant mouvement «Salafi», Cheick Ahmad Ibn `Abd al-Halim Ibn Taymiyya durant la période des Mamloukes en Egypte sous le règne du Sultan Mouhammad Ibn Qalawoun (al-Malik al-Nassir).

 

La déposition d’Ibn Taymiyya à Ibn `Ata' Allah:

 

Cheick Ibn Taymiyya avait été emprisonné à Alexandrie. Lorsque le Sultan lui gratifia son pardon, il revint au Caire. A l’heure de la prière du coucher du soleil, il alla à la mosquée al-Azhar où la salat al-maghrib devait être dirigée par Cheick Ahmad Ibn `Ata' Allah al-Iskandari. Après la prière, Ibn `Ata' Allah était surpris de constater qu’Ibn Taymiyya avait prié derrière lui. Le saluant avec un sourire, le Cheick Soufi souhaita cordialement la bienvenue au Caire à Ibn Taymiyya, disant: «as-Salamou alaykoum». Ensuite Ibn `Ata' Allah commença à parler avec l’érudit visiteur.

 

Ibn `Ata' Allah:  «D’habitude, je prie la prière du soir dans la mosquée de l’Imam Houssayn et la prière de la nuit ici. Mais regarde comment le plan Divin travaille de lui-même! Allah a ordonné que je sois le premier à te saluer (après ton retour au Caire). Dis-moi O faqir, me blâmes-tu pour ce qui est arrivé?»

 

Ibn Taymiyya:  «Je sais que tu ne me veux pas de mal, mais nos différences d’opinions restent toujours les mêmes. Dans tous les cas, quiconque m’a fait du tort dans quoique ce soit, à partir de ce jour même, je le disculpe et lui pardonne de tout blâme en la matière.»

 

Ibn `Ata' Allah:  «Qu’est ce que tu sais à mon sujet, Cheick Ibn Taymiyya?»

 

Ibn Taymiyya:  «Je te connais comme un homme d’une piété scrupuleuse, de savoir abondant, d’intégrité et de véracité dans le parlé. Je témoigne que je n’ai vu personne pareille à toi en Egypte et en Syrie, qui aime plus Allah, ni qui est plus auto-effaçant en Lui ni qui est plus obéissant à exécuter ce qu’Il a commandé et à éviter ce qu’Il a interdit. Néanmoins, nous avons sur le Tawassoul nos différences. Que sais-tu à mon sujet? Prétends-tu que je suis égaré lorsque je nie la validité de faire appel à quiconque autre qu’Allah pour une aide (istighatha)?

 

Ibn `Ata' Allah:  «Certainement, mon collègue, tu sais que istaghtha ou appeler pour une aide est la même que tawassoul ou chercher un moyen et demander l’intercession (chafa`a); et que le Messager, sur lui la paix, est celui dont l’aide est recherchée dans la mesure où il est notre moyen, celui dont l’intercession est recherchée.»

 

Ibn Taymiyya:  «Dans ce problème, je suis ce que la Sunna du Prophète dit dans la Chari`a. Car, il a été transmis dans un hadith solide: «J’ai été octroyé le pouvoir d’intercession.»[214] J’ai aussi collectionné les dires du verset Coranique: Peut-être que ton Seigneur te ressuscitera (O Prophète) en une position de gloire (17:79) à l’effet qu’une position de gloire est l’intercession. De plus, lorsque la mère du Commandeur des Croyants Ali est morte, le Prophète pria Allah à sa tombe et dit:

 

``O Allah qui vit et ne meurt jamais, qui accélère et donne la mort, pardonne les péchés de ma mère Fatima bint Assad, élargi sa demeure dans laquelle elle entre au moyen de mon intercession, Ton Prophète, et les Prophètes qui apparurent avant moi. En vérité Tu es le plus Miséricordieux des Miséricordieux.[215]`

 

      Ceci est l’intercession que possède le Prophète. En ce qui concerne chercher l’aide de quelqu’un autre qu’Allah, cela touche à l’idôlatrie; car le Prophète commanda son cousin Abd Allah ibn Abas de ne pas demander d’aide de personne sauf celle d’Allah.»[216]

 

Ibn `Ata' Allah:  «Qu’Allah te fasse prospérer, O faqih! En ce qui concerne le conseil que le Prophète – sur lui la paix – donna à son cousin Ibn Abbas, il voulait qu’il s’approche d ‘Allah non pas à cause de sa relation familiale, mais à travers sa connaissance.

 

      Avec respect pour ta compréhension d’istighatha comme   chercher l’aide d’autrui, autre qu’Allah c’est une idolâtrie, je te demande: Y-a-t’il un musulman possédant une foi réelle et croyant en Allah et en Son Prophète qui pense qu’il y a quelqu’un autre qu’Allah qui a un pouvoir autonome sur les évènements et qui est capable d’exécuter ce qu’Il a décrété à leur propos? Ya-t’il un vrai croyant qui croit que quelqu’un autre qu’Allah peut le récompenser pour ses bonnes actions et le punir pour ses mauvaises actions?

 

      En marge de ceci, nous devons considérer qu’il y a des expressions qui ne doivent pas être prises dans leur sens littéraire. Ce n’est pas à cause de la peur d’associer un partenaire à Allah et en vue de bloquer les moyens à l’idolâtrie. Car quiconque cherche l’aide du Prophète cherche seulement son pouvoir d’intercession auprès d’Allah comme toi-même tu te dis: Cette nourriture satisfait mon appétit. Est-ce la nourriture elle-même qui satisfait ton appétit? Ou c’est Allah qui satisfait ton appétit à travers la nourriture?

 

      En ce qui concerne ta déclaration, qu’Allah a interdit aux Musulmans de faire appel à l’aide de quiconque autre que Lui, as-tu vu un Musulman faire appel à quelqu’un autre qu’Allah? Le verset que tu cites dans le Coran fut révélé au sujet des idolâtres et ceux qui avaient l’habitude d’avoir recours à leurs fausses déités et ignorer Allah. Alors que la seule manière dont les Musulmans cherchent l’aide du Prophète est dans le sens du tawassoul ou chercher un moyen, par le mérite du privilège qu’il a reçu d’Allah (bi haqqihi `inda Allah), et tachaffou` ou chercher l’intercession, par le mérite du pouvoir d’intercession qu’Allah lui a octroyé.

 

      Quant à ton verdict que istighatha ou chercher l’aide est interdit dans la Chari`a parce qu’elle peut conduire à l’idolâtrie, si tel est le cas, alors nous devons aussi interdire les raisins parce qu’ils sont un moyen de production du vin, et castrer les hommes non-mariés parce que ne pas faire laisse dans le monde un moyen de commettre la fornication et l’adultère.

 

      A ce dernier commentaire, les deux Cheicks rirent. Ibn `Ata' Allah continua: je suis familier avec toutes les inclusivités et la prévoyance de l’école fondée par ton Cheick, l’Imam Ahmad, et je connais la vaste étendue de ta propre théorie légale au sujet de ses principes à bloquer les moyens au mal (sadd al-dhara'i`) aussi bien que le sens de l’obligation morale d’un homme de ta compétence en jurisprudence Islamique et l’intégrité que tu  dois ressentir. Mais, je réalise aussi que ta connaissance du language demande que tu cherches le sens caché des mots qui est souvent voilé derrière leur sens évident.»

 

Ibn `Arabi et Ibn `Abd al-Salam

 

 En ce qui concerne les Soufis, le sens pour eux est comme un esprit, et les mots en eux-même sont comme son corps. Tu dois pénétrer profondément  ce qui est derrière le corps verbal en vue de saisir la profonde réalité de l’esprit du mot.

 

      Maintenant, tu as trouvé une base à ton jugement contre Ibn `Arabi dans le Foussoul al-hikam, dont le texte a été altéré par ses opposants avec non seulement ce qu’il n’a pas dit, mais avec des déclarations qu’il ne pouvait pas avoir l’intention de dire (vu le caractère de son Islam). Lorsque Cheick al-Islam al-`Izz ibn `Abd al-Salam comprit ce qu’Ibn `Arabi a réellement  dit et analysé, et qu’il saisit et comprit le sens réel de ses paroles symboliques, il demanda le pardon d’Allah pour ses anciennes opinions au sujet du Cheick et reconnu que Ibn `Arabi était un Imam de l’Islam.

 

      Quant à la déclaration d’al-Chadhili contre Ibn Arabi, tu dois savoir qu’Abou al-Hassan al-Chadhili n’est pas la personne qui l’a faite mais l’un ses élèves des Chadhiliyya. Encore, en faisant cette déclaration, cet élève parlait au sujet de certains des disciples de Chadhili. Ainsi, ses mots ont été interprétés d’une manière qu’il n’a pas projetée.

 

      Que penses-tu au sujet du Commandeur des Croyants, Sayyidina `Ali ibn Abi Talib, qu’Allah soit satisfait de lui?

 

Ibn Taymiyya:  «Dans le hadith ,le Prophète, sur lui la paix, dit: Je suis la cité de la connaissance et `Ali est sa porte.»[217] Sayyidina `Ali est le moujahid qui n’est jamais aller à la bataille sans revenir victorieux. Quel juriste ou savant après lui a combattu pour la cause d’Allah à la fois avec la parole, la plume et le sabre? Il était un Compagnon très talentueux du Prophète – qu’Allah honore sa contenance. Ses sabres sont une lampe radiante qui m’ont illuminé au cours de ma vie après le Coran et la Sunna. Ah! Quelqu’un qui est toujours à court de provision et long dans son voyage.

 

Ibn `Ata' Allah: «Maintenant, l’Imam `Ali a-t’il demandé à quelqu’un de prendre parti avec lui dans une faction? Car cette faction prétend que l’Ange Gabriel a commis une erreur en délivrant la révélation à Mouhammad – sur lui la paix – au lieu d’Ali! Ou a-t’il demandé de déclarer qu’Allah s’est incarné dans son corps et que l’Imam est devenu divin? Ou ne les a-t’il pas combattu et massacré et donné une fatwa (une décision légale) qu”ils doivent être exécuter où qu’ils soient trouvés?

 

Ibn Taymiyya:  «Sur la base de cette fatwa, je sortis pour les combattre dans les montagnes de Syrie pendant plus de douze années.»

 

Ibn `Ata' Allah:  «Et l’Imam Ahmad – qu’Allah soit satisfait de lui – critiqua les actions de certains de ses disciples qui avaient l’habitude d’aller en patrouille, brisant les tonneaux ouverts de vin (dans les magasins de leurs marchands Chrétiens), déversant leur contenu par terre, bastonnant les chanteuses et confrontant les gens dans la rue. Tout cela, ils le firent au nom de prêcher le bien et interdire le mal. Cependant, l’Imam ne donna aucune fatwa les motivant à censurer ou réprimander tous ces gens. En conséquence, ces disciples (responsables de ces actions) furent fouettés, jetés en prison, assis à dos d’ânes à l’opposé c’est-à-dire faisant face à l’arrière de l’âne et défilant.

 

      Dans ce cas, l’Imam Ahmad est-il lui-même responsable du mauvais comportement que les pires et les plus vicieux Hanbali continuent de perpétuer jusqu’à nos jours, au nom de vouloir ordonner le bien et interdire le mal?

 

      Tout ceci est pour dire que Cheick Mouhyiddin Ibn `Arabi est innocent vis-à-vis de ce que certains de ses disciples font, qui absoudent les gens de leurs obligations légales et morales établies par la religion et de commettre les actions qui sont interdites. Ne voyez-vous pas cela?»

 

Ibn Taymiyya:  «Mais ont-ils du respect pour Allah? Parmi vous les Soufis sont ceux qui avancent que lorsque le Prophète – sur lui la paix et la bénédiction – donna la bonne nouvelle aux pauvres et dit qu’ils entreraient au paradis avant le riche, les pauvres tombèrent en extase et commencèrent à déchirer en pièces leurs vêtements; c’est à ce moment que l’Ange Gabriel descendit du ciel et dit au Prophète qu’Allah avait cherché sa portion légitime de ces vêtements; et que l’Ange Gabriel en transporta un et l’accrocha au trône d’Allah.  C’est pour cette raison qu’ils disent que les Soufis portent des vêtements rapiécés et s’appellent fouqara´ ou pauvres»!

 

Ibn `Ata' Allah:  «Tous les Soufis ne portent pas des vestes et des habits rapiécés. Me voici devant toi: Qu’est-ce que tu n’approuves pas dans mon apparence?»

 

Ibn Taymiyya:  «Tu fais parti des gens de la Chari`a et enseigne à al-Azhar.»

 

Ibn `Ata' Allah:  «al-Ghazali fut à la fois un Imam dans la Chari`a et dans le tassawwouf. Il traita les jugements légaux, la Sunna, et la Chari`a avec l’esprit des Soufis. Et, en appliquant cette méthode, il fut capable de revivifier les sciences religieuses. Nous savons que le tassawwouf reconnaît que ce qui est souillé ne fait pas parti de la religion et que la propreté a le caractère de la foi. Le vrai et sincère Soufi doit cultiver dans son cœur la foi reconnue par Ahl al-Sunna.

 

      Deux siècles auparavant le phénomène de pseudo-Soufis apparu que toi-même tu critiquas et rejetas. Il y avait des personnes qui cherchaient à diminuer la performance de la prière et des obligations religieuses, racourcir le jeûne et désobliger les cinq prières quotidiennes. Ils couraient sauvagement dans les vastes arènes de la paresse et de l’insouciance, affirmant qu’ils avaient été libérés des chaînes de l’esclavage de l’adoration divine. Non satisfait de leurs propres actions ignobles jusqu’à ce qu’ils ont revendiqué des intimations des plus extravagantes réalités et états mystiques   comme l’Imam al-Qouchayri lui-même décriva dans son     Rissala,bien connu, qu’il dirigea contre eux. Il établit aussi en détail ce qui constitua la vraie voie vers Allah, qui consiste à tenir fermement au Coran et à la Sunna.

 

      Les Imams de tassawwouf désirent arriver à la vraie réalité non seulement par les moyens d’évidences rationnelles exercées par l’esprit humain qui sont capables d’être fausses aussi bien que vraies, mais aussi aux moyens de la purification du cœur et purgatoire de l’égo à travers un cours d’exercices spirituels. Ils mettent de côté tout ce qui concerne la vie de ce monde autant que possible car le vrai serviteur d’Allah ne doit s’affairer avec rien d’autre que l’amour d’Allah et de Son Prophète. Ceci est un très haut niveau et c’est ce qui rend un serviteur pieux, sain et prospère. C’est une occupation qui réforme les choses qui corrompent la créature humaine, tel l’amour pour l’argent et l’ambition pour le rang personnel dans la société. Cependant, c’est un niveau qui n’ st constitué de rien d’autre que la guerre spirituelle pour l’amour d’Allah.

 

      Mon frère érudit, interprèter les textes selon leur sens littéraire peut souvent conduire à l’erreur. Le littéralisme est ce qui a causé ton jugement au sujet d’Ibn `Arabi qui est l’un des Imams de notre Foi reconnu pour sa scrupuleuse piété. Tu as compris ce qu’il a écrit d’une façon superficielle; alors que les Soufis sont des maîtres en figures littéraires qui laissent entendre des sens profonds, un language hyperbolique qui indique une haute conscience spirituelle et des mots qui véhiculent des secrets concernant le domaine de l’invisible.»

 

Ibn Taymiyya:  «Ce raisonnement est contre toi, non en ta faveur. Car lorsque l’Imam al-Qouchayri vit ses disciples dévier de la voie d’Allah il entreprit de les corriger. Qu’est-ce que font les Checks Soufis de nos jours? Je demande seulement que les Soufis suivent la voie de la Sunna de ces grands et pieux ancêtres de notre foi (salaf): les ascétiques (zouhhad) parmi les Compagnons, la génération qui les succédère, et la génération qui suivire le mieux leurs pas!

 

      Quiconque agit de cette manière, je l’estime hautement et le considère comme un Imam de la religion. En ce qui concerne l’innovation égarante et l’insertion des idées des idolâtres dont les philosophes Grecs et les Boudhistes Indiens, ou l’idée que l’homme peut incarné Allah (houloul) ou atteindre l’unité avec Lui (ittihad), ou la théorie que tout existe en être (wahdat al-woujoud) et ces autres choses que ton Cheick prêche aux gens: ceci est clairement de la déité et de la mécréance.»

 

Ibn `Ata' Allah: «Ibn `Arabi fut l’un des grands juristes qui suivit l’école de Dawoud al-Zahiri après Ibn Hazm al-Andalousi, qui est proche de ta méthodologie en loi Islamique, O Hanbalis! Mais quoiqu’Ibn `Arabi fut un Zahiri (c’est-à-dire un littéraliste en matière de loi Islamique), la méthode qu’il appliquait pour comprendre l’ultime réalité (al-haqiqa) était de faire sortir le sens spirituel caché (tariq al-batin); qui est de purifier le moi interne (tathir al-batin).[218] Cependant tous les disciples à la recherche de ce qui est caché ne sont pas les mêmes.

 

      Pour de ne pas être dans l’erreur, recommence ta lecture d’Ibn `Arabi avec une compréhension fraîche de ses symboles et de ses inspirations. Tu le verras semblable à al-Qouchayri. Il a pris sa voie dans le tassawwouf sous la guidance du Coran et la Sunna juste comme la ¨ Preuve de l’Islam¨le Cheick al-Ghazali, qui entreprit des débats au sujet de la différence doctrinale en matière de crédo et des issues d’adoration mais les considéra d’occupation manquant de valeur réelle et de bénéfice. Il invita les gens à observer que l’amour d’Allah est la voie du vrai serviteur d’Allah, en respect à la foi.

 

      As-tu une objection à cela O faqih? Ou aimes-tu les disputes des juristes Islamiques? L’Imam Malik, qu’Allah soit satisfait de lui, fut très prudent au sujet de tels débats en matière de crédo et avait l’habitude de dire: «Chaque fois qu’une personne entre en discussion au sujet du crédo, sa foi diminue.» Similairement al-Ghazali dit:

 

Les moyens les plus rapides pour se rapprocher d’Allah est par le cœur et non par le corps. Par le cœur, je ne veux pas dire cette chose en chair palpable à la vue, à l’écoute et au toucher. Au contraire, je veux dire le plus profond secret d’Allah Lui-même le plus Exalté et Grand qui est imperceptible à la vue et au toucher.

 

      En vérité, les Ahl al-Sunna sont certainement ceux qui ont nommé le Soufi Cheick al-Ghazali: «la Preuve de l’Islam,»[219] et il n’y a personne pour réfuter ses opinions même si les savants ont été excessifs dans l’éloge de son livre lorsqu’il dit: «Le Ihya' `oulum al-din était presque le Coran.»[220]

 

      L’exécution d’une obligation religieuse (taklif) au vue d’Ibn `Arabi et Ibn al-Farid est une adoration dont le mihrab, ou la niche de prière indique l’orientation de prière, est son aspect intérieur et non seulement son rite externe. Car, quelle est l’importance de te lever et de t’assoeir en prière si ton cœur est préoccupé avec quelque chose autre qu’Allah. Allah fait l’éloge des gens dans le Coran lorsqu’il dit: «Ceux qui sont humbles dans leur prière» (23:2). Et Il blâme les gens lorsqu’Il dit: «Ceux qui sont insouciants dans leur prière» (107:5). C’est ce que Ibn `Arabi veut dire quand il dit: «L’adoration est la niche de prière (mihrab) du cœur, ce qui est, l’aspect interne de la prière et l’externe.»

 

      Le Musulman est incapable d’arriver à la connaissance de la certitude (`ilm al-yaqin) ni à la certitude elle-même (`ayn al-yaqin) dont le Coran parle à moins qu’il évacue de son cœur tout ce qui le distrait de l’envie mondaine et se consacre à la contemplation interne. Alors, la manisfestation de la réalité Divine remplira son cœur, et delà produira sa subsistance.

 

      Le réel Soufi n’est pas celui qui dérive ses subsistances de la mendicité et des demandes d’aumônes aux gens. Le seul qui est sincère est celui qui élève son cœur et son esprit à l’auto-effacement en Allah en Lui obéissant. Peut-être qu’Ibn `Arabi a amené les juristes à se révolter contre lui à cause de son mépris pour leurs préoccupations avec les arguments et les disputes au sujet d’affaires de croyance, des cas légaux d’actualité, et des situations hypothétiques, dans la mesure où il voyait comment cela les distrayait de la purifacation du cœur. Il les nomma "les juristes des menstruations des femmes." Qu’Allah te secoure à ne pas être parmi eux! As-tu lu la déclaration d’Ibn `Arabi: "Quiconque établit sa foi exclusivement sur des preuves démonstratives et des arguments déductifs, construit une foi sur laquelle il est impossible de se baser. Car il est affecté par la négativité des objections constantes. La certitude (al-yaqin) ne dérive pas des évidences de l’esprit mais jaillit des profondeurs du cœur." As-tu jamais lu une déclaration aussi pure et agréable de ce genre?»

 

Ibn Taymiyya: «Tu as bien parlé; si seulement ton maître était comme tu le dis, alors il aurait été aussi loin que possible de l’incroyance. Mais, à mon avis, ce qu’il a dit ne peut pas corroborer le sens que tu y as donné.»[221]                                      

 

 

Taj al-Din al-Soubki (d.771)

 

Cheick al-Islam Taj al-Din al-Soubki, le fils de Cheick al-Islam al-hafiz Taqi al-Din al-Soubki (d.756) qui fut un disciple d’Ibn `Ata' Allah, mentionna dans son livre Mou`id al-ni`am sous le chapitre intitulé Soufisme:

 

Qu’Allah les (les Soufis) salue et leur donne vie, et qu’Il nous place avec eux au paradis. Trop de choses ont été dites à leur sujet et trop de gens ignorants ont dit des choses qui ne les concernent pas… La vérité est que ces gens ont laissé ce monde et sont affairés avec l’adoration.

 

      Cheick Abou Mouhammad al-Jouwayni (Le père de l’Imam al-Haramayn) dit: Ils sont parmi les gens d’Allah et de Son élite. Sa miséricorde est obtenue à travers leur souvenir d’Allah, et la pluie descend avec leurs invocations. Qu’Allah soit satisfait d’eux et qu’Allah soit satisfait de nous à cause d’eux.[222]

 

 

Imam Abou Ishaq al-Chatibi al-Maliki (d.790) 

 

 L’un des savants fondamentaux d’Ousoul al-fiqh ou la méthodologie de loi dont les livres comme ceux d’al-Ghazali, sont requis dans ce champ, il a mis un grand accent sur l’exigence de la complète connaissance et l’érudition de la Langue Arabe, et non seulement la compréhension correcte pour ceux qui pratiquent l’ijtihad. Dans son livre al-Mouwafaqat fi ousoul al-chari`a (Les harmonies des sources de la Loi Divine) il supporte que le language du Coran et de la Sunna est la clé de la compréhension de tel savant, et que l’ijtihad de toute personne déficiente à cet égard n’était pas acceptée. Dans la mesure où l’opinion du moujtahid est une houjja ou une preuve pour le commun des gens, ce degré d’autorité nécessite un accès direct aux sources et une pleine compétence en Arabe.[223]

 

Il écrit dans son livre al-I`tissam:

Plusieurs des ignorants pensent que les Soufis sont détendus dans la Chari`a. Loin d’eux de telles fausses croyances qui leurs sont attribuées! La première fondation de leur voie est la Sunna et d’éviter tout ce qui s’y oppose!

 

      Leur élite porte-parole et maître de leurs voies et le pilier de leur groupe, Abou al-Qassim al-Qouchayri, déclara qu’ils acquièrent le nom de tassawwouf en vue de se dissocier des Gens d’Innovation.Il mentionna que les Musulmans les plus honorables, après le Prophète, ne se donnèrent pas, en leur temps, d’autre titre que Compagnons, car il n’y a pas de mérite au-dessus de celui d’être un Compagnon – ainsi ceux qui leur succédèrent furent appelés Successeurs. Après cela, les gens différèrent et la disparité des niveaux devint plus apparente parmi eux. Les élites parmi ceux dont la prudence dans la croyance fut observée comme intense furent ainsi appelées zouhhad et `oubbad. En conséquence, toutes sortes d’innovations firent leur apparution, et les élites d’Ahl al-Sunna qui observèrent leurs obligations envers Allah, et préservèrent leur cœur de l’insouciance devinrent uniques en leur genre sous le nom de tassawwouf. Considère ceci, et tu réussiras. Et Allah est Savant.[224]

 

 

Ibn Khaldoun (d.808)

 

Ibn Khaldoun dit dans son fameux Mouqaddima:

Le tassawwouf est l’une des dernières sciences de Loi dans la communauté Islamique. La fondation du tassawouf cependant, est plus ancienne (comme cela a été vu dans les faits) que ces gens et leur voie a été présente parmi les Salaf et parmi les Compagnons les plus avancés et parmi leurs Successeurs, leur voie est la voie de la vérité et de la guidance.

 

      La fondation de la voie des Soufis est l’auto-contrainte dans le monde et une totale dépendance en Allah; l’auto-privation des plaisirs, de l’argent, et de titre, de l’avis de la majorité des savants, et l’isolement des créatures dans la retraite et la dévotion dans l’adoration.

 

      Tous ces aspects furent répandus parmi les Compagnons et les Salaf, mais avec l’envahissement de la mondanité au cours du deuxième siècle et le siècle suivant, de même que l’inclinaison des gens envers le monde, ceux qui restèrent attachés à l’adoration furent connus sous le nom de Soufis.[225]

 

 

Imam al-Sakhawi (d.902)

 

Le disciple le plus en vu d’Ibn Hajar al-`Asqalani et un grand juriste, historien, et un maître de hadiths, Chams al-Din Mouhammad ibn `Abd al-Rahman al-Sakhawi, comme Taqi al-Din al-Soubki et al-Souyouti, il appartenaient à l’ordre Chadhili fondé par Abou al-Hassan al-Chadhili, et représenté par le grand Maître Maliki Ibn `Ata' Allah dont cinq des travaux     furent transmis par al-Sakhawi aux futures générations, y compris le Hikam du commentateur Chadhili Ahmad Zarrouq (d.899).

 

      Dans sa biographie intitulée al-Daw' al-lami, des gens fameux de son époque, dont al-Sakhawi, révèle que son père Zayn al-Din `Abd al-Rahman ibn Mouhammad (d.874) était un Soufi né au Caire d’une grande piété, et un membre de la communauté Soufie Baybarsiyya où Ibn Hajar, le professeur de Sakhawi, enseigna pendant quarante années.[226]

 

      Dans la section de son al-Jawahir al-moukallala fi al-akhbar al-moussalsala consacrée à la transmission de hadiths à travers des chaînes exclusivement de narrateurs Soufis, Sakhawi déclare qu’il a reçu lui-même la voie Soufie de Zayn al-Din Ridwan al-Mouqri' au Caire[227]. Dans la même œuvre Sakhawi mentionne aussi plusieurs de ses maîtres et disciples de hadiths qui furent Soufis. Voici les noms de quelques-uns d’entre eux, avec les mots qu’il utilisa pour les décrire dans l’oeuvre bibliographique al-Daw' al-lami`:

 

·        Abou Bakr ibn Mouhammad al-Hichi al-Halabi al-Chafi`i (n.848), le chef des Soufis Bistamiyya à Aleppo, la source mère de l’ordre Soufi Naqshbandi affilié à Abou Yazid al-Bistami. Il passa deux ans à Macca avec Sakhawi, qui lui offrit une ijaza ou autorisation d’enseigner. Dans cette ijaza Sakhawi l’appelle: "Notre maître, le talentueux Imam des mérites de guidance, l’Educateur des Mourids (disciples dans la voie Soufie), le Pilier des Pèlerins de la voie Soufie, le Noble Abou Bakr al-Hichi al-Halabi, qu’Allah le préserve et bénisse ses gracieux prédécesseurs (c’est-à-dire la chaîne de ses cheicks dans la voie Soufie), et qu’Allah nous gratifie de même que tous les Musulmans de leurs bénéfices."[228]

 

·        Badr al-Din Houssayn ibn Siddiq al-Yamani al-Ahdal (d.903): al-Sakhawi lui donna une ijaza compréhensive lui permettant d’enseigner tous ses livres.[229]

 

·        Abou al-Fath Mouhammad ibn Abi Bakr al-Madani al-Maraghi (d.859): Sakhawi étudia le hadith sous son autorité. Il fut recteur de deux khaniqas au Caire, le Zamamiyya et le Jamaliyya. Il mena une vie de retraite (spirituelle)  et rédigea un commentaire sur le manuel de Loi de Nawawi, Minhaj al-talibin, et un résumé du Fath al-bari d’Ibn Hajar. Dû au fait qu’il ait défendu Ibn `Arabi, il fut assassiné devant la Ka`ba par un fanatique.[230]

 

·        Taqi al-Din Abou Bakr ibn Mouhammad al-Qalqachandi (d.867) aussi appelé `Abd Allah. Il reçu le khirqa ou manteau d’autorité au Caire. Il est dit avoir lu entièrement Sahih al-Boukhari en trois jours quand il était à la Mecque. Il vécu à al-Qouds, où al-Sakhawi le rencontra et étudia le hadith avec lui.[231]

 

·        Thiqat al-Din Abou al-`Abbas Ahmad ibn Mouhammad al-`Ouqbi (d.861). Il enseigna le hadith et le tajwid à la Mecque où Sakhawi étudia sous son autorité.[232]

 

·        Kamal al-Din Mouhammad ibn `Abd al-Wahid al-Sikandari al-Sawassi (d.861). Il fut un maître de toutes les sciences et enseigna à la Madrassa al-Achrafiyya au Caire, ensuite, il dirigea la khaniqa Soufie Chaykhouni. Il fut l’auteur de plusieurs livres.[233]

 

·        Abou `Abd Allah Mouhammad ibn `Ali al-Houssayni al-Qahiri al-Chafi`i al-Soufi (d.876). Le juge adjoint de Mouhawi au Caire, disciple d’`Izz al-Din ibn Jama`a, de Jala al-Din al-Boulqini et plusieurs autres; aussi un ami et un disciple du maître de Sakhawi, Ibn Hajar dont il publia par deux foix l’œuvre Fath al-bari. Professeur de fiqh et de hadiths, il rédigea un résumé du Kitab al-ansab d’Ibn Athir. Il fut un vieux connaisseur du père de Sakhawi, en conséquence il traita Sakhawi «avec un respect remarquable.» Il était l’un des dix disciples auquel Ibn Hajar légua son autorisation d’enseigner les hadiths.[234]

 

·        Abou Khalid Mouhammad ibn Abi Bakr al-Jibrini (d.860). Il était un auteur, un archer, un cavalier et un cheick Soufi à la zawiya de Jibrin, al-Sakhawi il le rencontra et étudia le hadith sous son autorité. Sakhawi dit de lui: «Il était beau, modeste, généreux, courageux, doté d’une force spirituelle et d’une virilité dans la succession des cheicks de la vraie majesté.»[235]

 

·        Zaki al-Din Abou al-`Abbas Ahmad ibn Mouhammad al-Ansari al-Khazraji al-Sa`di al-Mouqri' al-Soufi (d.875). Un associé d’Ibn Hajar et un auteur prolifique, il écrivit une autobiographie s’étendant sur plus de quinze volumes, alors que Sakhawi dit qu’il était inaffecté, sympathique, facilement en larmes et rapide en répliques.[236]

 

·        Thiqat al-Din Abou `Ali Mahmoud ibn Ali al-Soufi al-Khaniki (d.865). Il naquit et grandit dans la Khaniqa al-Siryaqoussiyya du Caire où il enseigna tard dans sa vie. Il passa l’âme à  la Mecque alors qu’il faisait le pèlerinage.[237]

 

·        Abou al-Faraj `Abd al-Rahman ibn Khalil al-Dimachqi al-Soufi (d.869). Il était un Mouhaddith. Al-Sakhawi étudia sous son autorité au Caire et à la Mosquée Oumayyad à Damas.[238]  

 

 

Jalalal-Din al-Souyouti (d.911)

 

Cheick al-Islam al-Souyouti, le Raviveur du Huitième siècle Islamique et l’Imam Moujtahid dit dans son livre sur le tassawwouf intitulé Ta'yid al-haqiqa al-`aliyya wa-tachyid al-tariqa al-chadhiliyya (Le maintien de la haute vérité et le soutien de la voie Chadhili):

 

Le tassawwouf en lui-même est une honorable connaissance. Il explique comment suivre la Sunna du Prophète et éviter l’innovation, comment purifier l’égo… et se soumettre réellement à Allah…

 

      J’ai observé les problèmes au sujet desquels les Imams de la Chari`a ont critiqué les Soufis, et je n’ai pas vu un seul vrai Soufi coupable de telles critiques. Au contraire, ces propos sont tenus par les gens d’innovation et les extrémistes qui se sont revendiqués les titres de Soufis alors qu’en réalité ils ne le sont pas…

 

      Poursuivre la science des cœurs, la connaissance de ses maladies dont la jalousie, l’arrogance, la fierté, et les abandonner est une obligation qui incombe à tout Musulman.[239]

 

 

Zakariyya ibn Mouhammad Ansari (d.926) 

 

Cheick al-Islam Zakariyya Ansari fut connu comme le Cheick des Cheicks. Il était un maître de hadiths, juge et un exégète du Coran. Il était le professeur de Cheick al-Islam Ibn Hajar al-Haytami et fut auteur de plusieurs livres sur le tassawwouf, y compris un commentaire sur la Rissala de Qouchayri dont on fit plusieurs éditions.

 

      Dans son commentaire sur Qouchayri, Ansari donne les définitions suivantes pour le tassawwouf:

 

¨Le tassawwouf est l’abandon du délibérément. Il est aussi dit: ¨C’est le gardien des sens et le souci  de chaque respiration; aussi, c’est la complète sincérité dans la progression vers le Roi des Rois; aussi, c’est la dévotion d’effectuer des bonnes œuvres et d’éviter les défauts; et autres explications… Le soufiyya ou les Soufis sont ainsi appelés à cause de la Vérité à laquelle – Allah – les a rendu purs (safahoum) et les a favorisés sans réserve (akhlassa lahoum al-ni`am) à travers ce qu’Il leur a permi de regarder au-dessus.[240]

 

Ibn hajar al-Haytami (d.974)

 

Cheick al-Islam Ibn Hajar al-Haytami était un élève de Zakariyya al-Ansari. Comme déà mentionné, il représente la plus importante ressource de jugement légal (fatwa) dans la dernière école Chafi`i. Il fut une fois questionné au sujet des statuts légaux de ceux qui critiquent les Soufis. Y a-t’il une raison pour de telles critiques? Il répondit dans son Fatawa hadithiyya:

 

Il est obligatoire pour toute personne dotée d’esprit et de foi de ne pas tomber dans le piège de critiquer ce groupe (les Soufis), car c’est un poison mortel, comme cela a été attesté dans la passé et récemment.[241]

 

      Parmi plusieurs autres écrits sur le même sujet, il donna une importante fatwa disant: «Quiconque nie, rejette, ou désapprouve les Soufis, Allah ne lui rendra pas sa connaissance bénéfique.» Voici ci-dessus le texte complet de cette Fatwa:

 

Notre Cheick, le savant gnostique (`arif) Abou al-Hassa al-Bakri (d.952) me dit, sur l’autorité du cheick et savant Jamal al-Din al-Sabi mot pour mot – et il est l’un des étudiants les plus distingués de notre Cheick Zakariyya al-Sabiq (al-Ansari), qu’al-Sabi avait l’habitude de critiquer la voie de l’honorable Ibn al-Farid. Une fois, al-Sabi vit en rêve le Jour du Jugement, et il transportait un fardeau qui l’épuisa, ainsi il entendit quelqu’un dire: «Où est le groupe d’Ibn al-farid?» Il dit:

 

J’avançai dans l’espoir d’entrer avec avec eux, mais on me dit: «Tu n’es pas l’un d’eux, retourne.» Lorsque je me réveillai, j’eus extrêmement peur, et je ressentis du regret et du chagrin, alors je me repentis à Allah d’avoir rejeter la voie d’Ibn al-Farid, et je renouvellai mon engagement à Allah, puis je retournai en la croyance qu’il (Ibn al-Farid) est l’un des awliya – saints et amis – d’Allah. L’année suivante et au cours de la même nuit, je fis le même rêve. J’entendis dire: «Où est le groupe d’Ibn al-Farid? Laissez-les entrer au paradis.» Alors, je m’avançai avec eux et il fut dit: «Entre, car tu es maintenant l’un d’eux.»

 

      Examine cette affaire très attentivement parce qu’elle vient d’un homme de savoir de l’Islam. Il apparait – et Allah est Savant – que c’est à cause de la baraka ou la bénédiction de son cheick Zakariyya al-Ansari qu’il a vu le rêve qui lui a fait changer d’avis. Autrement, combien de leurs opposants ont été laissés dans leur aveuglement, jusqu’à ce qu’ils se trouvent en perdition et en destruction!

 

      Si tu demandes: «Certains éminents savants, le dernier étant al-Biqa`i et ses disciples, et autres dont    toi-même fait parti (c’est-à-dire al-Haythami) qui vous avez étudié avec les Soufis, et pourtant les avez désapprouvés (les Soufis), pourquoi alors préfèrez-vous cette voie par-dessus les autres?

 

      Je répond: J’ai préféré cette voie pour un certain nombre de raisons, parmi lesquelles:

 

·        Ce que Notre cheick a mentionné dans Charh al-rawd sur l’autorité de Sad al-Din al-Taftazani (d.791),